Information : course d’obstacles !
Rappelons les termes de la loi française qui reprend la directive européenne correspondante, et qui sont très clairs : "Toute personne a le droit d’être informée sur les effets que la dissémination volontaire d’OGM peut avoir pour la santé publique et l’environnement, dans le respect de la confidentialité des informations protégées par la loi." "Ne peuvent être considérées comme confidentielles les informations (..) portant sur le nom et l’adresse du demandeur
Malgré les droits que garantit la loi française, les Amis de la Terre-France essuyaient un refus pur et simple, sans qu’aucun motif sérieux ne soit avancé et pour cause..
Ainsi, vous vous adressez pour des informations locales, à Mont-de-Marsan qui vous renvoie à Paris, qui refuse de donner une quelconque réponse. Nous avons essuyé le même type de refus, lorsque nous avons voulu savoir ce qu’était devenue la récolte de maïs Novartis, après la suspension de ce maïs par le Conseil d’Etat...
Pire même, le 28 mai 1999, une note du ministère de l’Agriculture précisait les conditions draconiennes de filtrage de l’information ! Cette note ne tient aucun compte de l’avis de la CADA, mais verrouille encore plus l’information. Seul le Service Régional de Protection des Végétaux, sur demande du préfet, pourra répondre aux questions, à l’exception de tout autre service déconcentré de l’Etat ! On croit rêver, alors que dans certains pays voisins, toutes ces informations sont accessibles librement sur le site internet du ministère de l’Agriculture...
Les Landes : un cas exemplaire !
Entre temps, les Amis de la Terre des Landes apprenaient que le groupe FNE local, la Sépanso-Landes, avait pu obtenir de la préfecture, avant le black out complet de l’information, la liste des communes landaises où des essais avaient été effectués en 1997...
Lorsque le ministère de l’Agriculture daignait enfin rendre publiques ses informations, nous avons pu comparer les listes. Nous avons découvert avec stupéfaction des incohérences graves.
La Préfecture des Landes annonçait 17 essais et le ministère de l’Agriculture qui donne les autorisations... 8 !
En résumé :
Nous avons de suite écrit au Directeur Départemental de l’Agriculture et au préfet pour avoir des éclaircissements (lettres du 16/12/99). Nous n’avons jamais reçu de réponse. Nous avons écrit de nouveau le 11/02/00, mais nos lettres sont restées sans réponse.
En même temps, nous avons écrit à tous les maires et conseils municipaux des communes concernées, le 09/12/99 et le 04/02/00. N’ayant toujours pas de réponse en mars, nous avons essayé de joindre téléphoniquement les mairies concernées. Certains maires et secrétaires de mairie avaient de vagues souvenirs, mais cela datait déjà de trois ans... Quant aux fiches, depuis le temps, si elles avaient été conservées, elles étaient au fond d’un carton d’archives et ça prendrait pas mal de temps pour les rechercher. A ce jour, seule une commune nous les a communiquées. Le maire de Bas-Mauco nous a fait parvenir 2 fiches alors que la préfecture, elle, annonce 3 essais...
Incohérences et refus d’explication
Mais plutôt que d’embêter des mairies qui n’y sont pour rien, pourquoi les services de l’Etat ne fournissent-ils pas les réponses à nos questions ?
Que signifie ce silence ? Les essais sont-ils suivis avec si peu de sérieux, qu’il est impossible de savoir combien il y en eu et où ? Comment les contrôles de biovigilence censés protéger la population et l’environnement, sont-ils effectués ?
Une raison tardive invoquée par le Ministère, pour expliquer certains "essais fantômes", est le fait que des autorisations sont pluriannuelles. Mais alors, si les choses ont été bien faites, pourquoi, 3 ans après, toujours refuser d’informer précisément les associations qui le demandent ?
Le cas des Landes n’est malheureusement pas unique. D’autres départements présentent les mêmes incohérences et essais fantômes. Partout, les associations sont en butte à l’arbitraire administratif. Quel est ce pays où les administrations censées faire appliquer la loi, sont les premières à la piétiner ?
Les Amis de la Terre continuent de se battre pour obtenir toute transparence sur les essais de plantes transgéniques, des éclaircissement sérieux sur les essais fantômes et le respect de la loi !
Démocratie fantôme
Aujourd’hui, on nous annonce la mise en place d’une nouvelle réglementation concernant la dissémination volontaire des OGM. Lors de la révision de la directive 90/220 sur les OGM, le Parlement Européen s’est prononcé récemment, pour un "renforcement des contrôles". Mais à quoi nous servira une nouvelle réglementation, alors que le gouvernement français n’a jamais appliqué la première directive sur l’information du citoyen ?
Des systèmes de biovigilence doivent être mis en place, nous dit-on. Mais quelles garanties aurons-nous, que les choses se font correctement alors que, jusqu’à maintenant, le citoyen a été systématiquement tenu à l’écart et dans l’ignorance ?
Au-delà des problèmes environnementaux et sanitaires liés aux OGM, il s’agit d’un problème de démocratie. Avec les biotechnologies, les Amis de la Terre voient se remettre en place la même politique maladive du secret qui a présidé à la mise en place du programme nucléaire français !
Nos élites qui savent toujours ce qui est bon pour le Peuple ont une peur panique que... le peuple s’en mêle. Pourtant, l’élément de base de la démocratie, c’est le Citoyen ! A force de le tenir à l’écart, nous nous dirigeons tout droit, vers une démocratie... fantôme, elle aussi !
Christian BERDOT
Amis de la Terre des Landes
landes@amisdelaterre.org




