En effet, en 2005 la situation était devenue dramatique pour ne pas dire cauchemardesque : épuisement des ressources non renouvelables et pénurie chronique des ressources renouvelables, pollutions graves de l’air, de l’eau et des sols entraînant de nombreuses maladies (cancers, allergies, malformations congénitales,...), famines et conflits divers ravageant une grande partie de la planète, multiplication des catastrophes écologiques...
Il a donc fallu prendre des mesures draconiennes et pour commencer revoir et corriger la définition même de déchets : à cette époque obscurantiste, tout produit non utilisé était considéré comme un déchet, en négligeant complètement qu’il pouvait être une ressource pour autrui. Et c’est ainsi que de précieuses ressources étaient brûlées dans des incinérateurs ou enfouies dans des décharges, mélangées les unes aux autres ce qui les rendait toutes inutilisables et polluantes, y compris les matières organiques dont les sols ont tant besoin. Ceux-ci s’appauvrissant, il fallait toujours plus gorger les cultures d’engrais et de pesticides qui polluaient l’air, l’eau et les aliments, déclenchant ces redoutables maladies qui ont décimé quelques générations de nos compatriotes. Comble d’horreur, à cette époque tout le monde était obligé de faire ses besoins dans de l’eau potable, laquelle devait être épurée et repotabilisée à grands frais avant qu’on puisse la boire de nouveau.... Pisser dans l’eau qu’on boit, vraiment quelle déchéance ! Heureusement que nous n’en sommes plus là !
Enfin, à cette époque les industriels avaient le droit de produire des objets et matériaux à usage unique, dont la plupart ne pouvaient être ni réutilisés, ni recyclés, ni compostés. Ceux-ci finissaient donc dans des incinérateurs qui, comme par hasard, appartenaient aux mêmes grands groupes industriels...
Maintenant, ces pratiques aberrantes ont pris fin et aucun industriel ne peut plus fabriquer de tels objets. Mais le "feu purificateur" réduisant les quantités de déchets seulement des deux tiers et les décharges ne les réduisant quasiment pas, il nous reste à gérer les millions de tonnes de détritus de toutes sortes qui en sont issus au cours des décennies passées, pour récupérer ce qui peut l’être afin de pallier aux pénuries de ressources dues aux gaspillages insensés de nos prédécesseurs.
Comme vous le savez, maintenant les industriels ne produisent que des objets à vie longue, réparables et recyclables ou compostables. Nombre d’entreprises récupèrent les objets cassés ou abîmés ou dont leurs propriétaires ne veulent plus, les remettent en état et les revendent. Les villes et les villages ont vu réapparaître artisans - menuisiers, cordonniers, tailleurs, électriciens, plombiers... - et petits commerçants, les agriculteurs ont réappris à respecter leurs terres et à diversifier leurs productions, les fermes ont retrouvé des tailles humaines. Tout ceci a permis de résoudre les problèmes d’emploi que connaissaient nos grands-parents.
Les problèmes apparemment insurmontables de pollution ont été résolus par un tri à la base : comme vous le savez pour le pratiquer quotidiennement, les matières organiques sont collectées séparément des autres sous-produits, méthanisées pour produire du biogaz qui nous sert au chauffage, à la production d’électricité et comme carburant. Les eaux usées sont traitées par des filtres à lit planté, agréables plans d’eau auprès desquels il fait bon se promener puisque l’utilisation systématique de toilettes à compost - avec différents systèmes selon que l’on est en milieu rural ou urbain - a mis radicalement et définitivement fin à cette aberration des toilettes à eau. Le compost ainsi obtenu, hygiénisé, est rendu aux sols comme le sont toutes les matières organiques que produisent l’agriculture, les espaces verts, les forêts, les particuliers...
Bien sûr, les récipients en verre sont consignés et réutilisés, les métaux et les papiers sont massivement recyclés, l’agriculture n’utilise plus tous ces produits hautement toxiques qui rendaient nos aliments impropres à la consommation. Le bâtiment, qui produisait 30 millions de tonnes de déchets en 2000 n’en produit plus puisque l’on est revenu à des matériaux entièrement biodégradables et non polluants car naturels : paille, terre, bois, pierre, chaux, pigments naturels... Réduire les quantités de déchets a contribué à la réduction des pollutions et des gaspillages de carburant liées aux transports : en 2000, 1/3 des camions transportaient des déchets !
D’importantes campagnes de sensibilisation, initiées par les "écolos", alors considérés souvent avec dédain, ont été nécessaires pour faire prendre conscience aux populations et surtout aux responsables politiques et aux industriels que cette réduction drastique de la production de déchets était non seulement possible et même inévitable mais aussi et surtout qu’elle générait emplois, profits, bonne santé et bonheur... Rappelez-vous, c’est en 2005 que le PIB, Produit Intérieur Brut, favorisé par les pollutions et les maladies, a été remplacé par le Pouvoir d’Imagination et de Bonheur que nous connaissons tous.
Catherine Reymonet, sur une idée de Dominique Gilbon, décembre 2004
pour en savoir plus : http://toiletteacompost.org