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Pesticides : "Faire cesser l’omerta"

Le père d’un viticulteur charentais décédé d’un cancer à 40 ans se bat pour démontrer les dangers des produits phytosanitaires (Article de Pierre Sabathié - Sud-Ouest, le 22 mars)

Jacky Ferrand habite près de Cognac et a fait une grosse partie de sa carrière dans la viticulture. Frédéric, son fils, est devenu viticulteur, mais à 40 ans, il décède des suites d’un cancer à la vessie, appelé aussi parfois, à mots couverts par les professionnels, la « maladie des viticulteurs » . Depuis, son père se bat pour démontrer les effets ravageurs de certains pesticides utilisés dans l’agriculture sur la santé. Il s’appuie sur le film-documentaire « La Mort est dans le pré », dans lequel son fils joue un des rôles principaux malgré lui. Jusqu’à sa mort.

Des ateliers chez les jardiniers

Jacky Ferrand est l’invité de l’association Les Amis de la Terre dans les Landes. Après une première conférence hier à Mont-de-Marsan, le fondateur de l’association Phyto-victimes poursuit ses débats ce soir à la Maison Arts et Loisirs de Montfort-en-Chalosse, à 20 h 30, et demain à l’Écolieu Jeanot à Rion-des-Landes à 19 heures. L’occasion de projeter « La Mort est dans le pré » d’Éric Guéret dans lequel son fils est filmé.

Toujours dans le cadre de la Semaine pour les alternatives aux pesticides, les Amis de la Terre proposent ce week-end des ateliers chez les maraîchers et les jardiniers avec l’appui du Civam bio des Landes et de l’Aspro Pnpp. Renseignements sur www.amisdelaterre40.fr

« Sud Ouest ». Qu’est-il arrivé à votre fils ?

Jacky Ferrand. Il est né en 1970, et s’est installé comme viticulteur près de Jarnac. En 2009, il souffre d’insuffisance cardiaque, et est transporté d’urgence à l’hôpital. Il fait souvent des malaises. Un an plus tard, on découvre qu’il a un cancer de la vessie de stade 4. On a vite compris que c’était irrémédiable Que voulez-vous qu’un père dise à son fils quand on sait que c’est fichu... Il a été admis au service urologie de l’hôpital Bergonié à Bordeaux. Là, on a rencontré d’autres viticulteurs du même âge atteint de la même maladie. Le problème, c’est qu’ils ne voulaient pas parler. Mon fils et ma belle-fille ont été d’accord pour que ce soit médiatisé. Et cela a tout déclenché.

Comment avez-vous pu démontrer que la maladie était liée aux pesticides utilisés pour traiter la vigne ?

La MSA (Mutualité sociale agricole) ne reconnaît que l’utilisation des dérivés arsenicaux comme maladie professionnelle. On a ressorti toutes les factures de l’exploitation entre 1991 et 2010 pour les présenter à la MSA. Y figuraient plusieurs achats de produits cancérigènes, tels que des dérivés de benzène. On sait qu’ils déclenchent des cancers de la vessie, mais la MSA ne le reconnaît pas comme maladie professionnelle. On a gagné sur la forme et pas sur le fond, car on nous a signifié le refus de notre dossier sept semaines après le délai légal.

Vous faites plusieurs conférences à partir du film « La Mort est dans le pré ». Que souhaitez-vous montrer ?

Juste avant sa mort, j’ai promis à Frédéric que j’allais continuer la bagarre. Progressivement, il y a une prise de conscience du monde viticole des dangers des pesticides, mais il règne une omerta autour de ça. Il faut la faire cesser, il faut que les agriculteurs et les médecins parlent.

Selon vous, peut-on produire dans le secteur agricole sans pesticides ?

On ne peut pas changer de méthodes de production du jour au lendemain. Aujourd’hui, on se situe dans une impasse car l’agriculture est formatée dans le productivisme. Mais personne ne se soucie de la sensibilité à la maladie. On ne fait plus d’agronomie, d’assolement. Il faut des entrants chimiques pour arriver à cultiver. Pour moi, il n’est pas question de faire la guerre au monde agricole, mais je propose que l’on réfléchisse à l’avenir, voir comment trouver des alternatives, que les agriculteurs pensent aussi à regarder pour savoir s’ils n’ont pas de malades autour d’eux. Un rapport de 100 recommandations existe et un projet de loi est en train d’être établi. Les choses bougent très doucement, on va continuer à se battre.

PS des Amis de la Terre : n’oubliez pas de soutenir les associations qui se battent vraiment sur le terrain et pas seulement devant les media :

- Site de l’association Phyto Victimes créée par Jacky Ferrand : http://www.phyto-victimes.fr/

- Pour réduire les pesticides, il faut d’autres semences que les semences vendues par les semenciers/chimistes. Voir le site du Réseau Semences Paysannes : http://www.semencespaysannes.org/semences_paysannes_premier_maillon_chaine_ali_9.php

- pour réduire les pesticides, il faut aussi des alternatives naturelles. Soutenez l’Associaton de Promotion des Pépéarations naturelles : http://www.aspro-pnpp.org/

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