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Négociations sur le climat : Qui essaie de tirer profit de la lutte contre la déforestation ?

1er décembre 2010,
Par Sylvain Angerand

La lutte contre la déforestation (REDD[1]) est au cœur des négociations internationales sur le climat de Cancun. Pourtant, alors que les aspects les plus controversés de ce nouveau mécanisme sont toujours en discussion, de nombreux projets pilotes ou volontaires sont déjà en train de se mettre en place et d’anticiper sur les conclusions officielles. L’objectif est clair : influencer les négociations et les orienter dans un sens favorable aux entreprises et aux pays développés. Une bonne idée est en train se transformer en cauchemar pour les communautés et les peuples qui dépendent des forêts comme le révèle le nouveau rapport des Amis de la Terre - « REDD : les réalités noir sur blanc »[2] - avec de nombreux exemples à l’appui.


Les études de cas menées par des organisations membres des Amis de la Terre du monde entier montrent clairement que les peuples autochtones et les communautés locales sont marginalisés au moment de développer ces projets. Ces populations risquent fort d’être désavantagées face aux grandes entreprises et aux investisseurs qui ont la capacité de consacrer des moyens colossaux pour participer à des réunions internationales, influencer des décideurs politiques ou financer des projets pilotes qui leur sont favorables. Des entreprises comme BP ou Shell sont déjà des acteurs majeurs du mécanisme REDD.

Pour ces entreprises, l’enjeu principal du mécanisme REDD consiste à intégrer les forêts au marché du carbone pour pouvoir générer des crédits carbone et permettre aux pays industrialisés d’acheter des droits à polluer plutôt que de réduire leurs propres émissions de gaz à effet de serre. Intégrer les forêts dans les marchés carbone multiplie pourtant encore les risques de dépendre des vicissitudes de ces marchés et des variations des prix. Cela aboutit par ailleurs à une privatisation de la forêt et à une restriction des droits des communautés autochtones comme le montrent, par exemple, nos études de cas au Brésil, au Liberia ou en Indonésie.

De plus, en jouant sur les failles de la définition d’une forêt qu’applique l’ONU, ces projets permettront de poursuivre l’exploitation industrielle de bois et le remplacement des forêts naturelles anciennes par des monocultures d’arbres.

Pour le coordinateur du programme Justice climatique des Amis de la Terre International, Joseph Zacune : « Par le biais des pourparlers de l’ONU sur le climat, les gouvernements sont en train de faire à propos des forêts des propositions dangereuses, qui mettront en péril les populations et l’environnement. Ces études de cas montrent que les gros investisseurs foncent pour tirer profit de projets forestiers qui ne feront rien pour réduire les émissions et qui seront nuisibles pour les communautés locales. »

Pour Sylvain Angerand, chargé de campagne pour les Amis de la Terre France :« Les pays développés ont une attitude ambiguë : plutôt que de vouloir à tout prix faire entrer les forêts dans le marché du carbone pour soi-disant les protéger, comment se fait-il qu’aucune proposition ne soit sur la table pour mettre un terme aux subventions et aux politiques commerciales qui constituent les moteurs de la déforestation ? »