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Ne pas confondre méthane et méthane

Le méthane, l’un des gaz à effet de serre les plus redoutables, pose un problème d’autant plus pressant que ses sources d’émission, naturelles ou humaines, sont multiples. Dans un contexte de réchauffement accéléré, ne pas en émettre s’impose. Décryptage.

CH4 de son symbole chimique, le méthane est un des gaz à effet de serre les plus redoutables. Son pouvoir réchauffant global est de 25 à horizon 100 ans, mais il grimpe à 80 à horizon 15 ans, ce qui correspond à sa durée de vie. Dans un contexte de réchauffement accéléré, ne pas en émettre s’impose comme une évidence. Le méthane pose un problème d’autant plus urgent à régler que les sources d’émissions de ce gaz, naturelles ou humaines, sont multiples.

Il y a d’abord le méthane provenant de la décomposition anaérobie de matières organiques : les zones humides sont un lieu propice à sa formation, tout comme les décharges d’ordures. Viennent ensuite les émissions de méthane engendrées par l’exploitation d’énergies fossiles, lors de l’extraction, du transport ou de l’utilisation du gaz naturel : ainsi, jusqu’à 6 % du volume d’un puits part dans l’atmosphère à partir des puits non conventionnels. Les ruminants contribuent aussi – leur digestion incomplète produit du méthane – à réchauffer l’atmosphère. Idem pour les sous-bois odorants et les mares bucoliques, également émetteurs.

Hydrates de méthane, la menace

Last but not least : les fonds sous-marins et le pergélisol des régions arctiques recèlent aussi des quantités démentielles de CH4, sous forme d’hydrates de méthane. Arrêtons-nous sur cette nouvelle forme d’hydrocarbure qui affole les pétroliers. Tout le long du talus continental, c’est-à-dire la pente qui relie les eaux côtières peu profondes aux abysses, la matière organique qui se décompose produit, comme en surface, du méthane. Mais à plusieurs centaines de mètres de profondeur, la pression se chiffre en dizaines de bars et la température ne dépasse pas quelques degrés. L’eau se combine alors avec le gaz pour former, au niveau moléculaire, une sorte de cage très fine où est enfermé le méthane. À l’oeil nu, les hydrates de méthane ont l’aspect de la neige. Mais il s’agit d’une neige qui s’enflamme à la moindre étincelle !! Comme pour les sables bitumineux ou les gaz de schiste, l’extraction des hydrates de méthane est en passe de devenir rentable. Le Japon, les Etats-Unis, la Russie, la Corée, l’Inde, le Royaume-Uni ou l’Allemagne développent des projets de recherche en ce sens.

Les industriels se frottent les mains et les protecteurs du climat s’arrachent les cheveux : l’estimation des réserves oscille entre 13 x 1015 et 24 x 1015 m3, soit 70 à 130 fois les réserves prouvées de gaz naturel conventionnel. A titre d’exemple, “si les États-Unis pouvaient exploiter ne serait-ce que 1 % des ressources disponibles, le rendement pourrait répondre à la demande en gaz naturel pour le siècle prochain”, a précisé récemment le Programme des Nations unies pour l’Environnement, très enthousiaste devant cette perspective ! Le dit “trésor” pourrait d’ailleurs partir dans l’atmosphère plus rapidement que prévu, puisque des dégazages géants sont redoutés en Arctique : en effet, le pergélisol et les fonds marins, menacés par le réchauffement climatique, sont susceptibles, sous certaines conditions, de relâcher dans l’atmosphère le méthane qu’ils contiennent.

Récupérer et brûler le CH4 déjà produit

Le plancher des vaches offre des perspectives à plus court terme, et surtout des projets plus réjouissants. Car des installations de récupération de méthane sont déjà en place. Dans le monde, environ 21 millions de foyers seraient actuellement équipés de digesteurs familiaux (surtout en Asie) qui permettent de récupérer les déchets organiques et d’utiliser le méthane ainsi produit pour un usage domestique. Ce chiffre ridiculement bas s’explique par l’ampleur des investissements nécessaires à la récupération du méthane. En 1991, la France et l’Allemagne émettaient à peu près les mêmes quantités de méthane (55 kg/habitant). Seize ans plus tard, les émissions individuelles de l’Allemagne sont 40 % plus faibles que celles de la France. Si l’Allemagne héberge encore des mines de charbon et de lignite – qui produisent le fameux grisou – elle a aussi beaucoup investi dans la récupération de méthane généré par l’activité agricole et par les ordures ménagères grâce à la couverture des décharges et à la méthanisation contrôlée. En France, rien de tout cela. Les émissions du secteur agricole représentent aujourd’hui presque les deux tiers des émissions totales ! Malgré un potentiel très important, la France compte seulement 197 installations de méthanisation sur son territoire, quand l’Allemagne en exploite plus de 7 000, déplore l’association Global Chance.
“Les Amis de la Terre encouragent la méthanisation des déchets dans de petites unités, ainsi que tous les procédés permettant de récupérer les fuites de méthane”, précise Marie-Christine Gamberini, référente Energie des Amis de la Terre France. Aujourd’hui, l’essentiel du méthane – d’origine fossile ou produit par les ordures ménagères ou l’agriculture – est pourtant relâché dans l’atmosphère. “Brûler le méthane – notamment celui qui s’échappe lors des processus d’exploitation pétrolière – est moins grave pour le climat que de le laisser s’échapper dans l’atmosphère, explique Marie-Christine Gamberini. “Tous les scénarios de transition énergétique français ont recours au gaz naturel, qui est la seule solution de substitution disponible dans les proportions nécessaires – tout en offrant un excellent rendement, notamment dans le cas de la cogénération !chaleur-électricité. Mais exploiter les gaz de schiste ou les hydrates de méthane ne ferait qu’entraîner des pollutions généralisées des milieux et entretenir le consumérisme. Les quantités de gaz naturel classique sont largement suffisantes pour effectuer la transition.” Elle rappelle la position des Amis de la Terre. “En France, l’utilisation accrue des centrales électriques à gaz n’est admissible que dans une perspective de substitution à la fermeture des réacteurs nucléaires.”

> JEANNE MAHÉ


Photo : Megnut sous licence Creative commons.

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