DÉCLARATION D’ORGANISATIONS SOCIALES, INDIGÈNES, PAYSANNES ET DES MOUVEMENTS URBAINS D’ARGENTINE, D’AMERIQUE LATINE, ET D’AUTRES CONTINENTS POUR REJETER LA « TROISIÈME RÉUNION SUR LE SOJA RESPONSABLE » [1] DEVANT SE TENIR LES 23 ET 24 AVRIL À L’HOTEL HILTON DE BUENOS AIRES, ARGENTINE.
L’industrie agroalimentaire est responsable de la dévastation de nos sols, de la déforestation, de la pollution de rivières et d’aquifères, de la perte de biodiversité, du pillage de l’héritage naturel et culturel et de l’élimination de l’agriculture familiale qui autrefois alimentait nos communautés. L’expansion de la monoculture du soja menace tout autant la souveraineté territoriale, alimentaire et culturelle des Etats-nations que les droits des Communautés Indigènes et Rurales. L’industrie agroalimentaire de soja exclut, appauvrit et ’affaiblit la population. Ce modèle d’agriculture industrielle viole les droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux. Les monocultures industrielles s’étendent, et par leur violence structurelle inhérente, vident le territoire en provocant migration rurale, marginalisation de populations rurales et en fin de compte en générant criminalisation de la pauvreté et des mouvements sociaux.
Malgré cela, actuellement, avec l’expansion des marchés des produits alimentaires transformés, l’élevage industriel de bétail et la production d’agrocarburants qui soi-disant « nous sauveront du changement climatique », l’industrie agroalimentaire du soja se renforce. En réalité, l’ hidrovia (voie navigable) de l’ IIRSA [2] s’étend, de nouveaux réseaux ferroviaires apparaissent, il y a plus de cultures transgéniques, plus de pesticides et de machines importées pour spolier nos sols plus rapidement.
L’industrie agroalimentaire s’étend de plus en plus. Consternés, nous voyons comment de nombreux gouvernements européens pensent, en s’asseyant naïvement aux Tables Rondes de Commerce Durable de la WWF, répondre aux critiques croissantes et aux dénonciations de la situation de nos pays. Nous sommes inquiets qu’ils prennent les nouveaux critères légaux de durabilité pour la production durable de biocarburants [3] pour de beaux exemples de succès. En participant aux tables rondes, les gouvernements européens, participent aveuglement à l’écoblanchiment des transnationales.
Nous, Mouvements sociaux du Nord et du Sud, nous refusons totalement toutes les tentatives des sociétés et des ONG visant à installer dans l’opinion publique des critères de durabilité et de responsabilité basées sur les monocultures de soja GM [4] . Nous désapprouvons les projets de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) qui, par des tables rondes et des mesures volontaires, dissimulent les crimes commis par les compagnies. Avec des politiques d’assistance privées, les entreprises, usurpent l’État de ses fonctions publiques.
Nous nous opposons au modèle agroalimentaire de domination néocoloniale et à la façon perverse dont les sociétés déforment systématiquement un grand nombre de nos propres discours. Nous dénonçons cet écoblanchiment avec lequel elles disputent les marchés qualifiés des certifications.
Rappelons nous qu’en mars 2005, des organisations rurales et environnementales du Cône du Sud, y compris Via Campesina d’ Argentine, le Paraguay et le Brésil sont venus ensemble à Foz d’Iguazu pour dénoncer la Première Table ronde sur le Soja Responsable [5]. Simultanément, en solidarité, les activistes hollandais ont manifesté devant le siège social de l’industrie de fourrage PROVIMI dans le port de Rotterdam [6]. En 2006, des mouvements sociaux paraguayens, des organisations urbaines et rurales, ont manifesté contre la Deuxième Table ronde sur le Soja Durable qui a eu lieu dans Asuncion [7]. Récemment La Via Campesina du Paraguay a rejeté publiquement une tentative de les impliquer dans le l’écoblanchiment du Soja Responsable [8].
C’est pour toutes ces raisons que nous rejetons à nouveau le projet mené par l’Organisation mondiale de protection de la nature (WWF) auquel participent entre autres les groupes de l’industrie agroalimentaire du soja AAPRESID [9] de l’Argentine, ABIOVE [10], MAGGI et APROSOJA du Brésil, DAP du Paraguay, Bunge et Cargill des Etats-Unis, la Banque ABN-AMRO de la Hollande et les ONG FUNDAPAZ de l’Argentine, GUYRA (Birdlife) du Paraguay, Solidaridad des Pays-Bas.
Nous ratifions de nouveau notre engagement à une lutte unie pour la Souveraineté alimentaire de nos peuples et à faire face aux manœuvres de désinformation et de séduction de l’industrie agroalimentaire. Nous exigeons la libération de nos territoires de ces sociétés agroalimentaires criminelles et la justice pour toutes les victimes de l’industrie agroalimentaire de soja !
LÀ OÙ IL Y A MONOCULTURE, IL NE PEUT PAS Y AVOIR DE CARACTÈRE DURABLE ! LÀ OÙ IL Y A INDUSTRIE AGROALIMENTAIRE, LES CAMPESINOS NE PEUVENT VIVRE !
[1] http://www.responsiblesoy.org/
[2] La « Integracion de la Infraestructura Regional Suramericana » (IIRSA) construit une voie fluviale de 4200km de long depuis la Bolivie jusqu’à l’Uruguay pour l’exportation de matières premières dont le soja. Les routes et les voies de chemins de fer sont planifiées à partir de cette infrastructure. Celle-ci perturbe sérieusement les écosystèmes, les communautés indigènes et paysannes.
[3] Ceci est confirmé parla présence à la table ronde de : Shell International ; BP International LtD ; Carrefour Brasil ; Greenergy International ; Glencore Grain B.V. ; Neste Oil ; COOP ; ED&F Man France ; US Soybean Export Council ; Wheb Biofuels ; Cert ID Certificadora LTDA ; Royal Dutch Grain and Feed Trade Association http://www.responsiblesoy.org/eng/index.htm
[4] Open Letter to Support the Iguazú Counter Conference : No Greenwash for the soy industry ! 28 February 2005. ASEED, XminY http://prod.biotech.indymedia.org/es/topic/soy2005/archive.shtml
[5] Contre rencontre de Iguazu. 16-18 /03/ 2008. http://www.grr.org.ar/iguazu/
[6] Action au siège de Provini - entreprise de fourrage : "Pas de soja pour l’élevage intensif !" Hollande, 16 mars 2005. Organisée par ASEED. http://prod.biotech.indymedia.org/es/2005/03/4101.shtml
[7] Le modèle de développement du soja au Paraguay : irresponsable, insoutenable et antidémocratique. Juin 2006, Paraguay. http://www.grr.org.ar/ceparaguay/
[8] 28 February 2008. Déclaration de Via Campesina Paraguay contre la table ronde du soja responsable.
[9] AAPRESID créée 1988 avec les fonds de Monsanto http://www.cababstractsplus.org/fts/Uploads/PDF/20023109946.pdf et http://www.aapresid.org.ar/
[10] Abiove represente 17 compagnies d’oléagineux, dont le groupe André Maggi, Bunge, Cargill and Louis Dreyfus et Imcopa.



