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Sujet : RE : pas de moabi dans les parquets du théâtre des champs élysées
Date : Mon, 13 Feb 2006 17:43:45 +0100
De : Boasson, Claire
Madame,
votre message a été précédé de beaucoup d’autres depuis novembre 2005, suite à un communiqué des Amis de la Terre relayé par Europe Ecologie PACA, interpellant la Caisse des Dépôts au sujet de l’utilisation de moabi pour la rénovation du parquet de la salle du Théâtre des Champs Elysées.
La Caisse des Dépôts s’efforce depuis longtemps de prendre en compte ses responsabilités à l’égard de la société et d’inscrire son action dans une démarche contribuant à un développement durable. Nous avons été sensibles aux arguments évoqués ce qui nous a conduit à proposer aux Amis de la Terre et à Europe Ecologie PACA une réunion au Théâtre des Champs Elysées en présence des différents acteurs du dossier (direction et services techniques du 15. Montaigne (Société Immobilière du TCE), direction du TCE, architecte, entreprise ayant réalisé le parquet).
Cette réunion a permis un échange approfondi autour des questions qui nous étaient posées. Les raisons pour lesquelles le Théâtre des Champs Elysées a retenu le moabi ont été présentées : qualité acoustique (enjeu majeur à l’origine des travaux réalisés en 2005), contraintes esthétiques pour cette salle classée, difficulté du recours au chêne teinté en raison des conséquences en terme d’entretien récurrent dues à un usage intensif du théâtre. Une visite de la salle a permis de rendre plus concrètes ces explications. Le moabi ne faisant pas l’objet d’une réglementation particulière, le 15. Montaigne ne disposait pas des informations fournies depuis sur les problèmes posés par l’exploitation de ce bois. Les Amis de la Terre ont exposé leurs analyses et les résultats de leurs enquêtes : dimension culturelle du moabi pour les Pygmées du Cameroun dont il est originaire et dimension socio-économique pour l’ensemble des populations concernées, mises en difficulté par une exploitation excessive, destinée à l’exportation, qui nuit à la qualité de l’environnement.
Suite à la rencontre, un échange de courriers a permis de dégager les constats partagés et plusieurs pistes de travail communes.
Il est évident que le démontage du parquet en moabi n’est pas envisageable par le 15. Montaigne ni proposé par les Amis de la Terre car il s’agirait de gâchis.
Néanmoins, le 15. Montaigne et le Théâtre des Champs Elysées s’engagent à tenir compte, à l’avenir, des informations recueillies lors de l’entretien de janvier.
Pour sa part, la Caisse des Dépôts va mettre en œuvre, avec ses services Achats et Travaux des processus permettant le recours à des filières bois certifiées, de manière à éviter l’utilisation des essences menacées ou dont l’exploitation est susceptible de causer des dommages culturels, sociaux et/ou environnementaux. Elle s’engage, avec les Amis de la Terre, à faciliter la diffusion de l’information - notamment via son réseau de Directions régionales - auprès de ses partenaires dans le secteur de l’immobilier et du logement, l’objectif étant de sensibiliser sur les risques liés à l’utilisation de certaines essences tropicales et de favoriser le recours à l’utilisation de la filière bois française.
J’ai rendez-vous la semaine prochaine avec nos interlocuteurs des Amis de la terre pour y travailler.
Espérant avoir répondu à vos attentes d’information , je vous prie de croire à l’assurance de ma considération
Claire Boasson
Directrice de projets développement durable
Envoyé : lundi 13 février 2006 15:22
À : Boasson, Claire
Objet : pas de moabi dans les parquets du théâtre des champs élysées
A M. Francis MAYER, Directeur général de la Caisse des Dépôts
s/c Mme Boasson Claire
directrice des projets développement durable de la Caisse des Dépots :
Monsieur le Directeur Général,
L¹association Europe Ecologie Paca apprend avec stupeur que dans le cadre de ses travaux de rénovation, le théâtre des Champs-Elysées dont vous êtes le propriétaire vient de faire installer un immense parquet en Moabi.
