
Un sommet pour lutter contre la faim. Nyéléni 2007
Huit cent soixante millions de personnes souffrent de sous-alimentation dans le monde. Du 23 au 27 février, des ONG venues des cinq continents se réunissent à Sélingué au Mali pour réfléchir à la souveraineté alimentaire : une solution possible au fléau de la malnutrition qui ne cesse de s’étendre, particulièrement en Afrique.( ) Organisé par les Amis de la Terre International, Vía Campesina, la Marche des femmes, le Réseau des Organisations paysannes et de Producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) et des organisations mondiales de pêcheurs (WFFet WFFP). Lancé en 1996 par Vía Campesina, un regroupement de syndicats d’agriculteurs, le principe de souveraineté alimentaire a déjà fait l’objet d’un forum en juin 2002 à Rome, en parallèle du Sommet mondial de l’alimentation de la FAO. article du Routard
Un terrien sur sept souffre de malnutrition et de sous-alimentation. Cette situation catastrophique menace la planète. Pour tirer la sonnette d’alarme et proposer des solutions alternatives, six cents délégués d’organisations non gouvernementales se réunissent, du 23 au 27 février, à Sélingué au Mali pour le 2e Forum mondial sur la souveraineté alimentaire.
Ce deuxième forum porte le nom de Nyeleni, personnage mythique au Mali. Il s’agit d’une femme qui, pour faire face à l’adversité, est devenue une championne de l’agriculture. Si le forum Nyeleni se déroule en Afrique, c’est en raison de l’importance capitale que l’agriculture revêt dans la vie de ses habitants. Malgré ses richesses, ce continent subit de façon quasi-permanente disettes et famines, lesquelles touchent principalement les paysans. Le Mali, qui accueille le forum, est l’un des États à avoir fait de la souveraineté alimentaire un objectif prioritaire.
Les participants au Forum critiquent les organismes économiques internationaux – Organisation mondiale du commerce (OMC), Banque mondiale, Fonds monétaire international (FMI) –, les politiques des gouvernements des pays développés et les pratiques des multinationales dont la principale ambition est de générer un maximum de profit. Selon eux, « les politiques en place ne mènent qu’à la malnutrition, la pauvreté et la dégradation de l’environnement ».
Au cours du forum Nyeleni, ils entendent promouvoir la souveraineté alimentaire, car il faut que « le droit des peuples à la souveraineté alimentaire soit reconnu comme un droit spécifique à part entière, contraignant pour les États et garanti par l’Organisation des Nations Unies ». Un objectif humaniste qui nécessite une réorientation des priorités économiques. La question de la souveraineté alimentaire interpelle le monde entier.
:: Qu’est-ce que la souveraineté alimentaire ?
Le principe majeur de la souveraineté alimentaire est à la fois simple à énoncer et compliqué à mettre en application dans le système économique mondial. Il s’agit de faire en sorte que chaque pays puisse nourrir sa population, dans le respect de la nature et des paysans, et sans que le commerce de ses denrées ne provoque de conséquences qui pourraient nuire à d’autres contrées. Cette politique implique la répartition équitable des moyens et des techniques, des terres et de l’eau, considérée comme un bien public. De même, il s’agit de défendre des systèmes de production diversifiés, particulièrement ceux qui sont le fruit des exploitations familiales.
Les cultures vivrières sont défendues comme étant la garantie d’alimentation des populations locales, régionales ou nationales. Concernant la pratique des cultivateurs, le concept de souveraineté alimentaire prône l’agriculture biologique et s’oppose à l’utilisation de produits transgéniques. Ceux-ci sont condamnés pour le danger potentiel qu’ils font courir à la nature et parce qu’ils asservissent les paysans, contraints par contrat de se fournir en semences auprès d’une poignée de sociétés multinationales.
Le libre-échange est le dogme économique partagé par la plupart des décideurs économiques. Pourtant, notent les organisateurs de Nyeleni, les pays les plus puissants sont protectionnistes en matière agricole, car ils subventionnent les exportations de leurs productions. Ceci a pour effet de casser les prix et de ruiner les paysans des contrées les plus vulnérables. Les partisans de la souveraineté alimentaire proposent que ces cultivateurs soient eux aussi subventionnés. Il faut, disent-ils, que se mette en place un système mondial permettant la stabilisation des prix.
:: La faim dans le monde et au Mali
Le concept de souveraineté alimentaire répond à une situation des plus alarmantes : 860 millions de personnes souffrent actuellement de sous-alimentation, principalement des paysans et leurs familles. Cent mille personnes meurent de faim chaque jour. Pour les enfants de moins de dix ans, le rythme est de un toutes les cinq secondes. On estime pourtant que la planète pourrait nourrir sans problème 12 milliards d’êtres humains – la population mondiale étant de 6,2 milliards. Concurrence déséquilibrée, endettement, corruption et catastrophes naturelles figurent au nombre des raisons invoquées pour expliquer cette situation.
