1. Le constat
« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre. L’humanité souffre. Elle souffre de mal développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents. La terre et l’humanité sont en péril et nous en sommes tous responsables.... »
Jacques Chirac, réélu après avoir exploité le sentiment d’insécurité, prononçait un discours en 2002, à Johannesburg, devant les Nations Unies, fabriqué par un professionnel de la manipulation d’opinion, dans le but de travestir le politicien usé en un humaniste altermondialiste !
Pourtant, il n’est jamais question d’une autre insécurité, elle jamais fantasmée, car quotidienne et généralisée... Sait-on ce que l’on boit, ce que l’on mange, d’où provient notre nourriture, dans quelles conditions et à quelle distance a-telle été produite ? Quelles réalités derrière la propagande « la vie moins chère » ; les prix sont-ils les seuls à être écrasés ?
L’interrogation tourne à l’angoisse : quels risque pour notre santé, celle de nos enfants ? Quels résidus de pesticides, quels OGM dans la composition, quelles lacunes sur l’étiquetage ? A ce jeu on quitte rapidement le cadre personnel : pourquoi 60% des nappes phréatiques et de 90% des rivières françaises sont-elles polluées par résidus de pesticides (1) ?
La conversion intellectuelle sur laquelle devrait logiquement déboucher ces interrogations est difficile, et un syndrome de déni se manifeste devant l’image glorieuse d’une agriculture française conquérante, projet technoscientiste gaullo-pompidolien, au même titre que le nucléaire ou le Concorde, et arme géopolitique, image à laquelle le syndicat agricole majoritaire adhère.
L’attitude des pouvoirs publics ne s’explique pas autrement. Recherche, enseignement consacrés à la bio, aides à la conversion, sont aujourd’hui ridicules ; aucun objectif de surface agricole en bio n’est affiché, alors qu’elle stagne à 1,9% (l’Allemagne ambitionne 20% en 2010, l’Italie frôle déjà les 10%, en partie parce que les régions ont développé des programmes bio pour les cantines scolaires). Et pourtant, en France, la demande en produits bio dépasse largement l’offre !
Or l’agriculture dite conventionnelle n’a pas d’autre objet que la course au profit, elle meurtrit autant notre santé que les sols et le monde paysan. Ne la qualifions plus de « conventionnelle », terme d’une hypocrisie novlangue, car elle ne bénéficie d’aucun consensus social, ni d’un quelconque recul historique (4 ou 5 décennies, tout au plus), mais bien de « technochimique », pour afficher la dépendance aux hydrocarbures, la diffusion de molécules toxiques, l’aliénation sociale, l’uniformisation des semences, le recours massif à l’irrigation qui la caractérisent. Face à ce risque majeur, le droit d’inventaire devient œuvre de salubrité publique.
2. Les objectifs
Sur cette réflexion est née le collectif « Objectif Bio 2007 », qui a pour but de peser sur les débats à l’approche des prochaines échéances électorales.
Objectif Bio 2007 demande, de façon certes provocatrice mais aussi argumentée et pédagogique, le passage à 100% bio de l’agriculture française, comme choix de société cohérent, permettant de sortir de l’impasse dans laquelle nous place la dégradation de l’environnement et l’épuisement des ressources.
D’ores et déjà, la bio n’est plus la fantaisie pour bobo fortunés à laquelle certains souhaitent la cantonner, mais une solution globale (et créatrice d’emplois) à la crise environnementale actuelle, dans son volet agricole et alimentaire.
La force de l’association OBJECTIF BIO 2007 est d’impliquer l’ensemble de la filière : elle regroupe la FNAB (Fédération Nationale d’Agriculture Biologique, c’est-à-dire le syndicat des producteurs), le SYNABIO (Syndicat des transformateurs de produits naturels et de culture biologique), Nature et Progrès (Fédération pour une agriculture biologique écologique), BIOCOOP (premier réseau de magasins d’alimentation biologique en France), le MCBD (Mouvement de Culture Bio-Dynamique, qui réunit les principaux acteurs de l’agriculture bio-dynamique), ECOCERT (organisme certificateur de référence, activement engagé dans une démarche environnementale), l’association H-50 (dont la cellule « Justice » a élaboré les statuts juridiques, et qui a porté l’action contre la campagne publicitaire de l’UIPP[3]) et le MDRGF (Mouvement pour le droit et le respect des générations futures).
