Le 21 avril , copie d’une lettre est découverte dans laquelle Monsanto prétend “stocker de 50 à 70 tonnes de semences de maïs GM pour répondre à la demande des agriculteurs du Sud-Ouest”.
Le 5 mai, un groupe d’une centaine de personnes investit le site de Monsanto à Peyrehorade à la recherche de ces semences.
Retour sur quelques faits :
Une enquête publique ést organisée à Peyrehorade car l’usine Monsanto classée ICPE (installation classée pour l’environnement) projette de s’agrandir. Les Amis de la Terre envoyent un de leurs adhérents, spécialisé dans ce type de dossiers juridiques pour étudier dans le détail le dossier. A part deux ou trois points que nous allons suivre, le dossier ne présente pas a priori de faille juridique qui permette de l’attaquer devant un Tribunal Administratif.
A partir des notes de JP, nous préparons nos remarques à joindre au registre de l’enquête publique. Pour éviter de nous déplacer de nouveau jusqu’à Peyrehorade, nous envoyons la lettre aux collègues d’ATTAC Landes Côte Sud qui veulent, eux aussi, jeter un coup d’oeil dans le dossier. En voulant accrocher la lettre au registre, JF découvre la copie de la lettre adressée au préfet. Elle n’y était pas lorsque JP a consulté le dossier et tout semble indiquer qu’elle a été agraffée dans le registre entre temps par le commissaire enquêteur lorsqu’il en a reçu copie.
Personne ne comprend pourquoi copie de cette lettre au préfet a été envoyée au commissaire enquêteur alors que rien dans la procédure de l’enquête publique n’obligeait Monsanto à le faire. Interrogé par les collègues d’Attac, le fonctionnaire de la DRIRE chargé de l’enquête confirme que la lettre n’a pas à figurer dans le dossier d’enquête.
Ce n’est pas la première fois que Monsanto divulgue de la sorte des informations sur ses projets. Lorsque le Conseil Général des Landes vota un voeu exprimant son opposition aux essais et à la culture d’OGM, Monsanto annonça dans la foulée à la presse locale son intention de procéder à des essais... dans les Landes [1]. Lorsque l’essai de Monsanto à Magescq a été détruit, Monsanto annonça le lendemain dans la presse locale qu’ils testaient sur un espace de 4 ha, dans un site tenu secret, quelque part au milieu des pins, une quinzaine de variétés dans leur version "Bt" (MON810) et conventionnelle". Plusieurs mois après, 17 nouvelles variétés d’OGM, fabriquées à partir du maïs MON810 sont inscrites dans le catalogue des semences français puis dans celui de l’UE et donc autorisées à la culture dans l’ensemble de l’Union Européenne... [2] Intox, provoc ou info ? Souvent difficile de démêler le vrai du faux.
Cela fait des années que Monsanto joue au chat et à la souris avec les citoyens et les pouvoirs publics locaux. Monsanto a-til voulu narguer les 300 citoyens qui avaient participé au rassemblement de Mont-de-Marsan le 8 avril pour s’opposer aux OGM ? [3] Ou bien, après l’action de Trèbes dans l’Aude contre une de ses usines, Monsanto a-t-il voulu provoquer les Faucheurs en nous “informant” localement de la “présence” de semences trangéniques sur son site de Peyrehorade ?
En fait, ici localement et vu les pratiques de Monsanto, nous pensons à une provocation. Le fait qu’aucune trace de semences n’aient été trouvée sur place, lors de la visite de l’usine par les Faucheurs semble le confirmer. Sans compter qu’en plus, la veille de cette intervention, Monsanto déclarait dans les colonnes de Sud-Ouest "qu’à Peyrehorade, on ne fait pas d’OGM...Les semences ne font que passer" ! Le message était clair et le timing, digne des meilleures agences de com. On croit rêver !
Rien ne prouve que les tonnes en question aient jamais été stockées à Peyrehorade. En tout cas, de toute évidence, Monsanto a tout fait pour qu’il n’y en ait plus, après ses “révélations”... Sans oublier que dans les champs, certains maïs approchent déjà les 10 cm de hauteur et étaient déjà plantés lors des fameuses “révélations”...
