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« Mine responsable » : Les Amis de la Terre déclinent l’invitation du gouvernement

Montreuil, le 1er avril 2015 – Dans le cadre de la Stratégie nationale de transition énergétique vers un développement durable (SNTEDD), le gouvernement vient de créer un comité de pilotage « Mine Responsable », dont la réunion d’installation a lieu aujourd’hui (1). Invités à en être membre, Les Amis de la Terre refusent d’y participer, car l’association ne partage pas l’objectif principal de ce comité qui est d’accompagner « la reprise de l’activité minière en métropole ». Dans une lettre de réponse au ministre Emmanuel Macron (2), Les Amis de la Terre y opposent trois priorités pour la France : la remédiation des sites miniers contaminés, la réduction de notre consommation de métaux, le développement du recyclage des métaux.

Dans sa la lettre d’invitation, le ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique annonce clairement la couleur : « La reprise de l’activité minière en métropole est un des axes de la politique industrielle que je conduis », « Dans un contexte de croissance de nos besoins en métaux, la production minière est indispensable pour sécuriser nos approvisionnements ».

Au niveau mondial, la consommation de métaux a augmenté de façon exponentielle ces dernières années, poussant à la multiplication des projets miniers un peu partout dans le monde, au prix de destructions environnementales irréversibles et de violations des droits des populations locales. Comme son prédécesseur Arnaud Montebourg [3], Emmanuel Macron veut faire croire à la possibilité d’exploiter des mines, « dans des conditions soutenables sur le plan environnemental et social ». Cette promesse ne semble être assez crédible pour les populations riveraines qui se mobilisent contre les premiers permis qui ont été attribués depuis deux ans, notamment en Creuse et en Sarthe.

Selon Juliette Renaud, chargée de campagne sur les Industries extractives, « La réouverture de mines en France représente de nombreux dangers même si les projets sont « de taille raisonnable ». Ces sites miniers ne feront que s’ajouter à ceux qui existent en Amérique latine, en Afrique ou en Asie. Ici comme ailleurs, les promesses d’emploi seront rapidement déçues, et laisseront la place à la destruction des territoires et des économies locales ». Dans leur lettre de réponse, les Amis de la Terre interpellent le ministre : « Avant de rouvrir des mines, l’État devrait s’atteler à remédier les lourds passifs environnementaux qui persistent sur nos territoires. Des dizaines d’années après la fermeture des mines, les impacts de l’extraction d’uranium en Limousin, ou de celle du zinc et du plomb dans les Cévennes sont toujours problématiques. »

Le ministre fait également référence à la réforme du code minier qui devra « donner un cadre juridique moderne au projet d’exploitation, assurant la participation du public ». Pourtant, à bien des égards, le contenu de l’avant-projet de loi inquiète plus qu’il ne rassure, notamment en termes de consultation des populations. « Le Gouvernement a une conception particulière de la démocratie participative, qui est visible dès l’élaboration de cette réforme, puisqu’il prévoit de faire passer par décret les points de discussion les plus sensibles », commente Juliette Renaud.

A la place de politiques de sécurisation de l’accès aux matières premières promues par la France et l’Union européenne, les Amis de la Terre demandent à ce que « l’État français garantisse que les grandes entreprises françaises ne violent pas les droits des populations locales et ne détruisent pas l’environnement dans d’autres pays, à commencer par les entreprises dont l’État est actionnaire, comme Areva et Eramet » (4).

Enfin, les Amis de la Terre demandent la mise en œuvre de politiques ambitieuses afin de réduire notre consommation en métaux et développer le recyclage, un axe primordial qui n’est pas mis en avant dans ce comité de pilotage « Mine responsable ».

Pour Camille Lecomte, chargée de campagne sur les Modes de production et consommation responsables « L’ouverture de nouvelles mines en France menace la mise en place de mesures pourtant nécessaires pour aller vers une réduction de l’utilisation des ressources : alors qu’un smartphone contient plus de 40 métaux, nous savons en recycler à peine 17 en France. Dans ce cadre, pour produire de nouveaux biens, ce sont de nouvelles ressources qu’il faut aller prélever. D’autres options sont possibles, elles appellent une politique ambitieuse en matière de collecte de déchets qui continuent d’être exportés illégalement (5), d’éco-conception pour que nos biens soient durables, réparables, recyclables et recyclés (6), d’investissements pour développer de nouveaux procédés de recyclage. »

Contact presse :
Caroline Prak, Les Amis de la Terre France : 06 86 41 53 43 / 09 72 43 92 65 - caroline.prak@amisdelaterre.org

_ Notes :
[1] Lire la lettre du ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, adressée aux Amis de la Terre, accompagnée de la présentation détaillée du comité de pilotage "Mine responsable".

[2] Lire la lettre des Amis de la Terre, en réponse à l’invitation à participer au Comité de pilotage "Mine responsable", adressée aujourd’hui à Emmanuel Macron.

[3] Lire à ce sujet la réaction des Amis de la Terre à l’annonce de la création d’une compagnie nationale des mines, le 21 février 2014 : Nouvelle compagnie nationale des mines : le gouvernement s’engage sur la voie d’une catastrophe humaine et écologique

[4] Pour plus de détails, lire l’article de cadrage des Amis de la Terre : « Le prix humain et écologique de l’industrie minière »

[5] 10 à 15 % des déchets électriques et électroniques des ménages sont exportés d’après l’ADEME et l’OCAD3E. Ce taux serait bien plus élevé pour les déchets des entreprises.

[6] Aujourd’hui, les critères d’éco-conception concernent principalement l’efficacité énergétique des équipements électriques et électroniques et non leur durée de vie.[3] 10 à 15% des déchets électriques et électroniques des ménages sont exportés d’après l’ADEME et l’OCAD3E. Ce taux serait bien plus élevé pour les déchets des entreprises.

[4] Aujourd’hui, les critères d’éco-conception concernent principalement l’efficacité énergétique des équipements électriques et électroniques et non leur durée de vie.

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