Objet : projet de loi relatif aux OGM

Madame
Le saviez-vous ? En 2000, des chercheurs belges découvrent, dans le colza RoundUp Ready de Monsanto, un fragment d’ADN inconnu, n’appartenant ni au colza d’origine, ni au matériel génétique inséré. Interrogé par les journalistes de “La Libre Belgique”, Mr Pasteau, directeur scientifique de Monsanto France répondait le 17 août 2001 : “ Les méthodes et les techniques évoluent. A l’époque, il n’était pas possible d’isoler ce fragment ”.
Les firmes de biotechnologies ont donc inondé la planète de plantes GM, alors qu’elles n’avaient pas les moyens techniques pour contrôler ce qu’il y avait dedans. Ce colza GM a été autorisé aux Etats-Unis en 1994 et en Europe en 1996, sur la base d’une carte génétique fausse. Que dire du sérieux des procédures d’autorisation ?
Les connaissances scientifiques actuelles ne permettent ni de comprendre, ni de prévoir, ni de contrôler certains phénomènes qui se passent lors de la modification du génome et encore moins de prévoir les conséquences éventuelles, pour la santé et l’environnement, de manipulations très aléatoires. Des études récentes posent de graves questions sur les risques environnementaux et sanitaires que posent les OGM. Madame la Députée, êtes-vous sure que dans 10 ans, les mêmes firmes ne diront pas de nouveau : “ Mais vous plaisantez ! En 2006 , on ne pouvait pas savoir.” ?
Quel crédit leur accorder alors que toutes leurs promesses ont lamentablement échoué :
L’Institut Agronomique de Navarre conseille aux agriculteurs espagnols d’abandonner la culture des OGM car leurs rendements sont plus bas que ceux des plantes conventionnelles !
D’après les propres chiffres du Ministère de l’Agriculture états-unien, la consommation de pesticides pour les plantes OGM, après avoir baissé les 3 premières années, augmente rapidement et dépasse largement la consommation des plantes conventionnelles !
les OGM n’ont apporté aucune solution à la faim et la pauvreté dans le monde. Le gouvernement Sud-Africain vient de décréter un moratoire pour étudier les conséquences socio-économiques des OGM car leurs mauvais rendements ont ruiné des milliers de petits paysans. Même chose en Inde, et en Indonésie.
La position des Amis de la Terre n’est pas une opposition de principe à cette technologie. Avez- vous vu des protestations devant un laboratoire fabriquant de l’insuline à l’aide d’OGM ? Non. Mais, c’est l’insuline qui sort du laboratoire, pas les bactéries GM qui, elles, sont détruites, une fois qu’elles ont fabriqué l’insuline.
Aujourd’hui, rien ne presse. Face à toutes les incertitudes scientifiques et les questions sur les risques sanitaires soulevées par des études récentes, les Amis de la Terre vous demandent d’abord de procéder à un arrêt de la dissémination des OGM et ensuite à une analyse de la situation - générale et au cas par cas - par des chercheurs indépendants. La directive 2001/18 vous y autorise (art 23) et le verdict de l’OMC confirme que cela est possible aussi. De toute façon, le Protocole de Biosécurité dont la France est signataire, l’autorise expressément. Cela permettra aussi d’organiser un vrai débat public, le plus large possible.
En attendant, les OGM ne s’arrêtent pas à nos frontières. C’est pour cela, que les Amis de la Terre vous demandent de tout faire pour protéger durablement l’agriculture, l’environnement et les citoyens de ce pays et de veiller aux points suivants :
toute la responsabilité en cas de quelque préjudice que ce soit, doit reposer sur les firmes qui fabriquent et commercialisent, à leur seul profit, des plantes GM.
La semence est à la base de l’agriculture. La non contamination des semences est une priorité essentielle pour sauvegarder la biodiversité agricole de notre pays.
La liberté de tout agriculteur de produire sans OGM doit être garantie. Toute contamination, de quelque origine que ce soit, va à l’encontre de cette liberté et doit être sanctionnée.
Les citoyens exigent une transparence totale sur des questions concernant les risques liés aux OGM. Toutes les études nécessaires doivent être menées, toutes les informations publiées.
Tous les frais qui découlent déjà de l’existence d’OGM (contrôles, analyses, études) doivent être pris en charge par les firmes qui fabriquent et commercialisent des plantes GM.
Nous joignons à notre lettre un dépliant fait par les Amis de la Terre-Europe. Vous pouvez y voir l’étendue de l’opposition aux OGM en Europe : presque toute la Pologne, la quasi totalité de la Grèce, 80% de l’Italie. L’opposition aux OGM n’est pas une opposition “idéologique”. Des élus européens, DE TOUTE SENSIBILITE POLITIQUE, s’y opposent. Lorsqu’il s’agit de protéger l’agriculture, l’environnement et les citoyens, il n’y a pas de place pour des calculs partisans.
De nombreuses politiques de soutien à l’agriculture se mènent au niveau régional. Les Amis de la Terre vous demandent de donner aux élus régionaux, un droit de co-décision sur les décisions concernant les politiques locales qu’ils mènent.
Les Amis de la Terre espèrent, Madame la Députée, qu’à l’instar de milliers de vos collègues européens, vous prendrez tous les amendements nécessaires pour faire de ce projet de loi, une loi qui protège efficacement et durablement vos concitoyens face aux risques liés aux OGM.
Veuillez agréer, Madame la Députée, l’assurance de nos sentiments les meilleurs
Pour les Amis de la Terre
Christian BERDOT Campagne OGM des Amis de la Terre-france



