Si la culture vivrière du palmier à huile est d’une grande importance pour de nombreux paysans, sa culture sur de grandes surfaces pour l’exportation est à l’origine de nombreux conflits. La déforestation en Asie du Sud-Est au profit de la culture du palmier à huile menace des millions de personnes.
En Indonésie, sur 216 millions de personnes, 100 millions dépendent des forêts. Ces communautés indigènes vivent de la forêt depuis des milliers d’années. Partie intégrante de leur culture et source de leur subsistance, la forêt est une ressource inestimable pour les populations locales et peuples autochtones qui en dépendent aussi bien pour leur alimentation, leur approvisionnement en eau potable, leur médecine, que pour leur spiritualité.
En Malaisie, les Penans de Sarawak sont l’un des derniers peuples nomades de la forêt tropicale. Aujourd’hui, certains cultivent le riz et les légumes mais beaucoup ont gardé leur régime nomade en mangeant les fruits que leur apporte la forêt et en chassant une grande variété d’animaux : sangliers, serpents, lézards, escargots et sauterelles. Ils consomment certaines plantes, qui sont également employées comme médicaments.

A qui appartient la forêt ?
Les droits traditionnels de ces populations ne sont pas reconnus et les conflits fonciers avec les entreprises propriétaires de plantations de palmiers à huile se multiplient. Les plantations sont établies en forçant les populations indigènes à abandonner leurs terres, et en les condamnant à regarder la richesse de leurs ressources forestières s’épuiser. Dépossédés de leurs terres sur lesquelles ils n’ont plus aucun droit, les villageois mécontents mettent même à feu des cultures de palmier à huile. Des lois reconnaissant leur propriété traditionnelle (adat), par rapport à la propriété moderne, ont dans certains cas été officiellement reconnues mais jamais appliquées.
"Ils sucent le sang de nos corps. Je suis désespéré et prêt à mourir pour cette terre. Pour nous, la terre est sacrée. Les sociétés d’huile de palme viennent et nous menacent. Ils disent : si vous ne voulez pas venir et travailler dans la plantation, vous feriez donc mieux de disparaître dans la forêt pour toujours. Nous ne nous rendrons pas. C’est notre terre, mais les sociétés ne s’en soucient pas." (témoignage dans une communauté locale en Indonésie, Friends of the Earth Pays-Bas)
Abus humains dans les plantations
En Indonésie, ce sont plus de 3,5 millions de personnes qui travaillent dans le secteur de l’huile de palme. Mais à quel prix ? Dans ces plantations, de nombreux abus sont constatés : conditions de travail médiocres et dangereuses, salaires misérables, maladies dues à l’utilisation des pesticides, actes de violence, voire de l’esclavage. Indépendamment du déboisement effréné, des dizaines de personnes ont été tuées dans les conflits d’utilisation des terres et des centaines de décès peuvent être attribués aux incidences environnementales de l’expansion du palmier à huile (source : Greasy palms, Friends of the Earth).
Le déboisement et le développement des plantations n’amènent pas de réduction de la pauvreté, au contraire, les communautés locales voient disparaître leurs ressources naturelles. Il apparaît clairement aujourd’hui que les populations locales doivent récupérer leurs droits traditionnels, en leur permettant d’utiliser et gérer durablement leurs ressources.