Nanoargent : les risques pour la santé et l’environnement

Un rapport de juin 2009 publié par les Amis de la Terre Etats-Unis et les Amis de la Terre Australie sous le titre "NANO & BIOCIDAL SILVER" dressait un panorama des produits de consommation courante contenant de l’argent et du nanoargent (en guise de désinfectants notamment), évoquait les graves risques pour la santé et l’environnement associés au recours croissant à ces produits, et insistait sur l’extrême urgence à légiférer en la matière.

Dr Rye Senjen, des Amis de la Terre Australie et Ian Illuminato, des Amis de la Terre USA - Nano and biocidal silver
Extreme germ killers present a growing threat to public health

Rapport 2009 sur : L’inquiétant accroissement de l’utilisation de l’argent et du nanoargent comme biocides, et de leur dispersion dans l’environnement

—  Synthèse du rapport « Nano & biocidal Silver » des Amis de la Terre Etats-Unis et Australie

L’argent est connu depuis longtemps comme un puissant agent antibactérien, toxique pour les algues et les champignons, mais on constate ces dernières années un regain spectaculaire de son emploi comme biocide, que ce soit en solution, en suspension ou sous forme de nanoparticules.

Les biocides à l’argent sont utilisés dans des domaines de plus en plus variés : fibres textiles et lave-linge, peintures, teintures et vernis, polymères, applications médicales, éviers et autres céramiques sanitaires, mais aussi produits de consommation courante (désinfectants, cosmétiques, biberons, produits de nettoyage...).

Parmi les articles usuels contenant du nanoargent figurent des produits pour contact alimentaire (tasses, bols, planches à découper...), des cosmétiques et produits d’hygiène, des jouets pour enfants, des articles pour bébés, des compléments diététiques et alimentaires.

Il est avéré que l’argent, et plus spécifiquement le nanoargent, est toxique pour le milieu aquatique et les organismes terrestres, ainsi que pour diverses cellules de mammifères in vitro, et qu’il peut nuire à la santé humaine.

Même si le nanoargent et l’argent ont une utilité indéniable dans le domaine médical (par exemple pour le revêtement d’instruments ou les soins aux grands brûlés), leur emploi doit être très strictement contrôlé et la formule « no data, no market » (pas de données, pas de mise sur le marché) devrait toujours s’appliquer.

La résistance des bactéries aux antibiotiques est un problème planétaire en aggravation constante. Le recours sans discernement à l’argent comme biocide dans de multiples produits de consommation n’est donc pas seulement superflu : il risque d’accroître dangereusement cette résistance bactérienne.

Il existe aussi des indices que l’argent ionique présenterait, sous forme de nanoparticules, une toxicité plus forte, ou que ces nanoparticules seraient en soi toxiques. La présence dans les eaux usées de résidus de produits contenant des biocides à l’argent soulève donc nombre d’inquiétudes, car les boues de stations d’épuration peuvent être épandues sur des terres agricoles ou bien, une fois séchées, servir de remblais, ou encore finir à l’incinérateur. Or cet argent biocide peut aussi perturber le fonctionnement d’éléments clés de la vie microbienne des sols.

Une étude internationale (EMERGNANO) menée en 2009 par d’éminents nanotoxicologues a passé en revue les données issus de la littérature mondiale récente sur la toxicité des nanoparticules ; elle en conclut qu’il

« existe suffisamment de preuves de la nocivité potentielle des nanoparticules d’argent pour l’environnement et, par conséquent, il convient d’envisager dans ce cas le recours au principe de précaution ».

Les Amis de la Terre USA et Australie réclament un moratoire immédiat sur la commercialisation de produits contenant des nanoparticules d’argent manufacturées tant que n’aura pas été instaurée une réglementation spécifique aux nanotechnologies visant à protéger le public, les travailleurs et l’environnement des risques associés, et tant que le public ne sera pas réellement impliqué dans les prises de décision.

Cette exigence est conforme aux recommandations du rapport de 2004 sur les nanotechnologies de la Royal Society et de la Royal Academy of Engineering britanniques, selon lesquelles il convient d’interdire tout rejet délibéré de nanomatériaux dans l’environnement tant que la preuve de leur innocuité n’aura pas été faite.

Le principe de précaution est crucial pour tout ce qui touche au nanoargent !


NB : Le document pdf téléchargeable à droite de cette page correspond à la traduction provisoire en français des pages 2 à 12 et 35 à 37 du rapport. La page 2 correspond au résumé de synthèse reproduit ci-dessous.

Il y a quelques mois, ce premier jet a été réalisé de manière non professionnelle par des bénévoles. Un grand merci à eux, et notamment à Jacqueline. Depuis, la catastrophe de Fukushima mobilise hélas tout le temps disponible de la personne qui pensait se charger de la relecture définitive et des compléments de traduction.

Le temps passant, et bien que cette version partielle comporte sans doute encore quelques lourdeurs et inexactitudes, nous avons décidé, vu la gravité et l’urgence du dossier « nanos », de la mettre sans plus attendre à disposition, pour permettre à un maximum de non-anglophones d’avoir malgré tout accès à l’essentiel du contenu de ce rapport sur l’utilisation de l’argent et du nanoargent comme biocides.

Depuis sa parution en 2009, et dans la foulée du « débat public » en France sur les nanotechnologies, les Amis de la Terre France ont estimé devoir prendre, en 2010, une Position sur les nanotechnologies (texte aussi disponible sur notre site à la rubrique « Qui sommes-nous ? / Nos positions »). Ce texte de 2010 va un peu au-delà des préconisations du rapport présenté ci-dessous, qui n’en reste pas moins une très précieuse source d’informations sur un sujet trop méconnu.

NB : Si des habitué(e)s de la traduction d’anglais en français ont du temps pour affiner bénévolement cette première mouture, ou traduire les chapitres manquants, ne pas hésiter à contacter mariec@aliceadsl.fr

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