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Nouveau rapport : les banques françaises financent toujours les énergies fossiles extrêmes

Jeudi 22 juin - Les Amis de la Terre France relaient le rapport “Miser sur le changement climatique” que viennent de publier BankTrack, Rainforest Action Network, Sierra Club et Oil Change International, et qui fait état des financements des grandes banques internationales aux énergies fossiles extrêmes depuis 2014. La conclusion principale est que si les montants globaux diminuent en 2016, les banques continuent de soutenir le développement de ces énergies les plus risquées pour le climat et les droits des populations. Les banques françaises ne font exception ni pour les sables bitumineux et gaz de schiste, comme le démontre leur implication dans de nombreux projets soutenus outre-Atlantique par l’administration Trump, ni pour le charbon dont elles continuent de soutenir la croissance via des financements aux entreprises.

87 milliards de dollars de financements ont été versés aux énergies fossiles extrêmes par les 37 plus grandes banques internationales en 2016, l’année qui a suivi la signature de l’Accord de Paris. Une chute de 22% par rapport aux 111 milliards de dollars versés 2015, mais de seulement 5% par rapport aux 92 milliards de dollars de 2014. Telles sont les principales conclusions du rapport “Miser sur le changement climatique” que viennent de publier Rainforest Action Network, BankTrack, le Sierra Club et Oil Change International, en partenariat avec 28 autres organisations à travers le monde dont les Amis de la Terre France (1) Le rapport analyse également les politiques adoptées par ces banques pour encadrer leurs soutiens au charbon, sables bitumineux et forages en Arctique et eaux très profondes, ainsi que pour l’exportation de gaz naturel liquéfié.

Avec 4,654 milliards de financements à ces secteurs en 2016, BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole se classent respectivement à la 15ème, 19ème et 25ème place, et démontrent une baisse de 30% de leurs soutiens entre 2015 et 2016.

Lucie Pinson chargée de campagne finance privée des Amis de la Terre France, une organisation partenaire du rapport, commente :

“La baisse des financements des banques françaises aux énergies fossiles extrême est certainement une bonne nouvelle pour le climat et les populations. Attention cependant aux conclusions hâtives. Pour avoir une vue complète du positionnement des banques françaises sur le climat, dans un contexte post-COP21, on ne peut pas se contenter de chiffres mais il faut aussi regarder leurs politiques et engagements sur ces secteurs. Or c’est là que le bât blesse : les banques françaises n’ont aucune politique permettant de conduire à un arrêt réel, complet et rapide de leurs soutiens à ces énergies fossiles. Et aujourd’hui, elles n’hésitent pas à soutenir l’agenda anti-climat de Trump en s’impliquant dans de nouveaux pipelines de sables bitumineux ou des terminaux d’exportation de gaz de schiste outre-Atlantique.

Yann Louvel, coordinateur de la campagne Energie-Climat de BankTrack et qui a participé à l’élaboration du rapport, poursuit :

“Attention aux apparences et discours trompeurs : les banques françaises aiment se croire et se dire plus avancées que leurs concurrentes européennes ou américaines, mais la réalité est qu’elles sont comme leurs consoeurs impliquées dans tous les mauvais coups. DAPL, Keystone XL, Rio Grande LNG et Texas LNG, ces projets nous enseignent que si les banques françaises embrassent la transition énergétique, c’est lorsqu’il s’agit de faire des profits dans les renouvelables uniquement. Elles reconnaissent l’erreur de DAPL, mais elles ne sont pas pour autant prêtes à ne plus financer des projets similaires et les entreprises qui les portent. Le dernier exemple en date est le soutien apporté par Société Générale à l’entrée en bourse de Kinder Morgan, une transaction nécessaire pour son pipeline de sables bitumineux Trans Mountain, au Canada.”

Les vrais progrès des banques françaises sont dans le secteur du charbon, mais une fois de plus tout reste relatif. Elles ne comptent plus parmi les 15 premiers financeurs aux centrales à charbon mais le sont toujours pour les mines de charbon. L’inquiétude des organisations signataires et partenaires du rapport dans ce domaine réside dans : les financements aux entreprises qui continuent de développer de nouvelles centrales et mines de charbon, un problème à ne pas négliger, pas même pour les banques françaises.

“Ici aussi, les banques françaises ne sont pas étrangères à ce qui se joue alors que comme Trump, notre gouvernement entend développer le charbon. Malgré une politique qui affirme l’arrêt des financements aux entreprises qui ne se diversifient pas, BNP Paribas continue de financer des entreprises polonaises qui prévoient la construction de nouvelles centrales et mines de charbon. BNP Paribas nous a répondu pendant son Assemblée générale à Paris qu’il fallait accepter que leur transformation prenne du temps. Mais, nous, nous appelons ça de la langue de bois au mieux, du greenwashing au pire. BNP Paribas a encore soutenu la semaine dernière PGG, une entreprise qui prévoit deux nouvelles mines de lignite en Pologne. Il est grand temps que cela cesse” conclut Kuba Gogolewski de l’organisation polonaise Open-Pit No, Development Yes, également partenaire du rapport, et qui assistera aujourd’hui à l’Assemblée générale de la filiale polonaise de BNP Paribas.

(1) Le rapport est accessibleici

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