Au Mali, l’insécurité alimentaire règne et la malnutrition touche un enfant sur quatre. L’agriculture malienne ne permet pas actuellement l’autosuffisance alimentaire. Pourtant, l’économie du pays est essentiellement rurale. Quatre-vingts pour cent de la population active travaille dans l’agriculture, dans des centaines de milliers de petites exploitations familiales. Les principales cultures sont : mil, riz paddy, sorgho, coton, haricot, maïs, arachide. Côté élevage, volailles, chèvres, bovins et moutons constituent l’essentiel du cheptel. Importations à bas prix, périodes de sécheresse et invasions de criquets mettent à mal l’économie agricole du Mali.
Le gouvernement malien s’est engagé dans un processus visant à introduire dans sa législation le principe de souveraineté alimentaire. Après consultation des paysans, une loi d’orientation agricole a été adoptée en 2006.
:: Un disque pour soutenir Nyeleni
Le concept de souveraineté alimentaire ne laisse pas indifférent. Un disque de soutien au Forum de Nyeleni est d’ailleurs en vente. Il réunit des grands noms de la world music : Manu Chao, Cesaria Evora, Goran Bregovic, Tiken Jah Fakoly, Luzmila Carpio, Samir Joubran, Qiu Xia He… Daquí, le label discographique du festival Nuits Atypiques de Langon, près de Bordeaux, est l’éditeur de La Vía Campesina, vendu 20 € au profit de Vía Campesina et de l’organisation du Forum de Nyeleni.
Il est également possible de se rendre à Sélingué, qui se trouve à 140 km de Bamako en direction de Sikasso. Cette ville proche de la frontière guinéenne est située au bord d’un barrage hydroélectrique construit sur le fleuve Sankarani, qui répond aux besoins électriques de la capitale, de Sikasso et de Ségou. Sélingué est également un port de pêche. Les eaux retenues, qui forment un lac artificiel de 430 km2, servent à l’irrigation des terres avoisinantes. La ville est aussi un site touristique depuis lequel on peut notamment faire des promenades nautiques, visiter une rizière, ainsi que le village de pêcheurs de Carrière, d’où, au coucher de soleil, on jouit d’une vue magnifique sur le lac.
Michel Doussot Mise en ligne le 2 février 2007 http://www.routard.com/mag_evenement/277/nyeleni_2007_au_mali.htm
Intervention d’Ibrahim Coulibaly : « Au Mali il y a un symbole très fort qui peut être le symbole de la souveraineté alimentaire. C’est une dame qui est entrée dans l’histoire du Mali, comme étant une dame, une très grande agricultrice. Vous dîtes son nom, tout le monde sait ce que ce nom représente, comme mère nourricière, mère agricultrice, qui s’est battue pour s’affirmer en tant que femme dans un environnement qui ne lui était pas favorable, Cette dame, elle s’appelait Nyéléni. Si on met ce symbole tout le monde saura au Mali que c’est un combat pour la nourriture, un combat pour la souveraineté alimentaire. »
Intervention d’Oussaman : « Nyéléni est une enfant unique ce qui relevait de la malédiction en Afrique. Nyéléni fille et enfant unique de ses parents souffrait dans sa jeunesse de toutes sortes de moqueries dont ses parents faisaient l’objet. Elle a nourri en elle la résolution secrète de laver cet affront des hommes en les battant sur leur propre terrain c’est à dire l’agriculture et les travaux de la terre. A tout prétendant à son mariage, elle répétait inlassablement que cela pouvait attendre, d’abord qu’elle avait une mission à accomplir, un hommage à rendre à sa famille, à la femme et à toutes les femmes et que cela constituait sa priorité. Nyéléni , lors des compétitions agricoles damait le pion à tous les champions connus et réputés comme tels dans son village et dans les villages environnants. Sa réputation grandissait. Les plus arrogants de la gente masculine défiaient à longueur de journée la championne. Malheureusement pour eux, tous se retrouvaient à terre. La réputation de Nyéléni dépassait les frontières de sa contrée, elle était devenu un mythe vivant. En ce temps la renommée se construisait et était respectée. C’est ainsi que qu’au début de l’hivernage, c’est à dire la saison des pluies chez nous, la légende rapporte que, c’est elle qui aurait domestiqué le fonio, les céréales que vous avez mangé aujourd’hui. C’est aussi grâce à Nyéléni, que nous avons une variété de mil appelé fonio, c’est dire petit mil.. Le père de de Nyéléni s’appelait Nianso, se mère s’appelait Saucra, elle était originaire de Siracoro. Malheureusement l’histoire ne nous a jamais dit si un des prétendants était arrivé à l’épouser et à fortiori si elle avait eu des enfants. Voici l’histoire de Nyéléni. »
in site Nyéléni 2007:http://www.nyeleni2007.org/spip.php ?article7#nb1
contact Amis de la Terre International
Alberto Villarreal San Jose 1423, 11 200 Montevideo, URUGUAY Tel/Fax : 5982 902 2355 or 5982 908 2730 Email : comerc@redes.org.uy _[www.foei.org