Nouveau rapport des Amis de la Terre "Institutions financières internationales et climat : la grande hypocrisie"

Paris, le 22 septembre 2009 - Alors que se tient aujourd’hui le sommet de l’ONU sur le climat qui réunit une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement, les Amis de la Terre publient une étude accablante : Institutions financières internationales et climat : la grande hypocrisie. L’ONG révèle que si les dirigeants mondiaux multiplient les déclarations annonçant leur volonté de lutter contre les changements climatiques, ils continuent à financer massivement les énergies fossiles et les industries les plus émettrices de CO2 à travers les institutions financières internationales (IFIs) dont ils sont les actionnaires. Le rapport épingle les activités de deux des plus grosses IFIs, la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement (BEI). Les Amis de la Terre demandent à la France, qui a un poids crucial au sein de ces institutions, de prendre des mesures pour mettre en cohérence les actions des IFIs et ses promesses en matière de lutte contre les changements climatiques.

Alors que le réchauffement de la planète est principalement du à la combustion de sources d’énergies fossiles, la Banque mondiale a doublé ses financements aux fossiles en 2008, et a augmenté son soutien au seul charbon de 256% entre 2007 et 2008, tandis que les énergies renouvelables ne représentaient que 16% de ses investissements énergétiques. Même tendance pour la Banque européenne d’investissement (BEI), la Banque de l’Union européenne, qui, ces cinq dernières années, a investi quatre fois plus d’argent dans les énergies fossiles que dans le solaire, l’éolien et le bois-biomasse réunis, et accordé des millions d’euros de prêts à l’aviation et au transport routier.

Pour Anne-Sophie Simpere, chargée de campagne Finance publique aux Amis de la Terre : « Les politiques d’investissement de la Banque mondiale et la BEI sont décidées par les mêmes Etats dont les dirigeants enchaînent les déclarations pour la lutte contre les changements climatiques. Comment peuvent-ils prétendre enrayer la crise climatique en soutenant des investissements massifs dans les énergies fossiles, la route ou l’aviation ? Ce double discours est inacceptable : les promesses de réduction d’émissions de CO2 ne seront jamais tenues en continuant à extraire et brûler les sources d’énergie fossiles pour alimenter notre surconsommation. »

Entre 1997 et 2007, la Banque mondiale a financé des projets fossiles qui émettront 26 milliards de tonnes de CO2 au cours de leur durée de vie, soit 47 fois les émissions annuelles de la France.

Anne Bringault, directrice des Amis de la Terre, poursuit : « Pour éviter que l’élévation des températures moyennes mondiales ne dépasse les 2°C, les émissions des pays industrialisés doivent être réduites de 80 à 95 % d’ici 2050 et de 25 à 40 % d’ici 2020, selon le GIEC. Cela va nécessiter des investissements importants pour refondre en profondeur nos systèmes de production et de consommation vers des modèles sobres, notamment en carbone. Il est scandaleux que, dans ce contexte, des institutions publiques aussi puissantes et influentes que la Banque mondiale et la BEI financent au contraire l’aggravation de la crise climatique. »

L’OCDE, le Parlement européen , le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation internationale du travail (OIT) ont déjà demandé la fin des financements publics aux énergies fossiles, et la réorientation de ces fonds vers des alternatives durables, sans que leurs rapports ne soient suivis d’effet.

Les Amis de la Terre soulignent que la France est un acteur influent au sein de la Banque mondiale et la BEI. Il lui demandent donc d’exiger que ces institutions publient les émissions de gaz à effet de serre induites par les projets qu’elle financent, adoptent des objectifs contraignants de réduction de ces émissions et arrêtent tout soutien aux énergies fossiles et à l’aviation.

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