Ogm et faim dans le monde : échec total !
« Grâce aux OGM, la faim et la pauvreté dans le monde vont reculer », combien de fois a-t-on entendu ce slogan stupide pour justifier les OGM agricoles ! Aujourd’hui la réalité du terrain, semble cruellement contredire ces boniments publicitaires pro-OGM : les émeutes de la faim se multiplient dans le monde...
Mais ne confondons pas faim et famine comme le fait Mr Pèes. Dans l’immense majorité des cas, on a faim, non pas parce qu’il n’y a pas assez de nourriture, mais parce qu’on n’a pas assez d’argent pour se nourrir ! L’Organisation Mondiale de l’Agriculture et de l’Alimentation (FAO) a publié dernièrement un rapport qui est très clair dans ses conclusions : « l’agriculture mondiale produit largement de quoi nourrir tous les humains et l’agriculture biologique peut nourrir l’humanité ».
Le problème est donc bien ailleurs. 80% de ces OGM que défend ardemment Mr Pèes, ne servent qu’à nourrir les animaux d’élevage des pays riches car nos animaux ont un pouvoir d’achat plus fort que celui des pauvres de la planète. Le problème de la faim dans le monde, à par quelques situations extrêmes - guerres ou catastrophes naturelles - est essentiellement dû à des raisons économiques, à une mauvaise répartition des richesses de la planète.
Non, Mr Pèes, « la planète ne crève pas de faim » comme vous voulez nous le faire croire, la planète crève du système agricole que vous soutenez !
Quand l’agriculture du Nord provoque… la faim du Sud
Le système agricole que soutient Mr Pèes n’est pas la solution à la faim dans le monde, mais en est LA cause.
En effet, le modèle agricole prôné depuis des décennies par les grandes institutions internationales (Organisation Mondiale du Commerce, Fond Monétaire International, Banque Mondiale) et les dirigeants des pays les plus puissants est une catastrophe sociale et environnementale planétaire !

Le tiers-monde prisonnier de la faim. Illustration de l’article : "A cause de l’éthanol de maïs et du Traité de Libre Echange, la faim augmente au Guatemala".
Pendant des années, les Institutions Financières Internationales ont donné des crédits à de nombreux pays du sud, souvent dirigés par des dictateurs. Les nouveaux régimes démocratiques qui leur ont succédé, ont dû payer plusieurs fois la dette et ses intérêts et se soumettre aux conditions draconiennes, fixées par ces mêmes institutions. De nombreux pays du Sud ont dû non seulement fortement diminuer leur agriculture vivrière pour se spécialiser dans les productions à l’exportation, mais encore ouvrir leurs frontières aux produits agricoles lourdement subventionnés des Etats-Unis et de l’Union Européenne.
Résultat :
d’un côté, les petits paysans du Sud, confrontés à cette concurrence déloyale, ont été poussés à la ruine et les marchés locaux ont été désorganisés. De nombreux pays du Sud ont ainsi vu leur agriculture vivrière s’effondrer entièrement et des millions de paysans venir s’entasser dans les bidonvilles des grands centres urbains ; ces pays qui, il y a quelques décennies encore, étaient autosuffisants sur le plan alimentaire, dépendent aujourd’hui largement des importations. [1]
de l’autre, de nombreuses entreprises de l’Union européenne et des Etats-Unis, liées à l’agroalimentaire, sont devenues de véritables empires financiers et industriels qui contrôlent toujours plus étroitement les marchés mondiaux.
En France, cette politique encore prônée aujourd’hui par de puissants lobbies agricoles, est soutenue par tous les gouvernements sous prétexte de défendre la « vocation exportatrice de l’agriculture française ».
Agrocarburants : spéculation et famine !
Et c’est précisément dans ce contexte de grande précarité alimentaire que la ruée vers les agrocarburants a été déclenchée !
Le lancement des plans éthanol en France ou aux Etats-Unis n’ont répondu qu’à des considérations économiques. Il s’agissait de satisfaire les demandes pressantes de soutien à certaines filières et lobbies agricoles, comme l’avait fait en d’autres temps, le plan brésilien d’éthanol de cane à sucre, lorsque les cours du sucre étaient au plus bas et que les puissants « barons du sucre » cherchaient de nouveaux débouchés.
Le discours pseudo écologique n’est venu qu’après - lutte contre les changements climatiques, réduction de la dépendance énergétique, etc... Il a pour but, d’une part de cacher le bilan calamiteux des agrocarburants et d’autre part, de justifier le coût exorbitant des mesures de défiscalisation et de soutien aux filières que doivent payer les contribuables de l’Union Européenne et des Etats-Unis. En réalité, en créant artificiellement de nouvelles filières qui engloutissent des millions de tonnes de céréales et d’oléagineux, les grandes firmes mondiales faisaient monter les cours et préparaient ainsi leurs énormes bénéfices.
