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Nouveau rapport : le charbon prend de l’assurance

Paris, le 15 novembre 2015. Les Amis de la Terre France publient dans un nouveau rapport des chiffres inédits sur les soutiens des assurances aux entreprises les plus dangereuses pour le climat et les populations, celles qui prévoient des nouvelles centrales à charbon pour une capacité totale de 550 GW. Est surtout épinglé AXA : avec 848 millions de dollars en actions et obligations dans ces entreprises, le géant de l’assurance français détient à lui seul 30% des investissements totaux français. Preuve en est que ses engagements adoptés en 2015 et renforcés en 2017 sur le secteur du charbon sont très insuffisants. Le rapport qui analyse les politiques adoptées par les principaux assureurs internationaux, recommande l’adoption de trois critères afin d’adopter des politiques de désinvestissement avec un réel impact sur le climat.

Le rapport “Le charbon prend de l’assurance” expose pour la première fois les investissements français dans le secteur du charbon, et en particulier ceux des assureurs (1). Une recherche financière commandée par les Amis de la Terre France au cabinet néerlandais Profundo a trouvé que 8 groupes d’assurances français détenaient des actions et obligations d’un montant total de plus de 926 millions de dollars dans les 120 entreprises les plus agressives en termes de construction de nouvelles centrales à charbon à travers le monde. Ces développeurs de charbon prévoient à eux seuls 550 GW de nouvelle capacité charbon, soit les deux tiers des 840 GW encore prévus et qui feraient augmenter de près de 43 % la capacité totale actuelle (2).

Avec 848 millions de dollars investis dans les développeurs de charbon depuis 2015, AXA capte à lui seul 91 % des investissements des assureurs et 30 % des 2 764 millions de dollars d’investissements totaux trouvés dans la recherche pour les investisseurs français. Après AXA arrivent Groupama (42 millions), Covéa (11 millions) et AG2R La Mondiale (18 millions). Mais les plus gros investisseurs français après le géant de l’assurance français sont sans surprise les 4 premiers groupes bancaires. A eux 5, ils investissent 2441 millions de dollars dans les 120 développeurs de charbon, soit 88 % des investissements totaux français (3).

Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre France commente :

“ La forte exposition d’AXA à des entreprises qui continuent de construire de nouvelles centrales à charbon dans le monde démontre les failles de sa politique sur le secteur du charbon, et ses défauts d’application. Avec un seuil d’exclusion fixé à 50%, insuffisant, AXA continue de financer des entreprises comme le japonais Marubeni qui compte pourtant parmi les plus gros développeurs de charbon et prévoit des projets dans des pays où le charbon est absent ou presque. De plus, en ayant étendu sa politique début 2017 aux actifs gérés pour tiers par AXA IM mais toujours pas par AllianceBernstein, AXA continue de soutenir des entreprises comme Adani et NTPC dont les projets menacent des sites classés au patrimoine de l’UNESCO, et d’autres comme PGE et RWE qui prévoient de nouvelles centrales à charbon au sein même de l’Union européenne. Il est urgent que le géant de l’assureur fasse preuve de cohérence et s’engage à exclure tous les développeurs de charbon de ses soutiens ”.

Le rapport, qui compare également les assureurs français à leurs pairs européens, appelle AXA à s’aligner sur SCOR, Swiss Re et Allianz qui ont fixé leur seuil d’exclusion à 30%. Mais étant donné que seule une moitié des 120 développeurs de charbon génèrent plus de 30 % de leur électricité à partir de charbon, et que certains des plus gros acteurs du secteur du charbon échappent aussi à ce seuil, les Amis de la Terre France et leurs partenaires comme urgewald recommandent l’adoption supplémentaire d’un seuil d’exclusion absolu fondé sur l’impact climatique réel de chaque acteur (4).

“Les assureurs ne font pas exception à la majorité des investisseurs. Beaucoup n’ont pris aucun engagement de désinvestissement du charbon, et la minorité qui en a pris n’a exclu qu’une petite partie du secteur du charbon. On est très loin d’un alignement des investissements avec les objectifs de 1,5- 2°C. Cela est d’autant plus absurde qu’en assurant et en investissant dans le charbon, les assureurs contribuent à un niveau de changement climatique catastrophique dont elles sont censées protéger leurs clients. Ils doivent immédiatement changer leurs pratiques et appliquer nos trois critères afin d’exclure de leurs soutiens les 770 entreprises dont le nom a été révélé dans la Global Coal Exit List par urgewald” conclut Lucie Pinson.

Contact :
Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée, les Amis de la Terre France, 0679543715, lucie.pinson@amisdelaterre.org

(1) Le rapport sera téléchargeable le 15 novembre sur le site des Amis de la Terre France :
(2) D’après la Global coal exit list : coalexit.org
(3) Crédit Agricole est surexposé avec 633 millions de dollars d’investissements aux développeurs de charbon, suivis par BNP Paribas (336 millions), BPCE (334 millions) et Société Générale (291 millions).
(4) Nos recommandations aux assurances : ne pas renouveler ou délivrer des assurances liées à des projets d’infrastructures charbon (mines, centrales, infrastructures de transport, etc), existants ou nouveaux et exclure de leurs soutiens, côté assurantiel et investissement, les entreprises qui a/ développent de nouvelles infrastructures liées au secteur du charbon (mines, centrales, transport, distribution, etc.) et sont actives dans la vente et l’achat d’actifs existants ; b/ tirent plus de 30 % de son chiffre d’affaires du charbon et génèrent plus de 30 % de son électricité à partir de charbon et c/ produisent plus de 20 millions de tonnes de charbon par an ou a une capacité installée supérieure à 10 GW.

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