L’affaire du bourg contaminé
Au fin fond des Ardennes, près de la pittoresque cité fortifiée de Rocroi, se trouve la petite commune de Bourg-Fidèle. Le fleuron industriel du village est l’usine Métal Blanc, implantée au milieu du village, face au gymnase municipal et, jusqu’à récemment, à une aire de jeux pour enfants. Cette entreprise de retraitement de batteries de voitures est aujourd’hui sur la sellette : les jardins des pavillons, les champs, la rivière, des enfants, des riverains et salariés, bref, une grande partie du village est contaminée par le plomb.
22 enfants intoxiqués à Bourg-Fidèle, 80 à Noyelles-Godault, 64 dans le Loiret... combien autour de toutes les usines du monde qui manipulent du plomb ?
Le saturnisme a été la première maladie professionnelle reconnue en France. Notre société industrielle a-t-elle su protéger ses ouvriers depuis ? Dans l’usine de Bourg-Fidèle, une dizaine d’ouvriers ont été licenciés alors qu’ils étaient atteint de plombémie.
Pourquoi l’inspection du travail, qui n’a pu que constater le dépassement des normes d’hygiène et de sécurité dans l’entreprise (jusqu’à dix-huit fois la norme !), n’a-t-elle pas imposé à l’employeur le respect de la réglementation ?
Le plomb n’empoisonne pas seulement les salariés. Sortant des cheminées puantes, il se dépose en poussières sur les champs, les jardins des riverains... Il s’écoule dans la rivière, contamine les sédiments et l’eau.. Pourquoi la DDASS et les services vétérinaires sont-ils restés silencieux pendant près de deux ans malgré les courriers d’alerte des habitants et les rapports montrant la pollution ?
La liste des comportements moralement incompréhensibles s’allonge tout au long de notre travail d’enquête.
Certes la quarantaine d’emplois que procure l’usine est invoquée pour justifier son exploitation. Mais de quels emplois s’agit-il ? La majorité des salariés de ce type d’entreprises travaillent dans des conditions qui condamnent leur santé à terme et parfois même celle de leur famille. Doivent ils choisir entre leur travail et leur santé, le chômage ou la mort ?
Si cette entreprise développe l’industrie locale, elle menace aussi les activités touristiques et agricoles : combien d’emplois sont menacés dans ces secteurs ?
Quel est le coût pour la collectivité du suivi médical et de l’indemnisation des victimes ?
Certains invoquent la nécessité de recycler les batteries pour en conclure que ces usines contribuent à la protection de l’environnement. En tant qu’écologistes, nous devaons être clairs : si le recyclage des batteries ne peut aujourd’hui être fait sans menacer la santé publique, la seule solution sérieuse et "durable" est de les stocker sur un site contrôlé, de façon réversible, dans l’attente de la mise au point d’une technique satisfaisante.
Parce que nous refusons ce chantage à l’emploi, le sacrifice de la santé des personnes au nom d’intérêts industriels et le mépris de certaines administrations pour les victimes ou les associations, nous nous sentons solidaires de ces salariés et riverains. Nous sommes déterminés à poursuivre notre action jusqu’à ce que des leçons tant juridiques que politiques soient tirées de ces "affaires des bourgs contaminés".
Aujourd’hui, l’urgence est de recenser les sites industriels qui manipulent du plomb afin de faire un état des lieux sanitaire. Nous comptons sur vos témoignages et sur votre soutien dans ces actions qui s’annoncent, longues, difficiles mais nécessaires !
Ben LEFETEY, Président des Amis de la Terre France
Bourg-Fidèle : catastrophe industrielle lente
Depuis trente ans, Bourg-Fidèle est exposé à la pollution de son usine de retraitement de batteries de voitures et notamment à ses rejets de plomb, d’arsenic et de cadmium. Dans l’indifférence générale jusqu’à ces derniers mois, des champs et des jardins sont interdits, des animaux meurent, des habitants et des salariés sont atteints de troubles dus aux rejets de plomb.
L’usine Métal Blanc s’est installée en 1968 au cœur de ce village ardennais d’environ 750 habitants, à quelques kilomètres de la frontière belge, sur le site d’une ancienne fonderie. Le site est mitoyen de deux exploitations agricoles qui représentent 128 hectares. Les autres activités du village sont des plus classiques : commerce, artisanat, tourisme.