Comme si ça ne suffisait pas, avec la montée des cours, la machine s’est emballée. De l’Indonésie à la Colombie, des centaines de milliers de petits paysans sont expulsés militairement de leurs terres pour laisser la place à des millions d’hectares de monocultures. La commissaire aux réfugiés des Nations-Unies, parle déjà de « réfugiés énergétiques ». Elle estime que dans les années à venir les immenses monocultures destinées aux agrocarburants vont expulser plus de 60 millions d’humains de leurs terres !
Vive la crise !
Mais le tableau n’est pas noir pour tout le monde. Les OGM tolérants à un herbicide favorisent l’apparition d’herbes, elles aussi tolérantes à ces herbicides avec comme conséquence, une explosion des volumes de produits chimiques agricoles utilisés. Aux Etats-Unis, les quantités de 2-4D - un composant de l’agent orange utilisé au Vietnam ! - ont doublé en quelques années. En Argentine, le programme de lutte contre une herbe devenue tolérante au RoundUp nécessitera l’utilisation de 25 millions de litres supplémentaires de paraquat, diquat et atrazine et pourrait avoir un coût allant de 160 à 950 millions de dollars par an, suivant le degré d’infestation par cette plante. Et on ne parle pas du coût pour la santé ! En Inde et en Chine, l’apparition de ravageurs secondaires sur le coton Bt fait aussi exploser les ventes de produits chimiques utilisés !

Au Paraguay, les malformations se multiplient chez les campesinos exposés aux épandages de pesticides. Que répondrait cette petite fille à M. Pèes qui affirme : "Et si on nous explique que les produits phytosanitaires, c’est du poison, on peut aussi répondre que c’est un sauf-conduit pour la vie."
Personne ne s’étonnera donc de voir que les multinationales des semences OGM et de la chimie engrangent d’énormes bénéfices… Syngenta - premier fabricant de pesticides et 3ème semencier mondial - affichait une augmentation de 28% de ses bénéfices pour le premier trimestre 2008. Monsanto, premier semencier mondial, annonçait une augmentation de 44% de son bénéfice global en 2007. Parallèlement aux semenciers-chimistes, les multinationales du négoce des grains enregistrent des bénéfices records : en avril 2008, Cargill a annoncé que ces bénéfices étaient supérieurs de 86% à ceux de la même période en 2007 et ADM le second négociant mondial de céréales affiche une augmentation de 67% ! [2]
Trop, c’est trop !
Oui, Mr Pèes, trop c’est trop ! Il faut arrêter les dégâts immédiatement et déclarer comme droit inaliénable de chaque Etat, le droit à la Souveraineté alimentaire !
Chaque état peut décider de sa politique agricole, des soutiens qu’il accorde à ses paysans, des mesures de protection de ses productions, de l’organisation de son marché intérieur, comme l’Union européenne l’a fait après la seconde guerre mondiale. L’agriculture doit sortir de l’OMC. Le droit des états et des citoyens doit passer avant celui des multinationales.
C’est à chaque pays de choisir les systèmes agricoles souhaités, ceux qui créent et maintiennent des emplois localement, protègent l’environnement et les populations comme l’agriculture paysanne et bio. Chaque état doit pouvoir refuser les systèmes agricoles qui éliminent les agriculteurs et transforment ceux qui restent en vache à lait pour engraisser les semenciers, les chimistes, les banques et les firmes de l’agroalimentaire, comme notre « bon » système agricole français…
Face aux deux crises, climatique et énergétique, qui nous attendent, ce n’est pas le travail qui manque. L’agriculture intensive que vous prônez est un immense gaspillage d’énergie : pour produire 1 kg de riz, un agriculteur états-unien consomme 80 fois plus d’énergie qu’un paysan philippin et pour un 1 kg de maïs, 40 fois plus qu’un paysan mexicain ! Quelle inefficacité ! De plus, votre modèle agricole est aussi une des principaux secteurs producteurs de gaz à effet de serre (CO2, N2O, CH4). Si vous voulez sortir notre agriculture de ces impasses, vous allez avoir beaucoup de travail, avant d’aller voir chez les autres.
Sinon, Mr Pèes, nos collègues du Sud, ne vous demandent qu’une seule chose : restez chez vous et surtout, laissez-les… vivre !
[1] Voir le dossier des Amis de la Terre : "OMC et Agriculture : ruine et exode rural pour des millions de paysans du Sud"
[2] Pour plus ample information, voir le dossier de GRAIN, intitulé "Crise alimentaire : le commerce del a faim"
