Samedi 4 novembre, les Faucheurs Volontaires adoptaient une nouvelle stratégie. Après les fauchages de champs d’OGM, cette fois-ci, c’est la récolte d’OGM “qui était mise hors d’état de nuire” à l’aide de brou de noix.
Cette nouvelle affaire a fait beaucoup de bruit, d’autant qu’elle aurait pu mal tourner. Le Ministre de l’Agriculture a rappelé que ces OGM étaient légaux et avaient subi tous les tests nécessaires avant autorisation. La FNSEA, les Jeunes Agriculteurs, l’AGPM (Association Générales des Producteurs de Maïs) ont invoqué les grands principes : retour de l’Etat de droit, respect de la propriété privée, respect du travail, liberté du choix de l’agriculteur. Tous ont fermement condamné.
Il est tout à fait compréhensible que certains soient choqués par les moyens employés par les Faucheurs Volontaires. La destruction d’une récolte n’est pas un beau spectacle.
Mais si, dans cette affaire, les vraies victimes étaient à chercher ailleurs ?
En février 2004, le journal Sud-Ouest organisait un débat sur les OGM dans le cadre de la foire agricole annuelle de Barcelone du Gers. A la question de Jean-Jacques Garbaye agriculteur bio dans l’ouest du département, sur l’avenir de l’agriculture bio face aux OGM, Monsieur Bernard Layre secrétaire adjoint des Jeunes Agriculteurs répondait : “Si l’agriculture biologique ne veut pas disparaître, il faudra bien qu’elle accepte des taux de contamination par les OGM”. Monsieur Christophe Terrain, président de l’AGPM et Monsieur Topan, responsable des essais en plein champs chez Biogemma, aussi présents à la tribune, ne l’ont pas contredit.
Pour ces messieurs, il est clair que la coexistence entre agriculture biologique et OGM n’est pas possible. Il est clair aussi qu’ils sont prêts à voir l’agriculture biologique disparaître, si elle ne se plie pas à leurs exigences... Dans ce cas là, la destruction des récoltes bio par contamination et la ruine des exploitations de milliers de paysans bio, ça ne les dérange pas.

D’autre part, Monsanto a annoncé en septembre 2005 son intention de contrôler l’ensemble du maïs européen en 4 ans. Pour y arriver, il faut bien sûr forcer le verrou de la mise en culture des OGM en France. L’Europe suivra ensuite. Qu’une firme états-unienne contrôle à elle seule l’ensemble d’une production ne va certainement pas dans le sens des intérêts des producteurs de maïs, ni de l’agriculture française en général.
Alors pour qui roulent les agriculteurs pro-OGM et les organisations qui les soutiennent ?
Les OGM autorisés en 98 l’ont été dans le cadre d’une directive très laxiste et complètement dépassée. La France pourrait comme la Pologne, la Hongrie et l’Autriche, interdire ces OGM et attendre leur nouvel examen par les autorités européennes en 2007. Même la Commission Européenne reconnaît que “ces maïs Bt ne devraient plus être cultivés tant qu’on ne connait pas les effets sur le sol”.
Alors pourquoi le Ministère de l’Agriculture maintient-il ces autorisations, pour pourrir la situation ?
Quant à la légalité des OGM girondins, rappelons que la Charte du Parc Naturel des Landes de Gascogne prévoit un moratoire sine die des expérimentations d’OGM. Il est étonnant que l’Etat appose sa signature sur un tel document et ne le fasse pas appliquer. Le Service de Protection (sic) des Végétaux de Bordeaux était au courant et a laissé faire dans le plus grand secret...
Lorsque certains réclament l’Etat de Droit, c’est plutôt à l’Etat de passe-droit qu’ils pensent.
En Allemagne, le gouvernement Schröder-Fischer a favorisé l’agriculture biologique et ainsi créé plus de 100 000 emplois - à comparer aux 2000 emplois dans les labos de biotechnologies agricoles ! En France, l’agriculture prônée par la FNSEA et l’AGPM perd plusieurs milliers d’emplois par an !
Il y a bien deux modèles d’agriculture en présence. Si les pro-OGM mènent à bien leur entreprise - disparition de l’agriculture bio et contrôle de l’agriculture par quelques firmes multinationale - c’est nous, citoyens, qui serons les VRAIES victimes...