Bourg-Fidèle, sa mairie, son clocher, son usine
En 1981, un arrêté, au titre des installations classées pour la protection de l’environnement [1], régularise l’activité de l’usine. L’usine Métal Blanc devient ainsi une fonderie de plomb dont la production est de 100 tonnes par jour soit 25 000 tonnes par an. En 1989, Métal Blanc est autorisée au broyage de batteries et peut fonctionner 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. La matière première est constituée de batteries usagées, rebuts de fabrication de batteries, déchets de plomb ou matières plombées, produites par d’autres installations. L’activité se divise en plusieurs étapes : le stockage, le broyage, la fusion et le traitement des eaux résiduaires.
En 1996, l’usine fait une demande d’extension : elle veut doubler sa capacité de production et se donner les moyens d’être "conforme aux normes". Une étude d’impact est alors réalisée et on découvre la présence de rejets de plomb supérieure à la normale dans la rivière avoisinante. L’autorisation est accordée malgré l’opposition de 250 riverains (plus de la moitié des votants !), qui entre temps ont créé l’association "protection et défense de l’environnement de Bourg-Fidèle" (lire, ci-contre, l’entrevue de sa présidente ).
Des animaux meurent, des enfants sont contaminés
Suite au décès d’animaux, le 17 juillet 1997, un arrêté demande la création d’une Commission locale d’information et de surveillance. Les médias se font l’écho des riverains en colère. La Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS), entre autres, intervient sur le site pour évaluer la pollution. Les analyses de sol révèlent la présence de toxiques : un arrêté de la préfecture interdit la consommation de légumes cultivés en jardin et l’accès à l’aire de jeux, sans que l’accès à cette dernière soit physiquement empêché...
Face à l’inertie de la DDASS pour faire un dépistage de la population riveraine, l’association locale contacte l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) qui, à la vue des analyses alarmantes de certains adultes, décide d’effectuer une étude en quelques jours sur la base du volontariat d’une trentaine de personnes. Trois nouveaux cas de plombémie supérieure à la norme.
L’étude de l’INSERM révélée au public, la DDASS lance enfin un dépistage systématique des 96 enfants de moins de douze ans : 22 d’entre eux ont une plombémie supérieure au seuil toléré. Des cas de saturnisme et de plombémie élevée sont également relevés par le médecin du travail. Les prélèvements effectués montrent la présence de plomb dans le sol, l’eau et les poussières domestiques dans le village et sa périphérie, dans un périmètre encore mal défini.
Une zone sinistrée
En janvier 1998, un rapport du Réseau national de santé publique (RNSP) met en cause les émanations toxiques de l’usine. Les données sont alarmantes. La concentration en plomb dans l’air aux différents postes de travail est largement supérieure à la valeur limite d’exposition (jusqu’à 18 fois en 1993 !). Pour les eaux résiduaires, la norme était toujours dépassée en 1997 (3 à 60 fois) bien qu’il y ait eu une amélioration puisqu’en 1991, les rejets étaient 200 fois plus élevés que la norme ! Les normes relatives au cadmium sont parfois dépassées. Le contrôle des poussières dans les rejets atmosphériques montrait un dépassement des teneurs en plomb pour les gaz issus de l’affinage (1,3 mg/m3 contre 0,3 autorisés en 1997).
A proximité de l’usine, le sol est contaminé de façon importante à des taux pouvant atteindre 1 000 mg/kg de matière sèche, alors que les teneurs habituelles, variables selon la proximité des routes, n’excèdent pas 100 mg/kg, en milieu rural. Une concentration dans les poussières domestiques de 500 mg/kg est estimée dangereuse pour les enfants.
La contamination des parties aériennes des plantes atteint 1 000 mg/kg de matière sèche, alors que des concentrations dix fois moindres sont un danger pour les animaux. Les normes recommandées par le Conseil supérieur d’hygiène publique de France sont de 0,3 à 0,5 mg/kg pour les végétaux.
