Allemagne : un OGM (suspendu) peut en cacher d’autres !
Si l’on prend la peine de lire le décret allemand – ce que les Amis de la Terre ont fait pour le traduire [1] - on découvre que l’Office Fédéral justifie la suspension du MON 810 en citant une quinzaine d’études dont la plupart datent d’avant 2003 et les dernières de 2006 ! Il ne s’agit donc pas vraiment de découvertes de dernière minute, loin s’en faut… Reconnaissons cependant que la situation allemande n’est pas banale : des agriculteurs cultivent actuellement une plante dont la culture est officiellement suspendue car elle pourrait poser des problèmes à l’environnement...
Les études mentionnées dans le décret sont pourtant connues de tout le monde depuis des années, alors pourquoi M Seehofer, Ministre allemand de l’Agriculture, a-t-il attendu jusqu’à fin avril 2007, pour sortir ce décret « suspendant » le maïs MON 810 ?
Il y a fort à parier que les trois raisons principales sont les suivantes :
Alors même que cette mesure ne devrait pas avoir de conséquences réelles sur la commercialisation du MON 810, le gouvernement allemand a reconnu être assiégé par les représentants de Monsanto et l’ambassade des Etats-Unis !
En France, M Juppé aurait prononcé le mot M...
Nous serions prêts à saluer un tel revirement et le fait que la France décrète enfin l’arrêt de la culture du Mon 810 - quitte à se mettre à dos ses bons amis états-uniens.
Mais reconnaissons que cela serait une réelle rupture avec les politiques précédentes alors que :
(D’ailleurs M Juppé semble être revenu sur ses propos : "Je n’ai jamais prononcé le mot M..." [4] .)
Car face aux risques cités par le gouvernement allemand dans son décret - ou par la Commission européenne dans le secret de la procédure contentieuse à l’OMC sur les OGM [5] - la seule solution est bien de stopper la culture de cet OGM, c’est-à-dire d’ordonner l’arrachage des plants déjà semés et d’arrêter toute autre autorisation d’OGM Bt.
Depuis des années, de nombreuses organisations écologistes ou syndicales demandent cette interdiction. Pourtant, les pouvoirs publics français, en toute connaissance des risques soulignés par les études scientifiques citées plus haut, refusent de prendre les mesures nécessaires. Au contraire, quelques agriculteurs extrémistes, protégés par les services de l’Etat et soutenus par les lobbies des semences et des OGM, peuvent planter, chaque année un peu plus d’hectares de ce maïs controversé [6] . L’Etat laisse délibérément pourrir la situation et la contamination génétique peut s’étendre irréversiblement…
Même l’évocation d’un « moratoire » light, à l’Allemande, fait réagir la nouvelle ministre de l’Agriculture, Mme Lagarde - anciennement ministre du Commerce extérieur qui suivait les négociations de l’OMC, notamment à Hong Kong [7] - pour qui une telle décicion n’est pas envisageable et certainement politiquement incorrecte vis à vis de l’OMC.
D’ailleurs, lorsqu’on évoque l’OMC, il faut savoir que les Etats-Unis rebrandissent à mots couverts cette "menace" [8]. Leurs pressions sont aujourd’hui plus fortes que jamais pour que l’Union européenne abandonne une bonne partie de son dispositif réglementaire, qu’ils jugent trop restrictif. Dans une série de mails obtenus par les Amis de la Terre-Europe [9], on peut lire que les Etats-Unis veulent forcer la Commission à
Malheureusement, lorsque le président de la République menace d’utiliser son veto à l’OMC, ce n’est pas pour résister aux pressions inadmissibles des Etats-Unis sur les OGM, mais pour « défendre avec détermination l’agriculture comme un élément de la puissance économique de notre pays ». Très probablement donc cette agriculture ultra-productiviste qui détruit ici l’environnement et déstabilise, par ses exportations subventionnées, les marchés agricoles de nombreux pays du Sud, poussant ainsi des millions de paysans à la ruine [10] ....
