C"est une usine qui fabrique des vitamines pour les poulets . Les poulets industriels. Ils en ont bien besoin : vivre à 22 poulets par mètre carré, et être obligé d’atteindre 1,9 kilo en quarante deux jours...il faut booster. A coup de méthionine.
Dans la petite ville de Commentry (Auvergne), 730 salariés oeuvrent chez Adisséo, usine dévolue au bonheur des poulets. Initialement propriété de Rhône- Poulenc, elle a aujourd’hui aterri dans l’escarcele d’un groupe chinois, Blue Star, filiale du groupe Chem China.
Problème : s’il fait la joie des poulets, l’additif alimentaire ne fait pas celle des ouvriers. En 2003, la CGT d’Adisseo annonce que dix ouvriers d’un seul atelier, qui utilise la molécule chloracétalC5 sont atteints d’un cancer du rein. Pur hasard ? Difficile à croire : cette molécule est connue por ces pouvoirs toxiques et mutagènes en particulier sur les reins. Mais la direction jure ses grands dieux qu’il n’existe aucun lien entre "le process industriel" et l’épidémie de cancers du rein.
Trois ans plus tard, le nombre de cancers du rein a atteint 22. Selon le très officiel Institut de veille sanitaire qui a réalisé une étude en 2004, "on attendrait moins d’un cancer du rein (0,76) sur l’ensemble de la période chez les hommes employés par Adisséo". Encore ce calcul intègre-t-il tous les personnels de l’entreprise même ceux qui ne sont pas au contact des produits suspectés.
Claude Micaud, ex-salarié d’Adisséo, qui préside l’Association des Malades de la Chimie (AMC) : " Nous avons découvert deux autres cas, dont un en 2006, preuve que l’épidémie continue. Parmi eux se trouve un salarié d’une entreprise extérieure. D’où notre surcroît d’inquiétude : personne ne s’intéresseau sort des intérimaires et des entreprises extérieures à Adisséo."
Neuf salariés ont décidé d’attaquer l’entreprise pour faute inexcusable. Pour leur avocat Jean-Paul Teissonnière (parailleurs avocat des victimes de l’amiante), "c’est la première fois que la question du risque chimique est posée en ces termes. La direction, bien qu’alertée depuis dès les années 80par le comité hygiène et sécurité, a traité l’affaire avec beaucoup de désinvolture. Or,avec la chimie, les salariés sont les sentinelles de la santé publique : ils sont en première ligne. Derrière eux, il y a ...nous." Interrogé par "Le Canard", Adisséo" s’est retranché derrière Gilles Moreau, consultant de ladite société parisienne, GCI : " Ce que la direction de l’usine de Commentry dit, c’est qu’on ne sait toujours pas. On nepeut pas dire que ces cancers sont liés au C5, et on ne peut pas dire le contraire. Il faut attendre de nouvelles études qui sont en cours." Selon Adsséo, des mesures de sécurité auraient été prises dès 1990 et un suivi médical entrepris en 1993 pour les salariés les plus exposées.
Tout va bien, donc. En attendant le procès avant la fin de l’année.
Vous reprendrez bien un peu de poulet ?
Professeur Canardeau.