Cause avancée de ce chantier : longtemps critiqué en raison d’une acoustique médiocre, le théâtre des Champs-Elysées a mis en oeuvre différents travaux pour améliorer le son dans sa salle principale. Ainsi la moquette responsable d’ une trop forte absorption des sons a été enlevée et remplacée par un immense parquet en Moabi
Or ce bois d¹un arbre sacré, arbre pharmacie (cité pour 50 utilisations différentes) vient d’Afrique Centrale, l’un des derniers massifs intacts de forêts tropicales humides dans le monde. Il peut atteindre 70 m de hauteur et il lui faut plusieurs siècles pour atteindre cette taille. Certains Moabi abattus sont parfois même âgés de 2500 ans.
Pour faire le parquet du théâtre des Champs-Elysées, ce sont des arbres gigantesques qui ont été abattus.
Il existe pourtant de nombreuses alternatives à l’utilisation du Moabi.
Les parquets en chêne issus de forêts cultivées en France ont des propriétés technologiques et acoustiques équivalentes à celles du Moabi.
Europe Ecologie Paca et Les Amis de la Terre sont d’autant plus consternés que le choix de financer un parquet en Moabi plutôt qu’un parquet en bois local est en complète contradiction avec votre statut affiché d’ « acteur de longue date du développement local ».
En effet, si les forêts tropicales sont en train de disparaître, les forêts françaises sont, elles, en pleine extension.
40% du bois produit naturellement dans les forêts françaises reste inexploité.
Chaque année, la filière bois française perd de nombreux emplois.
Des métiers traditionnels liés à la forêt comme celui de bûcheron sont menacés de disparition alors que les importations de bois exotiques continuent d’augmenter ;
alors que 3 Moabis sur 4 coupés au Cameroun sont destinés à être transformés en France en portes, fenêtres ou Šplancher de théâtre.
Monsieur le Directeur Général, vous comprendrez que nous nous inquiétons de la surexploitation de cette essence rare.
De nombreux scientifiques ont tiré la sonnette d¹alarme pour avertir que le Moabi était en danger d¹extinction. Déjà en 1985, le professeur Letouzey avait déjà mis en évidence un problème majeur de régénération de l¹espèce autour de la réserve du Dja (Cameroun) alors que l¹exploitation forestière n¹était que très marginale.
En 1998, il y a donc 7 ans, Laurent Debroux réalisa sa thèse à propos du Moabi et conclut que, dans la région du Dja, où les Moabis étaient relativement abondants, « l¹exploitation est de type minier [Š] et ne s¹accompagne d¹aucune mesure en faveur de la régénération naturelle ». Les méthodes d¹exploitation pratiquées conduisent au prélèvement de 75% des semenciers et mettront en danger la survie de l¹espèce. Il conclut ainsi que « le Moabi ne peut pas fournir une production soutenue ».
Cette conclusion sans ambiguïté est encore plus alarmante lorsque l¹on sait qu¹elle repose sur l¹hypothèse d¹une coupe lorsque l¹arbre atteint 1 m de diamètre comme l¹exige la loi forestière camerounaise. Au Congo, la coupe est autorisée à partir de 80 cm et au Gabon de 70 cmŠl¹arbre n¹a même pas le temps de fructifier qu¹il est déjà transformé en planches !
Cette menace est aggravée par l¹exploitation illégale (qui oscille entre 40% et 70% de la production en fonction des pays) qui se traduit par la coupe de très jeunes Moabis ou l¹abattage d¹arbres au c¦ur des réserves naturelles.
L¹association Europe Ecologie Paca désire savoir si vous êtes parfaitement conscient de participer à l¹extinction d¹un vestige vivant des dernières forêts primaires que l¹ Union Internationale pour la Conservation de la Nature a classé comme vulnérable.
Dans l¹attente de votre réponse,