Ressources et médias

Rester informé


Plantes pesticides brevetées, à quand un débat de fond ?

Les « clones pesticides brevetées », comme les nomme Jean-Pierre Berlan(1), connues sous le nom d’OGM « organismes génétiquement modifiés », continuent via les actions de la société civile, à alimenter les débats au sein des tribunaux.

Lors de ces derniers mois, les faucheurs volontaires ont exprimé dans les tribunaux un ras-le-bol d’une justice qui refuse de jouer son rôle de « régulateur ». En défendant des lois que les associations jugent « liberticides », les tribunaux nient le danger lié aux OGM. Pour la société civile, force est de constater que le principe de précaution n’est toujours pas reconnu pour légitimer les actions des opposants. A quelques mois d’intervalle le 26 novembre 2012 en France et le 15 janvier 2013 en Belgique, les faucheurs volontaires ont signifié en quittant les salles d’audiences que les questions retenues par ces derniers ne cor respondaient pas aux enjeux de société que représentent les OGM.

A Tours (Indre-et-Loire) en novembre 2012 aurait dû avoir lieu le premier procès permettant d’aborder la question des « plantes mutées ». Ces fameuses plantes résistantes aux pesticides après avoir subi des modifications génétiques par « mutation », demeurent pourtant exclues du champ d’application de la directive 2001/18, (ce qui veut dire, entre autres, qu’elles ne sont pas évaluées, et qu’on ne sait pas non plus où elles sont cultivées). Pour le tribunal de Tours, cette action relevait de la destruction en réunion, pas question de mettre sur le tapis le débat de fond : la définition des OGM ! Alors que seulement 3 personnes avaient été retenues, que le juge refusait de considérer les comparants volontaires, les inculpés, leurs avocats et les témoins ont quitté le tribunal. Le verdict devrait tomber courant mars 2013, il a été demandé entre autres des amendes de 300 euros pour les témoins qui ont quitté la salle pour « refus de témoignage » !

A Termonde (Belgique), même refus de la Cour, pas de considération des comparants volontaires, par contre cette fois-ci, la juge refuse d’entendre les témoins. Cette position vécue comme un déni de démocratie pour les inculpés a entraîné là-bas aussi la désertification de la salle.

Résister et mobiliser encore

Ces événements nous rappellent que les OGM sont présents également par des cultures ou essais en Europe sans que nous puissions en être informés, ou nous y opposer en amont. Ils nous montrent aussi, qu’au-delà de ces actions, nous devons continuer à informer sur les OGM pour casser « l’effet moratoire ». En effet, trop nombreuses sont les personnes qui croient que le fait d’avoir obtenu un moratoire sur le maïs MON 810 signifie que nous n’avons pas d’OGM en France. Il n’en est rien !

D’une part parce que nous importons des OGM, via l’alimentation animale, mais aussi pour les agrocarburants ou dans nos vêtements ! D’autre part parce qu’il y a un réel problème de définition par rapport aux autres techniques : mutagénèse, cisgénèse…(2)

Les OGM sont un danger parce qu’ils ne correspondent en rien à la mise en oeuvre de sociétés soutenables. Ils ont pour objectif le profit, et sont la négation même tant de l’autonomie que de la souveraineté alimentaire.

Parce que les Amis de la Terre exigent la transparence et s’opposent à la coexistence en plein champs, ils ont pris part lors de la « faites sans OGM » 5°édition, à un tribunal qui s’est tenu le 17 Mars 2013 au Thor (Vaucluse) afin de connaître la position de la société civile sur la présence d’OGM dans les pots de miel. Accepteront-ils comme le propose l’Europe de changer la réglementation qui encadre le miel ? Ou bien choisiront-ils de continuer à nommer le miel : miel, et d’appeler par contre les OGM par leur véritable signification « des clones pesticides brevetés » ?

> BENEDICTE BONZI
Les Amis de la Terre Vaucluse

1/ Agronome et économiste, ancien directeur de recherche en science économiques à l’INRA
2/ http://www.infogm.org/spip.php?article486


Photo : Action de soutien aux militants du procès de Termonde (Belgique) en janvier 2013. crédit : G. de crop

Rédigé le