Nouvelle compagnie nationale des mines : le gouvernement s’engage sur la voie d’une catastrophe humaine et écologique

Paris, le 21 février 2014 - Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, vient d’annoncer la création d’une compagnie nationale des mines avec des ambitions tant sur le territoire national, que dans les pays du Sud. Cette décision vient donner un élan majeur à une stratégie du gouvernement centrée sur la sécurisation de l’accès aux matières premières, quel qu’en soit le prix humain et écologique. Les Amis de la Terre s’étonnent que, face à la pénurie, la France néglige la piste des "mines urbaines" (1) et le recyclage des métaux et s’indignent de cette politique qui vise à faire de notre pays un acteur central de l’industrie minière, une des plus destructrices au monde, responsable notamment de déforestation, accaparement des terres, pollutions, maladies, répression, conflits armés (2).

Après ses offensives répétées en faveur de l’exploitation des gaz et pétrole de schiste, Arnaud Montebourg a déclenché une étape décisive pour accélérer l’exploitation de notre sous-sol : « Nous disposons de réserves d’or considérables en Guyane », « nous recherchons aussi du lithium » a-t-il expliqué fièrement, indiquant que ce « retour du colbertisme » permettrait de protéger les intérêts nationaux.

Selon Camille Lecomte, chargée de campagne sur les Modes de production et consommation responsables aux Amis de la Terre : « Le gouvernement se trompe complètement de voie ! Il y a plus d’or dans une tonne de téléphones portables et d’ordinateurs que dans une tonne de gravats extrait d’une mine. Et alors que nos téléphones et ordinateurs portables sont équipés depuis les années 1990 de batteries au lithium, seules 5% des batteries sont actuellement collectées et la première usine expérimentale de recyclage du lithium a été inaugurée en Allemagne en 2012. Depuis plus de vingt ans, ce sont les réserves de lithium comme de nombreux autres métaux qui s’épuisent faute d’une utilisation responsable. »

Réouverture de mines en métropole et en outre-mer, accaparement des ressources des pays du Sud, cette compagnie nationale des mines ne sera en fait qu’un nouveau bras armé d’une politique qui est menée depuis des décennies au travers des multinationales françaises. L’État est en effet actionnaire d’Areva (3) et d’Eramet (4), dont les activités font des ravages dans le monde depuis trop longtemps.

Alors que la réforme du code minier avait été lancée suite au déni de démocratie et à l’absence de consultation des populations avant la délivrance des permis de gaz de schiste, le ministère du Redressement productif en est aujourd’hui le pilote et s’en sert pour dérouler le tapis rouge aux entreprises minières en France. Après les permis de Tennie (Sarthe) et de Villerange (Creuse), un troisième permis minier a été accordé en métropole, le permis de Saint-Pierre (Maine-et-Loire), et un quatrième ne devrait pas tarder à suivre. Avec la Compagnie nationale des mines de France, le gouvernement a aussi en ligne de mire le développement minier en outre-mer avec l’or de Guyane et le nickel de Nouvelle-Calédonie.

Mais la volonté est aussi d’être offensif à l’étranger, a annoncé le ministre, avec le développement néocolonialiste de projets en Afrique, et la conquête de nouveaux marchés en Asie centrale et Amérique du Sud. Cela ne pourra qu’être une nouvelle source de conflits, de violations des droits des communautés locales et de destructions environnementales, comme montre l’expérience actuelle d’Areva au Niger principalement, ou les conséquences des projets d’Eramet tels que l’exploitation du nickel de Weda Bay en Indonésie ou du lithium en Argentine.

Cuivre, nickel, uranium, lithium ou encore terres rares : c’est aussi la face cachée du nucléaire, de la surconsommation de produits high-tech ou d’innovations soi-disant écologiques comme les voitures électriques. Tirée par cette demande croissante et par la spéculation sur les marchés financiers, l’industrie minière est aussi une de celle qui s’est le plus développée ces dernières années.

Juliette Renaud, chargée de campagne sur les Industries extractives aux Amis de la Terre France, conclut : « L’accès aux biens naturels à un moindre coût semble être devenu la priorité des États, au prix d’impacts sociaux et environnementaux toujours plus élevés. Aujourd’hui, le secteur minier est la principale source de violations aux droits de l’Homme commises par le secteur privé, étant responsable à lui seul d’un quart des violations commises par des entreprises dans le monde. Nous ne voulons donc pas de nouvelles mines, ni ici, ni ailleurs ! ».

Pour Les Amis de la Terre, qui se solidarisent avec les populations affectées, la priorité absolue doit être donnée au respect des droits des communautés locales, qui doivent être au centre des décisions, et à la protection de l’environnement. Un changement radical de nos modes de production et consommation est indispensable afin de réduire notre dépendance vis-à-vis de ces ressources. Il faut en priorité mieux utiliser les ressources déjà prélevées ce qui signifie allonger la durée d’usage de nos biens qui contiennent des métaux, collecter les métaux en fin de vie et les réemployer ou les recycler.

Contact presse :
Caroline Prak, Les Amis de la Terre : 09 72 43 92 65 – 06 86 41 53 43 caroline.prak@amisdelaterre.org

Notes :
(1) Les "mines urbaines" font référence au potentiel de recyclage des déchets électriques et électroniques. Mais actuellement elles posent le problème de l’exportation illégale de déchets : entre 550 000 et 1,3 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques sont exportés en Afrique et en Asie souvent dans un cadre commercial, parfois sous couvert d’aide humanitaire. Ces déchets sont pourtant loin d’aider les pays qui les accueillent. Au final, les mines urbaines se trouvent le plus souvent ailleurs... Pour en savoir plus, lire l’article des Amis de la Terre "Mines urbaines : une option pour pallier la pénurie de métaux ?"
(2) Pour plus de détails, lire l’article de cadrage des Amis de la Terre : « Le prix humain et écologique de l’industrie minière ».
(3) Les Amis de la Terre se sont mobilisés pour dénoncer les violations des droits des communautés indigènes par Eramet en Argentine et en Indonésie, ce qui a valu deux Prix Pinocchio à cette entreprise, en 2010 et en 2012.
(4) Areva a quant à elle remporté trois Prix Pinocchio, en 2008, 2012 et en 2013. Après les mines d’uranium du Limousin en France, et celles du Niger et du Gabon, Areva prévoit de nouveaux projets dans le grand nord canadien et en Mongolie notamment. Non seulement l’exploitation de ces mines affectent gravement la santé des travailleurs et des populations locales, mais elle n’apporte même pas de réels bénéfices économiques aux pays du Sud, un bras de fer est d’ailleurs engagé à ce sujet entre le Niger et Areva.

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