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One Planet Summit : AXA, le leader toujours vite dépassé

En décembre 2017, AXA adoptait des critères encore jamais vu de désinvestissement du secteur du charbon et devenait aussi le premier assureur à s’engager à ne plus assurer certains projets charbon. Mais 10 mois plus tard, AXA n’a pas seulement été rattrapé par ses pairs mais a bien été dépassé, et sur les deux tableaux de l’investissement et de l’assurance.

Quand "no new coal" se traduit par "un peu moins de charbon"

Au One Planet Summit de 2017, le mot d’ordre d’AXA était "no new coal" / "pas de nouveau charbon". Un objectif en prise avec l’urgence à enrayer le développement d’un secteur qui ne cesse de grandir malgré les alertes sur son rôle dans le dérèglement du climat. Aujourd’hui encore, alors que toute nouvelle centrale est incompatible avec un réchauffement inférieur à 2°C, des entreprises de tous les continents prévoient la construction de plus de 630 GW de nouvelle capacité charbon est prévue dans le monde, l’équivalent des parcs existants de l’Allemagne, des Etats-Unis et de l’Inde. 

Pour répondre à cette menace, AXA annonçait se désinvestir de non pas tous ces développeurs de charbon, mais de 56 d’entre eux uniquement - ceux prévoyant de construire de nouvelles centrales à charbon pour une capacité supérieure à 3 GW.

Depuis, si cinq autres assureurs ont adopté un critère similaire, tous ont été beaucoup plus ambitieux : SCOR, Generali et MACIF ont exclu les 120 entreprises considérées comme étant les plus agressives en matière de développement de nouvelles centrales à charbon. Mais c’est surtout AG2R la Mondiale et Allianz qui, en excluant de leurs investissements presque toutes les entreprises actives dans la construction de nouvelles centrales, soit plus de 200 acteurs, font passer l’engagement d’AXA comme une demie-mesure.

Les incohérences d’AXA

Mais le point faible d’AXA, c’est avant tout ses incohérences : quand l’investisseur AXA exclut de ses portefeuilles d’investissements des entreprises du secteur du charbon, l’assureur AXA, lui, continue de les assurer. En d’autres termes, AXA se protège des risques financiers liés à des entreprises très exposées au secteur du charbon voire en pleine expansion dans ce secteur mais n’est pas opposé à leurs fournir les contrats d’assurance indispensables à leurs opérations. Cohérence et crédibilité allant de pair, AXA serait avisé d’imiter Zurich et Swiss Re qui se sont eux engagés à ne plus assurer les entreprises exposées à plus de 50 ou 30 % au secteur du charbon.

Autre incohérence, AXA continue d’investir, via son fonds de pension polonais, dans les entreprises du secteur du charbon en Pologne. Parmi elles, PGE, Enea ou encore Energa qui prévoient la construction de nouvelles centrales à charbon et l’expansion de mines de lignite en Europe. Ces entreprises, très exposées au charbon auraient dû être désinvesties de tous les portefeuilles d’AXA depuis 2015, et pourtant AXA figure toujours parmi leurs premiers investisseurs. 

AXA n’est pas armé pour soutenir la sortie du charbon

Et ce n’est pas tout, prenant également acte du fait que la transition requiert non seulement un arrêt dans le développement du charbon mais également la fermeture des infrastructures existantes, Allianz s’est également engagé à avoir réduit à zéro d’ici 2040 l’exposition au charbon de ses portefeuilles d’investissements et d’assurances dommages au niveau international.

Pour cela, le principal concurrent d’AXA en Europe s’engage à revoir régulièrement à la baisse ses critères de désinvestissement, autrement dit à exclure de ses soutiens un nombre toujours croissant d’entreprises. Rien de tout cela ne transparaît dans la politique d’AXA.

AXA assure toujours les centrales et mines existantes

Enfin et surtout, il faut aussi déplorer le fait qu’AXA peut toujours assurer des projets de mines et de centrales à charbon, y compris en Union européenne. En effet, si les nouveaux projets, assurés principalement par des contrats d’assurance spécifiques, ne peuvent plus bénéficier des soutiens d’AXA, les projets existants, le peuvent toujours à condition d’être intégrés dans des contrats couvrant les risques de plusieurs actifs parmi lesquels le charbon représente moins de 50%. Les contrats couvrant des paquets d’actifs contenant plus de 50% de charbon ont quant à eux jusqu’en 2020 pour être terminés.

Récemment appelé par plusieurs ONG à couper les ponts avec le géant du lignite européen RWE et à s’engager à ne pas assurer la mine d’Hambach et son projet d’expansion, AXA n’a pas pris ses distances avec l’entreprise, comme a pu le faire l’investisseur allemand DekaBank, mais s’en est tenu à rappelé sa politique d’assurance concernant le secteur du charbon. L’expansion de la mine d’Hambach devrait être automatiquement exclu de tout soutien, mais rien n’est moins sûr pour les opérations existantes.

Au-delà du cas d’Hambach et de RWE, on s’interroge sur le choix de ce taux, fixé à 50% alors qu’AXA a lui-même reconnu en 2017 qu’il fallait un pourcentage de 30% pour prendre en compte la réalité du secteur énergétique. De plus, ce seuil très élevé est d’autant plus inquiétant qu’AXA ne s’est pas engagé à orienter sa politique de manière à assurer la fermeture des infrastructures charbon d’ici 2040 au plus tard. Rien de plus simple donc pour une entreprise que de proposer des paquets d’assurance contenant moins de 50% de charbon.

S’il faut reconnaître à AXA d’avoir ouvert la voie à d’autres assureurs sur la question du charbon, en étant pionnier en 2015 puis en 2017, il faut aussi se rendre à l’évidence : AXA ne répond pleinement aujourd’hui à aucune des deux urgences : empêcher le développement de toute nouvelles centrale à charbon et accélérer la fermeture des infrastructures existantes de manière à respecter les objectifs climatiques définis dans l’Accord de Paris. Espérons qu’il ne mette pas cette fois-ci deux ans à revoir à la hausse ses engagements.

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