N’oublions pas non plus que Monsanto n’a même pas besoin de les stocker ici, à quelques km de la frontière, puisqu’elles peuvent arriver directement d’Espagne. L’an dernier des journalistes anglais sur les conseils des Amis de la Terre britanniques, se sont rendus en Espagne pour acheter des semences GM chez Monsanto. Monsanto était prêt à leur vendre tout ce qu’ils voulaient et à expédier aussi les semences à n’importe quel agriculteur de l’UE, sur simple demande par internet. [4]
Alors, lorsque Monsanto après cette action sur son site de Peyrehorade exprime son “exaspération croissante” (Sud-Ouest du 6 mai), c’est comme le pyromane qui se plaint des étincelles et ça fait doucement sourire...
Quant aux employés qui travaillent pour une firme qui déclare vouloir “contrôler l’ensemble du maïs européen d’ici 4 ans pour ne cultiver que son maïs GM”, qu’ils ne s’étonnent pas qu’un tel projet rencontre une certaine opposition ... [5] Car travailler dans les labos de Monsanto, ce n’est pas un travail neutre de technicien, sans répercussion sociale, mais c’est participer directement à un projet de contrôle de l’agriculture mondiale avec des conséquences parfois dramatiques ! [6]
Localement, nous continuons donc à surveiller ce qui se passe à Peyrehorade [7]. Nous poursuivons notre travail de fourmi sur le terrain et écoutons ce qui se dit dans nos villages ...
C’est à nous tous, citoyens landais, d’empêcher que quelques agriculteurs extrêmistes mettent en danger toutes les filières de qualité de notre région en les contaminant avec des OGM. Certes ces OGM sont encore légaux, mais si on s’y met tous, Monsanto et l’AGPM ne vont plus faire longtemps la “loi”...[Pour éviter que Monsanto ne fasse la “loi” à l’Assemblée Nationale, interpelez vos députés pour leur rappeler qu’ils sont élus par les citoyens français et non pas par le Conseil d’Administration de Monsanto, de Biogemma et Cie]
[1] A force de se moquer des élus, Monsanto ne tombe pas toujours sur des ingrats. Le président du Conseil Général des Landes, Mr Emmanuelli décidait en 2004, avec le soutien du MODEF de demander l’annulation des essais de Monsanto dans les Landes. Le Conseil d’Etat vient de publier son arrêt qui interrompt les autorisations triennales accordé à Monsanto pour faire ses essais de maïs OGM dans les Landes !
[2] Voir l’article : “Monsanto : les Landes contaminent-elles l’Europe ?”
[3] Voir notre articleOGM : Journée internationale, bilan du rassemlement de Mont-de-Marsan
[4] dossier
[5] Voir notre article “OGM : La prochaine cible de Monsato : le maïs européen”
[6] Face à la ruine de milliers de paysans utilisant le coton Bt de Monsanto, le gouvernement Sud Africain vient de mettre en place un moratoire sur les OGM. Même chose en Anda Pradesh, ou en Indonésie. Monsanto n’hésite pas, non plus, à recourir à la corruption en Indonésie ou à planter illégalement du soja OGM comme en Argentine, en Inde ou au Paraguay et mettre les gouvernements devznt le fait accompli. Aux Etats-Unis et au Canada des milliers d’agriculteurs se retrouvent devant les tribunaux poursuivis par Monsanto. Pour savoir qui dans la réalité utilise “des modes d’action inadmissibles qui qui tiennent du harcèlement et de l’intimidation” comme dit la directrice du site de Peyrehorade, voir notre dossier “Qui profite des plantes GM
[7] Dès 2000, ATTAC Landes Côte Sud rédigeait un dossier intitulé “Ca se passe comme ça chez Monsanto, rassemblant notamment des témoignages de personnes ayant eu à faire avec cette firme. En 2004, le rassemblement régional du 8 mai qui avait pour thème le “fiasco OGM en Espagne”, était organisée justement à Peyrehorade se terminait par une manifestation devant Monsanto, pour dénoncer le rôle Monsanto notamment en Espagne et en France.