Les Amis de la Terre (niveau fédéral) sont présents au tour de table en tant qu’adhérents. Une représentation des AMAP au Conseil d’Administration est attendue.
L’équipe lancera une campagne de communication et multipliera les réunions d’information à travers la France.
Il s’agit aussi de dissiper les préjugés démentis par la réalité des faits (« se nourrir bio, c’est beaucoup plus cher », « les garanties ne sont pas sérieuses ») et les rumeurs entretenues par certains détracteurs (« les rendements de la bio sont insuffisants », « il y a plus de mycotoxines dans les céréales ou les pommes bio », « on y trouve autant de métaux lourds », toutes allégations battues en brèche aussi bien par les études de la FAO que par les rapports de l’AFSSA[5]). Ce qui n’empêche pas d’aller plus loin (le cahier des charges du logo AB n’intègre pas de critères limitant les emballages et le transport).
Des scientifiques de renom participeront en tant que conférenciers (parmi lesquels Jean Pierre Berlan, dir. de recherches à l’INRA, le Pr. Dominique Belpomme, cancérologue et fondateur de l’ARTAC, F. Veillerette auteur de "Pesticides, le piège se referme").
OBJECTIF BIO 2007 veut sensibiliser l’ensemble de la société française à la nécessité d’un développement immédiat et à grande échelle de la production biologique. Face à la dégradation globale des écosystèmes et de la santé publique, ce projet politique doit de toute urgence devenir un débat prioritaire de société.
En septembre, Objectif Bio 2007 en partenariat avec le MDRGF, réassigneront l’UIPP(6) en référé, suite à sa campagne publicitaire visant à une meilleure « acceptabilité sociale » des pesticides.
Les adhésions individuelles ainsi que les adhésions de professionnels (agriculteurs, transformateurs) sont bienvenues.
Objectif Bio 2007 est un outil à exploiter. L’association recherche des relais locaux, des conférenciers, et ne demande qu’à être sollicitée pour la co-organisation de réunions par le tissu associatif partout en France.
Toutes informations, argumentaire complet et calendrier des réunions, sur www.objectifbio.org.
Thierry Schlumpf, août 2005
(1) Source : Institut Français de l’Environnement, « Etudes et Travaux », n°37, 2003
(2) Centre International de Recherche sur le Cancer (Lyon), cité par le Pr. Dominique Belpomme : « Ces maladies créées par l’Homme », Ed. Albin Michel
(3) UIPP : Union des Industries de la Protection des Plantes, novlangue pour « fabricants de produit toxiques d’usage agricole ».
(4) Par exemple la députée européenne Marie-Hélène Aubert (Verts), rapporteure sur l’agriculture biologique pour la Commission, et qui déclarait récemment : "La France n’a pas la place qu’elle mérite. Elle doit consacrer un budget significatif au développement de l’agriculture biologique. On doit dégager une politique, des moyens, une cohérence dans le domaine des prix", en déplorant de "voir le nombre des exploitations stagner alors qu’il devrait connaître un véritable boom".
(5) Rapport 290703 de l ’AFSSA (Agence Française de sécurité sanitaire des aliments). Voir aussi « Un sans faute pour la bio », « Que Choisir » N° 424, mars 2005, et l’article de Vandana Shiva dans l’ « Ecologiste » de juin 2002 : "La productivité des petites fermes". (« selon la FAO elle même, la petite agriculture familiale est plus productive que l’agriculture intensive à grande échelle »).
(6) Union des Industries pour la Protection des Plantes (novlangue pour « syndicats des fabricants de produits toxiques à usage agricole »).