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Pourquoi les Amis de la Terre se mobilisent

décembre 2006,
Par Anne-Sophie Simpere

Les Amis de la Terre ont décidé de travailler en profondeur sur la BEI, un bailleur international très discret. Le but : faire connaître les activités de la Banque et leurs impacts, et pousser la BEI vers des politiques et projets répondant mieux aux préoccupations sociales et environnementales des pays où elle intervient.


Les lacunes de la BEI

Une banque de développement sans politique de développement

La BEI se présente aujourd’hui elle-même comme une banque de développement. On peut lire sur son site : « La BEI est une banque publique au service des politiques de l’Union européenne ; elle ne poursuit pas de but lucratif.(...) L’action de la BEI est celle d’une banque de développement »

En pratique, si l’on s’intéresse aux types de projets financés par la BEI, il devient rapidement assez clair qu’ils ne servent pas au développement durable des pays du sud. Ces cinq dernières années, l’Afrique, l’Asie ou la région Amérique latine n’ont bénéficié d’aucun prêt dans les secteurs de la santé et de l’éducation, pourtant indispensables au développement. Par contre, en Zambie, la BEI n’a pas hésité à consacrer plus de 80% de ses financements au secteur minier. En fait, la BEI semble privilégier des projets dont les retombées économiques sont certaines et élevées plutôt que de mettre la priorité sur la lutte contre la pauvreté ou la protection de l’environnement. Elle se comporte comme une institution répondant avant tout aux besoin de ses clients, principalement des entreprises du nord. Ainsi, en Amérique latine, plus de 90% des financements de la BEI depuis 1993 ont été accordés soit à des filiales d’entreprises européennes, soit à de grandes multinationales.

Toujours plus de projets au Sud, toujours pas de normes...

Au sein de l’UE, la BEI est liée par les normes européennes. Mais dans les pays du Sud, elle n’est soumise à aucune réglementation précise. En réalité, la BEI est marquée par un retard considérable par rapport à la plupart des institutions financières internationales (Banque mondiale ou banques régionales de développement) en matière de normes sociales, environnementales, et de transparence.

La Banque travaille dans l’opacité : il est souvent difficile d’obtenir des informations sur son activité. Sans exigences environnementales et sociales précises et contraignantes, et à l’abri de tout contrôle, elle se retrouve impliquée dans des projets projets largement controversés et destructeurs (grands barrages, mines, privatisation du secteur de l’eau, plantations industrielles, projets pétroliers et gaziers transfrontaliers...).

Les Amis de la Terre au coeur de la mobilisation

Dans les dernières années, nous avons travaillé ponctuellement sur cette institution : pour obtenir une politique de transparence et de publication des informations solide, pour tirer la sonnette d’alarme sur des projets problématiques, pour obtenir une considération des populations locales impactées par les financements, pour mettre en relief l’incohérence des actions de la BEI avec les politiques de coopération de l’UE, pour obtenir un mécanisme de plainte à la disposition des populations impactées par un projet de la BEI, etc.

Aujourd’hui, les Amis de la Terre travaillent avec plusieurs ONG européennes (Bankwatch, Urgewald, Bretton Woods Project, CRBM, WEED, Both Ends) pour que la BEI s’équipe de dispositifs environnementaux et sociaux à la hauteur du nouveau mandat d’action qui vient de lui être accordé dans les pays du Sud.