Il est à craindre que les OGM ne soient considérés comme un élément de développement de cette puissance agricole. Comme disait Mr Juppé « On ne peut pas se mettre à l’écart de la recherche et du progrès » . Le risque est grand de voir nos gouvernants céder - plus que volontiers - aux pressions des Etats-Unis et ouvrir en grand notre pays aux OGM, pour mieux gagner sur d’autres secteurs agricoles…
Grenelle : les OGM sont un test
Les citoyens en Europe et en France savent que tout ce qu’ils ont obtenu après des années de luttes et de pressions - moratoire de fait, législation moins laxiste, début d’étiquetage, ... - n’a été concédé qu’à contre coeur par des élites politiques et industrielles toutes acquises aux OGM. Alors, ce n’est pas le fait de nous faire miroiter un moratoire qui nous fera baisser la garde.
Avec les 10 années de recul sur les cultures commerciales d’OGM dans le monde, les faits s’accumulent :
Tous ces faits justifient largement un moratoire général sur les OGM agricoles en France et dans l’Union européenne. Si le gouvernement veut démontrer le sérieux de ses intentions dans le domaine de la protection de l’environnement, en matière agricole, le premier pas est d’ordonner l’arrachage du maïs MON 810 en France. Pas besoin d’ attendre "Grenelle".
[1] Arrêté de l’Office Fédéral allemand pour la Protection des Consommateurs et la Sécurité Alimentaire
[2] Parmi les points les plus importants : revenir sur la responsabilité collective lorsqu’on ne peut déterminer d’où vient la source de la pollution génétique, limiter l’accès du public aux informations, etc...
[3] Voici ce qu’écrit notre collègue de BUND/Amis de la Terre Allemagne à propos de la tentative de M Seehofer de limiter l’accès à l’information sur les OGM, des citoyens « La tentative de Seehofer de maintenir secrète la localisation des champs d’OGM rappelle fatalement la « Loi sur la protection des données environnementales » de la RDA. A cette époque les citoyens et les media n’avaient pas accès aux données concernant l’environnement et leur publication était punie. Un retour à ces pratiques datant d’une époque pré-démocratique devrait quand même rappeler de triste souvenir à la chancelière Mme Merkel, elle même originaire d’Allemagne del’Est. » Toute ressemblance entre la politique d’information des citoyens en France et celle d’une ex-dictature communiste est-elle fortuite ?
[4] Voici des extraits de l’interview accordé par M Juppé au journal Sud-Ouest le 1er juin et intitulé « Je n’ai jamais dit "moratoire" » :
Vos déclarations récentes sur les OGM ont suscité des interprétations diverses. Etes-vous vraiment disposé à suivre l’exemple allemand ? Alain Juppé. Je n’ai jamais prononcé le mot de « moratoire ». J’ai simplement dit que, sur le Monsanto 810, il y a un problème de production de la toxine qui ne se déroule pas comme prévu. Avec Christine Lagarde, la ministre de l’Agriculture, nous avons saisi le Comité du génie biomoléculaire (1), qui rendra son avis le 12 juin. Concernant l’Allemagne, elle a pris une clause de sauvegarde, mais il lui reste à la faire valider au niveau européen.
Comment ce dossier peut-il évoluer ? Il y a un cadre juridique. La France a commencé à transposer la directive européenne sur les OGM. Par ailleurs, la discussion d’un projet de loi a débuté au Sénat mais n’a pu aller à son terme jusqu’à présent. A l’issue du Grenelle sur l’environnement, on verra si l’on poursuit le dispositif législatif.
Il pourrait donc être remis en cause ? On verra si l’on apporte des modifications. On peut toujours discuter des modalités. Sur le fond, je dis qu’on ne peut pas se mettre à l’écart du progrès et de la recherche, mais qu’il faut s’entourer de toutes les garanties.
[5] "Commission européenne et OGM : les doutes qu’on nous cache"
[6] "Les Amis de la Terre condamnent fermement l’incivisme d’une poignée d’agriculteurs extrémistes"
[7] Sur Mme Lagarde, voir la note (1) de notre article "OGM : OMC juge et partie !"
[8] Ces gesticulations ne devraient pas impressionner nos gouvernants puisque l’Union européenne n’a pas été condamnée par l’OMC ; voir notre article "Conflit OGM à l’OMC : confirmation que les Etats-Unis n’ont pas gagné"
[9] Voir l’article intitulé "OGM : rambo fait pression sur l’Union européenne" et le mémo en anglais, qui dévoile quelques extraits de mails édifiants !
[10] "OMC et agriculture : ruine et exode rural pour des millions de paysans du Sud"
[11] Résumé en français du rapport intitulé "Agriculture et Alimentation"
[12] "The EU’s Biotechnology Strategy : mid-term review or mid-life crisis ?"




