Mobilisation contre le gazoduc Eridan : la pointe de l’iceberg de nombreux projets d’infrastructures gazières inutiles et dangereux

Le 30 mai 2017 – Ce matin, une centaine d’opposants au projet de gazoduc géant Fos-Dunkerque se sont rassemblés devant le tribunal administratif de Grenoble, qui examinait leurs recours contre la déclaration d’utilité publique du tronçon « Eridan », qui devrait traverser la vallée du Rhône (1). Ce projet, porté par GRTgaz – filiale d’Engie - fait partie d’une longue liste d’infrastructures gazières inutiles et dangereuses prévues actuellement en France et en Europe, et il pourrait servir notamment à importer des gaz de schiste d’Algérie (2). Les Amis de la Terre France soutiennent les demandes des collectifs mobilisés sur le terrain, et rappellent que l’urgence climatique implique de cesser tout nouvel investissement dans des projets d’extraction d’énergies fossiles et d’infrastructures liées (3). Cela inclut le gaz, qui est à tort présenté par les industriels et de nombreux décideurs comme un « allié incontournable de la transition énergétique », malgré ses importants impacts climatiques.

Près de 33 000 riverains dans 59 communes seraient concernés par le tracé actuel du gazoduc Eridan, d’une longueur de 220km. S’il fait actuellement l’objet d’une vingtaine de recours, c’est parce que ce projet est à la fois dangereux et inutile. Dangereux, tout d’abord car il serait construit dans une zone fortement nucléarisée, avec notamment un passage au pied de la centrale de Marcoule et sous le canal de refroidissement de Tricastin. Même l’Autorité de Sureté Nucléaire s’en est inquiété, ce qui a contraint l’opérateur à décaler légèrement le tracé, éloignant un peu le futur gazoduc de la centrale de Marcoule, mais le rapprochant des habitations. En cas d’accident, des habitations, y compris une école, se trouveraient en plein dans la « zone des effets irréversibles ». Par ailleurs, le projet traverse neuf sites Natura 2000 et une réserve naturelle (4).

D’un coût estimé à plus de 600 millions d’euros, ce projet est également inutile, et devrait être relié à toute une série d’autres infrastructures gazières, notamment les projets d’extension du terminal méthanier à Fos-sur-Mer, et de construction du gazoduc également très controversé « MidCAT », entre l’Espagne et la France. Des projets inutiles car les infrastructures gazières actuelles sont largement sous-utilisées, et que la demande de gaz est en forte baisse en France comme dans le reste de l’Europe (5). Comme Eridan, ce sont en tout 77 projets gaziers qui font pourtant partie de la liste des « Projets d’Intérêts Communs » de la Commission européenne, leur permettant de bénéficier de procédures administratives accélérées et surtout d’importants fonds publics (6).

Juliette Renaud, chargée de campagne sur les Industries extractives aux Amis de la Terre, commente : « Le gazoduc Eridan n’est que la pointe de l’iceberg de nombreux projets gaziers inutiles et dangereux. Les autorités publiques, à commencer par la Commission européenne, s’entêtent à soutenir ces projets d’infrastructures sous pression des lobbies industriels, qui les ont convaincues que le gaz serait une énergie « propre ». C’est un véritable non-sens : on gaspille de l’argent public pour promouvoir le développement d’une énergie fossile, à laquelle il faut au contraire renoncer au plus vite si on veut espérer rester en dessous de 1,5°C ou même 2°C de réchauffement climatique ».

Le poids des lobbies dans les décisions qui entourent ces projets a été dénoncé à plusieurs reprises. C’est aussi ce que révèle un récent rapport des Amis de la Terre Europe (7), qui montre que l’ENTSOG, l’organisme qui est au cœur des processus de décisions énergétiques et d’infrastructures de l’Union européenne, est composé exclusivement de membres de l’industrie du gaz, y compris des majors pétrolières et gazières comme Engie. L’ENTSOG fournit ainsi des scénarios surestimant la demande de gaz et les besoins en infrastructure, complètement incompatibles avec les objectifs énergie-climat 2030 et 2050 de l’Union européenne et avec ceux de l’Accord de Paris. Pas étonnant puisque ses membres en sont les principaux bénéficiaires : depuis 2014, plus d’un milliard de fonds publics européens ont été accordés à des membres d’ENTSOG dans le cadre des « Projets d’Intérêts Communs » (8).

Contacts presse :

  • Juliette Renaud, chargée de campagne sur les Industries extractives, Les Amis de la Terre France : +33 9 72 43 92 61, juliette.renaud@amisdelaterre.org
  • Pierre Sagot, chargé de communication, Les Amis de la Terre France : + 33 6 86 41 53 43 / +33 9 72 43 92 65, communication@amisdelaterre.org

Notes :

(1) Le jugement du tribunal administratif sera rendu le 27 juin prochain. A noter que quatre recours contre la déclaration d’utilité publique ont été déposés par des communes, et que six élus locaux étaient présents aujourd’hui à Grenoble aux côtés des associations et collectifs citoyens.

(2) Total a d’ailleurs signé récemment un accord global avec la compagnie nationale algérienne Sonatrach, soldant leurs différends afin de relancer des projets gaziers communs, notamment celui de Timimoun visant un gisement de tight gas, gaz non conventionnel qui nécessite le recours à la fracturation hydraulique. En savoir plus.

(3) Voir le rapport d’Oil Change International, The sky’s limit (septembre 2016) : http://multinationales.org/Sortie-des-energies-fossiles-pourquoi-les-demi-mesures-ne-suffiront-pas

(4) Voir notamment l’article de Mediapart « Eridan, l’aberrant gazoduc d’Engie », 4 juin 2016 ; et celui de TPBM « Du gaz dans le tuyau Eridan en 2021 ?  », 3 août 2016.

(5) En 2015, avant même l’inauguration du terminal de Dunkerque, le plus grand terminal méthanier d’Europe continentale, les trois terminaux existants en France étaient utilisés à moins de 30% de leur capacité. En tout, la capacité de fourniture de gaz en France (via les gazoducs d’importation, les terminaux méthaniers et le stockage du gaz) était de 528 mmc/jour, alors que le pic de demande de gaz est de 340 mmc/jour. Par ailleurs, la demande de gaz a baissé de 17,5% en France depuis 2010. (voir https://www.iea.org/media/freepublications/security/EnergySupplySecurity2014_France.pdf et http://www.foeeurope.org/sites/default/files/shale_gas/2016/foee_briefing_-_gas_winter_package_final_en.pdf).

(6) https://ec.europa.eu/energy/en/topics/infrastructure/projects-common-interest. La liste des Projets d’Intérêt Commun est actuellement en cours de révision par la Commission européenne. La liste révisée devrait être publiée d’ici la fin de l’année.

(7) Les Amis de la Terre Europe, Hiding in plain sight – How the EU’s gas lobby is at the heart of EU energy policy making (mai 2017), téléchargeable ici.

(8) http://www.foeeurope.org/commission-billionth-euro-fossil-fuel-subsidies-170216

Crédits photo :
- B@rberousse
- association Pierredomachal

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