Logo des Amis de la Terre
Recommander cette page Imprimer cette page Agrandir cette page

Nouveau rapport : dérivés du carbone, attention danger !

24 septembre 2009,
Par Yann Louvel

Un nouveau rapport des Amis de la Terre Etats-Unis révèle que les projets actuels de création d’un marché du carbone mondial sont extrêmement risqués et ne s’accompagnent pas de la régulation financière nécessaire (1). Alors que la crise financière n’est pas terminée, ses leçons n’ont toujours pas été tirées et le G20 propose aujourd’hui de mettre la charrue avant les bœufs en créant un nouveau marché géant de produits dérivés climatiques avant même d’avoir régulé celui des produits dérivés conventionnels.


Alors que les dirigeants des pays du G20 sont réunis à Pittsburgh, les Amis de la Terre Etats-Unis viennent de publier un rapport dénonçant la complexité, la volatilité et les risques de spéculation excessive du marché carbone envisagé aux Etats-Unis. Le rapport, intitulé « Simpler, Smaller and More Stable » (Plus simple, plus petit et plus stable), révèle que les propositions actuelles pour réguler les produits dérivés sont nécessaires, mais loin d’être suffisantes pour assurer l’intégrité environnementale et financière de ces nouveaux marchés.

C’est pourtant vers un marché du carbone mondial que propose d’aller le G20 dans le document préparatoire au sommet sur les marchés carbone et la finance privée rédigé par le groupe d’experts sur le financement des changements climatiques (2). « Il est irresponsable de demander un marché international des produits dérivés climatiques quand nous n’avons rien aujourd’hui qui ressemble de près ou de loin à une autorité de contrôle internationale pour réguler les produits dérivés conventionnels », dénonce Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre.

Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre, poursuit : « La proposition de loi américaine actuellement en négociation tout comme le paquet énergie-climat et les propositions du G20 visent à construire un marché difficile à réguler par nature en promouvant la compensation sous toutes ses formes. Les crédits carbone issus des différents mécanismes de compensation seront échangés comme produits dérivés de gré à gré, avec une opacité très forte. Ce sont pourtant ces derniers qui ont joué un rôle significatif dans la crise financière et qui font partie des instruments financiers les plus difficiles à réguler ».

Les propositions actuelles se basent sur l’idée fausse que le carbone sera une nouvelle marchandise, alors qu’il est une externalité négative. Les mécanismes de vérification et de régulation sont absolument essentiels pour éviter de potentielles manipulations. La taille de ce nouveau marché attirera en effet les spéculateurs et l’innovation financière effrénée qui pourraient mettent en péril sa gouvernance. Yann Louvel conclut : « Non seulement ces produits posent un problème de régulation mais ils ouvrent aussi toute grande la voie aux subprime carbon : des produits dérivés qui sont supposés déboucher sur des réductions d’émissions de GES mais qui sont fictifs et pourraient voir leur valeur s’effondrer. Un des impératifs pour réduire les risques est de rejeter les mécanismes de compensation Nord-Sud ».

Contact presse : Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 32 22 / 06 86 41 53 43

(1) Le rapport des Amis de la Terre Etats-Unis est accessible en ligne à la page suivante.
(2) Le document de préparation au sommet du G20 est accessible en ligne à la page suivante.