Des habitants refusent la fatalité
Depuis quelques semaines, les médias sont de plus en plus présents autour de Bourg-Fidèle. La pression augmente tant sur le PDG de Métal Blanc que sur la municipalité et les services préfectoraux. Il faut savoir que c’est le préfet qui est légalement chargé du contrôle d’une usine comme celle de Métal Blanc. Or, dans le cas de Bourg-Fidèle, il apparaît de plus en plus évident, que les pouvoirs publics refusent de tirer les conséquences de la pollution engendrée par l’usine du village. Chaque jour, et ce même si Métal Blanc respectait les normes de rejet, la pollution s’accumule sur un site fortement contaminé. L’urgence sanitaire est d’éloigner les personnes intoxiquées de la zone contaminée afin de ne pas amplifier le mal. Tant que ces victimes n’ont pas été relogées et que l’entreprise est incapable de respecter la réglementation du travail, l’usine doit stopper ses activités en maintenant les salaires. En parallèle, il faut étudier la dépollution du site.
De plus en plus d’habitants prennent progressivement conscience de l’ampleur de cette catastrophe, insidieuse parce qu’invisible. Certains ont saisi la justice, d’autres mènent un combat très difficile au sein de l’association locale contre les industriels et les institutions, beaucoup cependant n’osent pas encore élever la voix. Libres des pressions locales, les Amis de la Terre peuvent engager toutes les actions politiques, institutionnelles et, surtout, juridiques pour que les habitants de Bourg-Fidèle soient mis hors de danger et indemnisés à hauteur du préjudice qu’ils ont subi et, pour certains, qu’ils subiront toute leur vie.
S. P.
Autres cas d’intoxication
Bourg-Fidèle n’est pas le seul village pollué par des usines retraitant des batteries, trois autres entreprises empoisonnent les populations.
Pont-Sainte-Maxence
Dans ce village de l’Oise, la Compagnie européenne d’accumulateurs (CEAC) cherche à s’étendre, mais la population s’y oppose. Regroupés dans l’association IRE-Oise, les riverains luttent pour faire éclater la vérité : la concentration de plomb dans les rejets atmosphériques est 5 fois supérieure au maximum autorisé (5,3 mg/Nm3 au lieu de 1 mg/Nm3 pour l’air et 4,4 mg/l au lieu de 0,5 mg/l pour l’eau). Trois anciens salariés de la CEAC sont atteints de saturnisme et sont reconnus comme travailleurs handicapés. Pourtant, le directeur de l’usine déclare n’avoir jamais eu affaire à des cas de saturnisme dans son usine (Oise Hebdo du 25/11/98). L’association IRE-Oise réclame des analyses sur le périmètre des communes concernées par l’usine, soit près de 20 000 habitants.
Noyelles-Godault
C’est une commune du Nord Pas-de-Calais où se dresse Métaleurop, la plus grande usine de plomb d’Europe. Depuis plus de 16 ans, l’association Nord-Nature dénonce ce fléau : 45 km2 de sols pollués, 60 000 personnes concernées. Une étude réalisée sur 621 enfants montre que 13 % ont une plombémie supérieure à 100 microgrammes/l. L’usine a été condamnée à indemniser un agriculteur. Les riverains ont récemment créé une association.
Bazoches et Outarville
Ce sont deux villages voisins dans le Loiret. À Bazoches s’est installée la Société de traitement chimique des métaux, spécialisée dans le recyclage de batteries. À Outarville, l’usine fabrique des batteries. Les services sanitaires ont suivi les 135 enfants des deux écoles maternelles pendant deux ans : plus de la moitié sont atteints de saturnisme. 235 adultes des deux villages, ont une intoxication au plomb à des degrés divers et certains cas nécessitent une hospitalisation.
S. P.s
Face aux pollueurs et à l’administration
mobilisation citoyenne
Denise Schneider est la présidente de l’association "protection et défense de l’environnement de Bourg-Fidèle". Elle lutte activement pour que le village et ses alentours soient reconnus comme sinistrés et que les autorités prennent les mesures requises pour que la santé publique ne soit plus en danger
Pourquoi cette association a-t-elle été mise en place ?
