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Opération « Un Parisien, un arbre » : La Mairie de Paris s’achète une conscience écologique à bas prix

Un an après le lancement de l’opération « Un Parisien, un arbre », les Amis de la Terre émettent de sérieux doutes sur les impacts écologiques et sociaux de cette initiative et sur les fausses solutions qu’elle défend. Ils réclament la mise en œuvre des mesures du Plan climat de Paris.

L’opération lancée par la Mairie de Paris propose aux Parisiens de financer des projets de reboisements dans des pays du Sud (Cameroun, Madagascar et Haïti) afin d’aider les populations les plus fragiles, de restaurer des écosystèmes forestiers et surtout, de compenser leurs émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, de nombreux éléments sèment le doute quant à la pertinence et l’efficacité de cette action par rapport aux objectifs annoncés.

En effet, bien que la Mairie de Paris prétende que son opération répond aux besoins des populations locales, la plantation de ces arbres dans le Nord du Cameroun où les besoins sont les plus importants (zone sèche) n’a pas été envisagée car la capacité de stockage de carbone était trop faible.

Les Amis de la Terre dénoncent aussi l’argument trompeur selon lequel ce projet contribue à la lutte contre la déforestation. Claude Bascompte, Président des Amis de la Terre - Paris s’indigne : « A grand renfort d’images de forêts tropicales, la Mairie de Paris et l’ONF veulent faire croire aux Parisiens que leurs dons permettront de restaurer des écosystèmes forestiers. Or, comme le site Internet de l’opération l’indique, les arbres plantés au Cameroun ne sont pas des arbres locaux mais des arbres à croissance rapide comme l’eucalyptus, originaire d’Océanie. La biodiversité d’une forêt tropicale est sans commune mesure avec celle d’une plantation d’eucalyptus : prétendre que le projet vise à recréer des forêts africaines est donc une tromperie ! » Un choix d’autant plus regrettable qu’en Amérique du Sud, et dans de nombreuses autres régions du monde, l’eucalyptus est surnommé l’ « arbre de la soif » tant il a besoin d’eau. Planté en grande monoculture, il peut même assécher des rivières et priver les populations d’eau potable.

Enfin, l’idée de compensation qui vise à « neutraliser » ces émissions de carbone en finançant des projets dans les pays du Sud est controversée comme l’explique Sylvain Angerand, chargé de mission Forêt aux Amis de la Terre : « Le défi à relever dans les prochaines années, c’est de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, pas de les reporter ou de les déplacer. Or, il faudra plusieurs dizaines d’années à un arbre que l’on plante pour stocker les émissions de carbone que l’on prétend compenser. On ne fait donc que remettre le problème à plus tard. De plus, ce système est potentiellement injuste car il revient à réquisitionner des terres dans les pays du Sud pour compenser les modes de vie insoutenables des pays du Nord ».

Au final, plutôt que de sensibiliser les Parisiens sur la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, ce projet sème la confusion. A plusieurs reprises les Amis de la Terre ont demandé au cabinet du Maire de Paris des informations détaillées sur le projet : aucune réponse n’a été fournie et aucun descriptif détaillé du projet n’est disponible sur le site Internet de l’opération. Un déni de transparence regrettable. Ce silence cacherait-il un projet contestable ?
Les Amis de la Terre invitent donc la Mairie de Paris à arrêter au plus vite cette opération de communication critiquable et à orienter ces financements pour renforcer les programmes de sensibilisation des Parisiens aux économies d’énergie.

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