Mine de nickel Weda Bay d’Eramet en Indonésie : Les Amis de la Terre interpellent la ministre Nicole Bricq

Montreuil, le 19 juin 2013 – Abednego Tarigan, directeur de Walhi/Les Amis de la Terre Indonésie, est présent à Paris du 17 au 20 juin 2013 afin de rencontrer plusieurs membres du gouvernement français. Sa visite intervient deux semaines après que Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, se soit rendue en Indonésie défendre les intérêts et parts de marché des entreprises françaises, dont Eramet [1]. Au travers d’une lettre adressée à la ministre, Les Amis de la Terre France et Walhi demandent l’abandon définitif du méga-projet minier Weda Bay d’Eramet, qui menace de détruire des milliers d’hectares de forêts protégées, affectant les moyens de subsistance de communautés indigènes de l’île d’Halmahera.

Abednego Tarigan, directeur de Walhi/Les Amis de la Terre Indonésie, est mobilisé depuis plusieurs années en soutien des populations affectées par la compagnie française Eramet. Il commente : « La zone de la mine se situe à l’intérieur de "Forêts des Peuples Indigènes", des territoires qui appartiennent à ces communautés. Mais les permis miniers ont été octroyés sans que ces populations soient réellement consultées. Ces peuples indigènes vivent d’une façon traditionnelle, et dépendent de la nature et de ces forêts pour vivre. Le projet d’Eramet est incompatible avec ces modes de vie, et va détruire les moyens de subsistance de ces communautés ».

Dans une lettre adressée à Nicole Bricq [2] - qui sera remise lors d’une rencontre avec son cabinet jeudi -, Walhi et Les Amis de la Terre France interpellent la ministre française du Commerce extérieur sur son soutien au projet Weda Bay. Ils lui demandent de ne pas privilégier les intérêts des entreprises françaises au détriment des peuples, de l’environnement et du climat. Juliette Renaud, chargée de campagne sur les Industries extractives aux Amis de la Terre France analyse : « Nous connaissions auparavant Nicole Bricq pour ses engagements contre les gaz de schiste en France ou encore sur le dossier du permis offshore de Shell en Guyane. Nous sommes déçus de voir qu’aujourd’hui elle soutient ce méga-projet minier d’Eramet aux conséquences sociales et environnementales tout aussi voire plus dramatiques, et nous espérons qu’elle aura le courage de renouer avec les valeurs qu’elle défendait par le passé. »

Les Amis de la Terre avaient déjà alerté les pouvoirs publics sur les dommages causés par ce projet d’Eramet et avaient même décerné en 2010 un Prix Pinocchio à la multinationale française [3]. Située sur l’île d’Halmahera, la méga-mine à ciel ouvert de nickel et de cobalt de Weda Bay [4] menace grandement une réserve de biodiversité unique au monde et une mosaïque de milieux naturels relativement préservés : lagons poissonneux, rivières à l’eau pure et forêts tropicales, dont de nombreuses espèces sont vraisemblablement encore inconnues. Actuellement en fin de phase d’exploration, ce projet détenu à 60 % par la compagnie Eramet, dont l’État français est actionnaire, pourrait à terme produire 65 000 tonnes de nickel par an. Il s’agira d’un des plus grands projets de nickel du monde, et selon l’entreprise, ce gisement permettrait quasiment de doubler les réserves en nickel du groupe.

La superficie totale allouée à ce projet minier représente 54 874 hectares de zones boisées, dont 46 % de forêts protégées [5]. Les populations indigènes locales, notamment les communautés Sawaï (côtière) et Togutil (forestière), sont fortement mobilisées contre ce projet, et un villageois a même été condamné à neuf mois de prison alors qu’il tentait de défendre ses terres.

Il y a deux jours, lors du lancement de la Plateforme RSE par le gouvernement, la ministre Nicole Bricq rappelait l’importance de reconnaître la responsabilité légale des maisons-mères des multinationales sur les activités de leurs sous-traitants et filiales à l’étranger. Les Amis de la Terre espèrent que ces discours seront suivis de faits, et que le gouvernement français saura se montrer cohérent avec ses engagements en demandant à Eramet l’abandon immédiat du projet Weda Bay [6].

Contacts presse :
• Caroline Prak, Les Amis de la Terre France : 06 86 41 53 43 / 01 48 51 18 96 - caroline.prak@amisdelaterre.org

Notes :
(1) Voir le communiqué du ministère. En juillet 2012, Nicole Bricq avait déjà reçu Jero Wacik, ministre indonésien de l’énergie et des ressources minérales, pour défendre les intérêts d’Eramet. Ce fut aussi l’occasion pour la ministre de promouvoir la participation de Total dans le projet offshore de Mahakam, dont les impacts sociaux et environnementaux sont tout aussi désastreux et irréversibles.

(2) Cette lettre sera rendue publique jeudi 20 juin suite à cette rencontre. Pour télécharger la lettre, cliquez ici.

(3) Sur les Prix Pinocchio 2010, voir ici.

(4) Voir la description du projet sur le site internet d’Eramet. Pour plus d’information sur les impacts du projet, lire la note de juin 2013 des Amis de la Terre France "Impacts sociaux et environnementaux de la mine de nickel et de cobalt de Weda Bay en Indonésie".

(5) Depuis 1999, le nickel de Weda Bay était intouchable grâce à la loi indonésienne sur les forêts qui a « gelé » l’exploitation minière dans les forêts protégées. Mais en 2004, sous la pression des industriels, la Présidente Megawati a utilisé une procédure exceptionnelle (« Perpu »), donnant le feu vert au projet Weda Bay dans ces forêts pourtant toujours officiellement protégées.

(6) Une lettre a aussi été adressée aujourd’hui à Eramet. Eramet a répondu à ce courrier le 2 juillet 2013 : lire leur réponse en français et en anglais.

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