En 1996, une pétition a été signée par 250 personnes pour s’opposer à l’extension de l’usine de recyclage Métal Blanc, ce qui représente la moitié des électeurs du village. Malgré cela, l’agrandissement a été accordé le 24 décembre 1996. L’association est née à cette époque. Moi, je suis arrivée en août 1997 dans la région. Mon chien est tombé gravement malade en buvant l’eau de la Murée, la rivière qui passe dans mon jardin. Je me suis donc renseignée et j’ai appris qu’une usine de plomb polluait l’eau, l’air et le sol. J’ai donc rejoint l’association et je leur ai apporté mon aide.
Quelles ont été vos actions ?
Nous avons fait appel aux autorités pour qu’une enquête soit ouverte et que l’usine cesse de mettre en danger la vie des gens. La DDASS (Direction départementale des affaires sanitaires et sociales) et la CLIS (Commission locale d’information et de sécurité) ont fait des prélèvements qui prouvent qu’il y a présence élevée de plomb, de cadmium et d’arsenic dans l’environnement. Ce qui était noté dans le rapport de l’usine pour sa demande d’extension. Un examen réalisé sur des volontaires a révélé une forte plombémie. Un enfant est contaminé au cadmium et on ne sait pas comment le soigner. Nous ne pouvons déjà plus manger les légumes de nos jardins !
Que fait l’administration ?
La préfecture nous dénigre et se fait l’écho du PDG de Métal Blanc, qui nous prend pour un noyau d’excités ! Le maire a refusé de prêter un local pour que l’association puisse travailler. Pendant longtemps, il y a eu très peu de transparence de l’information : le résultat du rapport de la DDASS nous est arrivé cinq mois après, et tout est comme ça. Ça ne suffit pas, il faut prendre le problème à la base et le résoudre. C’est une situation d’urgence et de détresse. Les habitants sont timides, presque résignés et les salariés semblent avoir peur. On arrive à les sensibiliser peu à peu. Mais les autorités locales nous freinent dans notre action.
Quels sont vos résultats ?
Les médias commencent à parler de notre problème. Le premier article est paru dans Pèlerin magazine. Un autre dans l’Événement du jeudi titrait "Le petit Tchernobyl de Bourg-Fidèle". Dans un journal allemand, on pouvait lire "Une ère de plomb dans les Ardennes". Dernièrement, dans une revue nationale Belge, un article traitait de Bourg-Fidèle : "La tragédie des bébés cadmium, à 10 km de chez nous". Ces deux pays sont concernés par le problème puisque le ruisseau de Bourg-Fidèle se jette dans la Meuse. Nimbus, sur France 3, a consacré une émission au problème et Mireille Dumas reprend ce thème sur son plateau le 2 mars.
Quels sont vos projets ?
Cette situation est inacceptable et ne peut pas durer. Tout d’abord, il faut continuer à faire parler de Bourg-Fidèle dans les médias. L’association porte plainte en justice de même que plusieurs familles dont les enfants sont malades et un ancien salarié de l’usine. Le plomb et le cadmium ont un effet cumulatif sur l’organisme et une durée de vie dans l’environnement respective de 1 000 et 500 ans. Ici, les enfants y sont exposés tous les jours. Lorsqu’il y a des rejets accidentels, la population n’est même pas prévenue. Mais l’association est de plus en plus connue et nous avons l’appui d’autres organisations comme les Amis de la Terre ou la Ligue des Droits de l’Homme à Charleville Mezières. Il faut trouver des solutions de dépollution du site et, en tout premier lieu, arrêter d’incinérer du plomb et du cadmium.
Propos recueillis par Séverine Prod’homme
La baleine se souvient
Trois métaux lourds de conséquences sur la santé
Le plomb
Les émissions toxiques de l’usine endommagent l’environnement mais ont aussi un effet néfaste sur l’organisme humain.
