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Ouragan sur le lac d’Annecy

L’histoire remonte à 2010 quand des élus de la Communauté d’Agglomération d’Annecy – sans consulter les habitant.e.s – ont décidé de faire construire un Centre d’Exposition, de Séminaires et de Congrès sur le rivage du lac d’Annecy. Il s’agissait là de faire financer par le contribuable un édifice destiné à dynamiser le tourisme d’affaire haut de gamme. Méprisant la Loi littoral, déniant la réalité économique peu favorable, minimisant l’impact budgétaire très élevé sur les finances publiques locales, ce projet continue d’être imposé à la population qui ne cesse de le contester.

Les principaux élus de la C2A (Communauté d’agglomération d’Annecy) ont longtemps rêvé de se construire un Palais des Congrès tout beau, tout neuf. Les prétextes ont été nombreux – emploi, attractivité du territoire, tourisme de luxe – les échecs, cuisants. En 2010, un premier projet de Centre de Congrès avait été voté. Sa réalisation sur un terrain public mis à leur disposition aurait été confiée à des investisseurs privés. Mais aucun prétendant ne s’est présenté. Premier échec. Pour se relever, les élus ont décidé de changer leur fusil d’épaule et de totalement faire financer le projet par des fonds publics. Une nouvelle localisation, au bord du lac d’Annecy, est choisie. Mais le secteur visé est en partie détenu par des propriétaires-privés que des propositions d’achat n’attirent pas… Deuxième échec.

2012 / UN PROJET COÛTE QUE COÛTE !

Les élus s’entêtent et organisent plusieurs opérations de communication visant à donner au projet du sens et de la légitimité. Une réunion publique présente le projet aux habitant.e.s venu.e.s en nombre. Invité « de marque », le maire de Deauville vient y vanter les bienfaits pour sa commune de son récent « Centre International ». Naturellement, le public est invité à présenter des observations sur le projet… à la seule condition de ne pas remettre en cause ni son utilité ni sa localisation. Parallèlement, l’agglo commande une « enquête d’opinion » à Médiacité – qui ne nous répondra jamais sur les conditions de la réalisation de son rapport – dont les conclusions sont très favorables. Qui oserait alors critiquer ce nouveau temple des affaires pourvoyeur d’emploi et de notoriété ? Là où certains crieraient au miracle ; nous n’y avons vu qu’un mirage : le tourisme d’affaires est en recul de 5 % depuis 2011 et 90 % des Centres de Congrès sont en déficit. Et que dire du non-respect de la Loi littoral, applicable au bord du lac d’Annecy ? Et que dire de cette vision en rupture totale avec les politiques locales successives qui ont permis depuis 50 ans de libérer les rives du lac de constructions et d’en rendre l’accès au public ? Oui, nous avons osé défier « le miracle » et organiser l’opposition : réunions publiques contradictoires, pétitions (une première vague recueille 16 000 signatures), premier recours contre le Plan Local d’Urbanisme avec d’autres associations pour non-respect de la Loi littoral.

2013-2015 / LE BON SENS CITOYEN

Finalement, le projet a continué son petit bonhomme de chemin. Le cabinet suédois Snöhetta, grand vainqueur du concours international d’architectes, est choisi pour réaliser l’ouvrage. Très vite, nous nous rendons compte des ambitions du projet, revues… à la hausse ! Nouvelle vague d’opérations de communication : une exposition itinérante est proposée aux habitant.e.s. Nous saisissons l’occasion pour inciter les citoyen.ne.s à consigner leurs remarques sur des cahiers… qui disparaissent sans explication. L’exposition elle-même est « suspendue ». Les manifestations publiques que nous organisons se multiplient. Une « chaîne humaine » in situ rencontre un grand succès. L’ancien maire d’Annecy, grand défenseur de la Loi littoral, y prend la parole. En 2014, au siège des Amis de la Terre France, notre présidente fait la connaissance de son homologue parisien, jeune et sympathique avocat, très intéressé par la défense de la Loi littoral, qui proposera, peu après, de nous accompagner sur les recours juridiques – à venir.

2016 À CE JOUR / LA VICTOIRE

Janvier 2016, l’enquête d’utilité publique démarre. Nous rédigeons des argumentaires largement diffusés et nous communiquons tous azimuts. 2 000 contributions sont présentées ! Un chiffre tellement incroyable que le Président de la commission d’enquête demandera quinze jours supplémentaires pour rédiger son rapport. Les conclusions sont rendues en avril. Le couperet tombe : avis défavorable sur le projet avec 17 points négatifs relevés. Le tribunal de Grenoble annule alors la Déclaration d’Utilité Publique de ce projet en invoquant la violation du principe d’extension limitée de l’urbanisation. Impossible alors pour les élus de la communauté d’agglo de déposer la moindre demande de permis ni même de tenter d’acquérir le foncier nécessaire à la réalisation du projet. Cette récompense, nous l’attendions depuis 6 ans et demi et elle appartient aux associations locales (Frapna, LAE, Amis de la Terre), au collectif du blog « défense de la presqu’île d’Albigny » ou à certains élus courageux qui se sont toujours exprimés contre ce projet. Sans oublier les milliers de citoyen.ne.s, expert. e.s ou pas qui n’ont pas manqué de répondre à l’enquête publique, signé les pétitions et/ou contribué financièrement. Mais, ce jugement sans appel (dans l’argumentation) allait-il suffire à les faire renoncer ? Dès juin, le conseil d’agglo décidait majoritairement de passer outre l’avis de la commission d’enquête. Actuellement deux dossiers ont été portés au Conseil d’État, deux en Cour Administrative d’Appel… et nous prévoyons, le cas échéant, d’autres actions judiciaires. L’affaire est loin d’être entérinée… mais nous gardons beaucoup d’espoir : un grand nombre de décisions nous sont favorables et le « Contrat d’Ambition Région » voté en novembre 2017 par l’agglo pour le cofinancement par la Région de ses grands investissements des trois années à venir, ne mentionne pas le projet de Centre de Congrès !

Patricia Jarno, présidente des Amis de la Terre Haute-Savoie.

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