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Notre Dame des Landes : une magnifique victoire collective

17 janvier 2018 : la date restera gravée dans nos mémoires militantes. L’annonce de l’abandon par le gouvernement du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes met fin à l’un des plus vieux conflits environnementaux de France. La destruction du bocage, de ces terres agricoles et naturelles si particulières de Loire-Atlantique, et de la biodiversité qu’elles abritent n’aura pas lieu. C’est un immense soulagement et une grande joie car il aura fallu, depuis la renaissance du projet dans les années 2000, une sacrée persévérance collective pour arracher enfin la victoire.

La participation au Débat Public en 2003 et à toutes les enquêtes publiques suivantes en 2008 et 2012 n’ont hélas pas suffi à mettre à bas un mauvais projet. Il aura fallu lutter sur tous les fronts : expertiser le dossier pour en démonter les insuffisances voire les mensonges, proposer une alternative, contester l’expropriation, porter des recours juridiques, mobiliser l’opinion publique en l’alertant sur le gaspillage inutile de ressources naturelles et d’argent, fédérer aussi bien de simples citoyens que des associations, des partis, des syndicats ou des collectifs créés pour l’occasion... mais il aura aussi fallu en passer par des actions plus singulières : grands rassemblements devenus de véritables universités populaires, grève de la faim de 28 jours et occupation illégale du terrain pour empêcher la destruction des maisons et le début des travaux, sans oublier une résistance courageuse de tous, squatteurs et soutiens, au moment de l’opération César de 2012. La force extraordinaire du mouvement anti-aéroport réside dans la diversité de ceux qui s’y sont engagés : agriculteurs, propriétaires, élus, architectes, naturalistes amoureux de la nature ou pilotes amoureux des avions, habitants anciens et nouveaux, jeunes et moins jeunes...

_SOULAGEMENT MAIS VIGILANCE Chacun a fait sa part dans cette longue lutte, que chacun en soit remercié très sincèrement ! Et notamment les Amis de la Terre qui ont soutenu notre cause et nous ont permis d’accéder à la Conférence environnementale de 2016 pour y porter notre voix. Il reste cependant beaucoup à faire, ici et ailleurs. Localement d’abord : l’avenir des terres et leur gestion demain doivent pouvoir être discutés avec ceux qui ont empêché leur destruction. Notre mouvement collectif entend bien faire des propositions à l’État pour que puisse s’enraciner ce qui est né sur la ZAD : nouvelles formes de vie, de pratiques agricoles, de lien social, de culture, de solidarités multiples. Mais il faudrait aussi que soient tirées les bonnes leçons de Notre-Dame-des-Landes. Or de ce point de vue, c’est loin d’être gagné pour plusieurs raisons.

_Premièrement, l’abandon n’a pas été décidé sur les raisons de fond écologiques : ni le gaspillage des terres, ni l’urgence climatique qui imposerait de se pencher entre autres choses sur la place du transport aérien, ni la protection de la biodiversité, ni la nécessaire réflexion sur le modèle même de développement de notre société, n’ont été cités dans le discours du Premier ministre. Les politiques et autres décideurs n’ont toujours pas compris qu’il fallait changer de paradigme pour penser l’avenir. On l’a d’ailleurs vu juste après l’abandon : d’autres projets (pont, tunnel, et même zone agricole 4.0 …) ont immédiatement fleuri dans leur esprit fertile pour « compenser » la perte d’un nouvel aéroport... De plus il est hélas peu probable que NDDL fasse avancer le droit de l’environnement puisque tous nos contentieux liés à la destruction des espèces protégées ou de la zone humide ont été perdus au motif que le nouvel aéroport était d’ intérêt général majeur et qu’il n’y avait pas d’alternative alors que le rapport de la médiation a montré le contraire mais seulement en décembre 2017…

_Deuxièmement, c’est la méthode de débat public et de prise de décision qui devrait être profondément remaniée si l’on veut éviter de nouvelles impasses comme celle de Sivens et de Notre-Dame-des-Landes. Mais l’État et les élus le veulent-ils vraiment ? Rien n’est moins sûr. La commission Richard mise en place pour cela après la mort de Rémi Fraisse a débouché sur des ordonnances qui ne changent pas fondamentalement la donne. Quant au chapitre que les médiateurs ont consacré au sujet dans leur rapport, il n’a probablement pas été lu de grand monde et presque aucun média n’en a parlé... Ses recommandations risquent donc de rester lettre morte, alors qu’en parallèle, le gouvernement avance sur les dérogations possibles à la loi, au nom de l’expérimentation, et sur des procédures accélérées... En fait, il n’est pas sûr que le formidable travail collectif d’analyses et de contre-propositions que peut produire des citoyens (Naturalistes en lutte, CéDpa et Atelier citoyen par exemple dans le cas de NDDL*) soit reconnu à sa juste valeur.

NDDL devrait être un exemple de ce qu’il ne faut plus jamais faire et l’occasion de mettre en place de bonnes pratiques en matière d’action publique : partir des besoins réels de la population, optimiser l’existant quand il peut répondre à ces besoins, entendre les propositions alternatives, ne pas tenir pour négligeable la destruction irréversible des terres et de la biodiversité, ménager l’argent public, débattre dans une réelle transparence etc. Mais tous les décideurs, élus, porteurs de projets et administrations le veulent-ils vraiment ? Ne continueront-ils pas plutôt à verrouiller la « démocratie participative » en ne lui laissant que les apparences d’un débat loyal ? C’est l’enjeu qui reste entier devant nous.

Françoise Verchère,coprésidente du Collectif des élus opposés à NDDL, le CéDpa.

Les principaux sites d’analyse et de contre-expertise : Atelier Citoyen : http://www.ateliercitoyen.org/ CéDpa : http://aeroportnddl.fr/ Naturalistes en lutte : https://naturalistesenlutte.wordpress.com/

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