C’est en particulier le cas du plomb, métal que l’on trouve en faible quantité à l’état naturel. Il s’absorbe par inhalation ou ingestion et a la particularité de s’accumuler dans l’organisme après y avoir été transporté par les globules rouges. Absorbé de façon occasionnelle, il s’évacue bien par les urines mais, assimilé de façon régulière, il se fixe principalement dans les os, les dents, les reins, le foie et le cerveau. À forte concentration (supérieure à 1 200 microgrammes/l), la plombémie peut entraîner des paralysies du système nerveux. Des plombémies de l’ordre de 1 000 microgrammes/l, peuvent conduire au coma et à la mort en quelques heures. En cas de guérison, les séquelles invalidantes sont fréquentes. Les troubles neurologiques sont multiples, selon les individus, à partir de 200 microgrammes/l : irritabilité, troubles du sommeil, anxiété, pertes de mémoire, fatigue. Des études épidémiologiques récentes mettent en évidence que les enfants sont particulièrement sensibles : à des taux inférieurs à 100 microgrammes/l, on décèle une baisse du quotient intellectuel. Pour une plombémie comprise entre 400 et 880 microgrammes/l, la production de spermatozoïdes peut être altérée. La "colique de plomb" et le saturnisme sont classiques chez les travailleurs.
L’arsenic
Sa contamination se fait surtout par l’alimentation, est aussi utilisé dans les pesticides, herbicides et produits des industries métallurgiques. L’arsenic peut être absorbé par voie digestive, respiratoire ou cutanée. Il s’accumule dans les globules rouges et est éliminé par les urines. L’intoxication chronique a été étudiée en milieu professionnel et est caractérisée par une fatigue générale, des troubles gastro-intestinaux, une anémie hypochrome, des atteintes cutanées, des neuropathies périphériques et des atteintes cardio-vasculaires. La mortalité par cancer de l’appareil respiratoire est 2 à 3 fois plus importante chez le personnel de l’industrie utilisant l’arsenic.
Le cadmium
Cette substance est très présente dans les milieux industriels, les engrais à base de phosphate mais aussi dans le tabac. Le cadmium prend le chemin des voies respiratoires ou digestives. 50 % du cadmium inhalé se déplace dans le sang vers le foie, puis est filtré par les reins où il s’accumule. À un certain stade, des lésions rénales apparaissent. Une intoxication aiguë par voie respiratoire peut provoquer une pneumopathie et par voie digestive, des vomissements et des diarrhées. Une exposition prolongée entraîne des atteintes rénales irréversibles. Il existe une relation entre l’exposition professionnelle et le cancer du poumon. À long terme, l’absorption de cadmium peut provoquer de l’anémie, une atteinte au foie, au système immunitaire ; il pourrait jouer un rôle dans la survenue d’hypertension artérielle.
S. P.
Les effets du plomb sur les jeunes enfants
En février 1984, la Baleine traitait, dans un numéro spécial, de la pollution automobile au plomb
Le problème que pose la pollution par le plomb aux très jeunes enfants a sensibilisé l’opinion internationale et suscité récemment un grand nombre de travaux. En France cependant, l’opinion publique n’a pas encore été informée et les milieux scientifiques méconnaissent cette question. (...) Plusieurs causes se conjuguent pour rendre les enfants particulièrement vulnérables à cette pollution. La première est que les très jeunes enfants traversent toujours une période où ils portent fréquemment leurs mains ou des objets souillés de poussière à leur bouche. Il s’ensuit une ingestion supplémentaire de plomb, qui peut être très importante dans les zones les plus polluées. Une seconde raison est qu’à cet âge, le passage du plomb à travers la barrière intestinale est particulièrement important. Les jeunes enfants retiennent à partir de la nourriture cinq fois plus de plomb que l’adulte et le fixent moins rapidement dans les os, d’où une plus grande proportion de plomb "circulant", c’est-à-dire susceptible d’atteindre les organes les plus fragiles.
Enfin, les enfants possèdent des tissus nerveux et un cerveau qui n’ont pas terminé leur maturation et sont donc plus sensibles à l’action des neurotoxiques.
Les preuves de la toxicité neurocomportementale du plomb aux faibles doses sont diverses et, dans les quatre dernières années, elles sont apparues de plus en plus convergentes et convaincantes. Elles résultent d’études sur le comportement animal, de travaux en neurochimie et sur la structure du cerveau et, enfin, d’études sur des populations enfantines.
Le Courrier de la Baleine, supplément au numéro 66, Le plomb dans l’essence : nos enfants payent, février 1984.
[1] Source : Réseau national de santé publique / janvier 1998



