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Nucléaire : stop au rafistolage !

La France compte 58 réacteurs, construits pour l’essentiel entre 1977 et 1987 pour une durée de fonctionnement prévue de 30 ans. Ce parc vieillissant devrait donc déjà être fermé mais EDF s’entête à vouloir le rafistoler pour prolonger son activité jusqu’à 50 voire 60 ans, en dépit des risques majeurs et des coûts astronomiques que cela implique. D’ici fin 2020, outre la centrale de Fessenheim que le président Hollande s’est engagé à arrêter, 13 réacteurs dépasseraient les 40 ans !

Les réacteurs vieillissent, le danger augmente. Le risque d’accident augmente avec l’âge des réacteurs et l’usure des matériels. Certains éléments cruciaux impossibles à remplacer (cuve en acier, enceinte en béton) ou très diffus et donc très difficiles à surveiller (certains câbles, tuyauteries et circuits électroniques) se fragilisent avec le temps. De plus, tous ces réacteurs présentent un niveau de sûreté que l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) refuserait pour tout nouveau réacteur. L’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire explique lui-même que « dans le cas des centrales existantes, les accidents graves n’ont pas été considérés lors de leur conception. Les modifications envisageables de l’installation sont donc restreintes »1. Dans leur grande majorité, les réacteurs actuellement en service ont été conçus avant la catastrophe de Tchernobyl. Ne parlons même pas de Fukushima : Philippe Jamet, commissaire de l’ASN, reconnaît que « jamais la situation de Fukushima, avec un tel cumul de défaillances, n’a été étudiée »2.

Rafistoler à un prix colossal : 100 milliards ? 250 milliards ? Heureusement, EDF a la solution : son plan de « grand carénage » ou plutôt de « grand rafistolage ». Un document interne de l’entreprise révélé dans la presse montre que EDF évalue à 100 milliards d’euros les investissements nécessaires pour améliorer la sûreté des réacteurs et prolonger leur fonctionnement au-delà de 40 ans3. C’est plus que leur coût de construction, évalué à 96 milliards par la Cour des Comptes ! Et cette estimation est sans doute sous-évaluée : dans une étude publiée en 2014, le cabinet WISE-Paris estime que la mise en œuvre des exigences de sûreté renforcée définies par l’ASN après Fukushima implique des travaux qui coûteraient environ 250 milliards d’euros4. Dilapider 100 milliards d’euros - ou plus - pour prolonger le fonctionnement des réacteurs ne ferait que reporter de 10 à 20 ans les investissements massifs qui sont de toute façon nécessaires pour construire le système énergétique des prochaines décennies. Dans l’intervalle, le risque que la France subisse un accident nucléaire majeur ne cessera de s’accroître.

Quel avenir pour les salariés d’EDF ? On peut également douter de la simple capacité industrielle d’EDF pour mener à bien de tels travaux. Son projet de « grand carénage » exigera 3 fois plus de personnel que la maintenance habituelle. Or, depuis plusieurs années, le personnel d’EDF veilli et des milliers de salariés partent en retraite, aggravant la perte de savoir-faire et l’affaiblissement de la transmission de l’expérience d’exploitation. Deux choses déjà très préoccupantes du fait de la sous-traitance généralisée à des intervenants mal formés et mis sous pression. Plutôt que de vouloir rafistoler à tout prix en créant des emplois précaires et dangereux, le gouvernement doit mettre la pression sur EDF pour fermer ses centrales et engager une vraie politique de reconversion vers une production énergétique entièrement assurée par un mix d’énergies renouvelables.

Xavier Rabilloud - Réseau « Sortir du nucléaire » Pour en savoir plus sur la campagne « Nucléaire : stop au rafistolage » du Réseau « Sortir du nucléaire » http://www.sortirdunucleaire.org/stop-rafistolage

1/ R&D relative aux accidents graves dans les réacteurs à eau pressurisée : bilan et perspectives, Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, La Documentation française, janvier 2007, p. 6

2/ Fukushima a montré que l’improbable est possible, La Recherche, n°453, juin 20 11, p. 50

3/ La facture astronomique du nucléaire, Le JDD, 2 mars 2014

4/ L’échéance des 40 ans pour le parc nucléaire français - Processus de décision, options de renforcement et coûts associés à une éventuelle prolongation d’exploitation au delà de 40 ans des réacteurs d’EDF,

WISE-Paris / Greenpeace, Yves Marignac

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