Le Courrier de la Baleine : Quelle est la situation du logement des plus pauvres, y compris du point de vue écologique ?
ANNIE POURRE, Droit au Logement :
« Cette situation est calamiteuse. La fondation Abbé Pierre estime que 8 millions de personnes sont en situation de mal logement. 1,2 million de demandes de logement social sont en souffrance. On compte entre 30 000 et 100 000 sans-abri, voire plus. Sur plus d’un million de personnes vivant en caravanes, camions, en habitat éphémère, plus de la moitié n’ont pas eu le choix d’un autre habitat en raison de leur situation de précarité. En effet le logement peut être choisi ou subi. Les plus pauvres, majoritairement subissent. Ils logent surtout dans l’habitat ancien, qu’il soit social ou privé. Si les loyers y sont moins élevés, la qualité écologique très mauvaise implique de plus grandes consommations de flux (électricité, gaz, eau). Bien souvent, 50% des revenus passent dans le logement. Souvent face à l’impossibilité de payer une telle charge, de plus en plus de familles refusent des logements où l’équipement électrique est seul proposé. Les ménages utilisent alors les bouteilles de gaz ou le pétrole : des accidents et des intoxications au monoxyde de carbone sont de plus en plus fréquentes.
La récupération de l’eau de pluie, l’utilisation de l’énergie solaire, par exemple, ne sont perçues par les plus démunis que comme des caprices d’« écolos », de riches. Ces techniques permettent pourtant de contenir les coûts d’usage ; mais ils nécessitent très souvent des investissements coûteux, surtout en habitat collectif. Quant à l’effet des réductions tarifaires accordées à ces familles par EDF entre autres, il est limité si l’isolation est insuffisante donc absurdes au niveau écologique. Une campagne est donc à mener pour que les occupants ne s’opposent pas, par crainte de hausses de loyers, à des rénovations qui permettent des économies supérieures concernant l’utilisation des fluides et qui sont écologiquement impératives.
LCB : Quels sont les effets de l’attitude des pouvoirs publics en la matière ?
Cette myopie sur les impacts en pouvoir d’achat est volontaire, qu’elle touche les bailleurs privés ou sociaux. L’absence de politique budgétaire publique de réhabilitation écologique devrait entraîner des dépenses importantes et non rentables financièrement pour ces bailleurs s’ils ne bénéficient pas d’aides publiques.
La politique de « la France des propriétaires », orchestrée par le Gouvernement aggrave les inégalités qualitatives dans le logement social. Les « entreprises sociales de l’habitat », qui ont souvent pris la place des OPHLM, peuvent aujourd’hui moduler les loyers en fonction de la qualité des logements... Pour les pauvres : un habitat ancien, dégradé, non écologique. L’habitat écologique sera réservé aux propriétaires ou aux logements intermédiaires avec loyers chers.
Parlons de la possibilité offerte par l’Etat de vendre 40 000 appartements du parc social par an, elle concerne en fait surtout les logements des années 60 et 70, qui seront revendus à bas prix aux plus modestes... L’Etat, qui anticipe sur une rénovation qu’il sait inévitable, souhaite se débarrasser ainsi d’une partie du patrimoine pour ne pas avoir à financer des travaux qui incomberont alors aux futurs copropriétaires. Des situations de surendettement, les reventes surviendront rapidement. Mais où iront alors loger ces gens ? C’est pour toutes ces raisons que le DAL s’oppose à ce marché de dupes. Un plan national de rénovation, financé par la Caisse des dépôts, les bailleurs, les institutions publiques, l’Etat doit voir le jour pour la réhabilitation du parc social ancien. Il est indispensable.
LCB : Quelles sont les autres solutions ?
En dehors des revendications bien connues sur la réquisition des logements vacants, le DAL s’intéresse de près aux expériences participatives et écologiques menées partout dans le monde par les populations pauvres. En France, au-delà d’initiatives urbaines et périurbaines, une première expérience de coopérative foncière collective est menée à La Valette. Inspirée de l’expérience québécoise, très bien bordée du point de vue du droit foncier, la remise en état du village, au
départ à l’abandon, n’empêche pas le développement progressif d’espaces individuels.
La réalisation des travaux par les occupants, en grande difficulté sociale, s’est faite à partir de matériaux écologiques et de récupération. Des potagers ont été créés. Ces expériences sont prometteuses... mais elles posent ouvertement la question de l’accès au foncier.





