A l’occasion de cette marée noire sur les côtes sud-atlantique, les Amis de la Terre tiennent à rappeler
qu’on ne peut pas évoquer cette marée noire sans se poser la question de la place centrale qu’occupe le pétrole dans l’économie mondiale ;
qu’on ne parle que des marées noires qui nous touchent ;
qu’on dit que les océans sont des zones de non-droit, mais c’est vrai aussi pour les 4/5 des terres
et qu’entre deux marées noires, on empoisonne sans bruit les océans qui continuent de mourir lentement.
Voici quelques remarques des Amis de la Terre, fidèles à cette vieille devise écologiste "Penser et agir, globalement et localement".
On ne peut pas parler de marée noire sans se poser la question de la place centrale qu’occupe le pétrole dans l’économie mondiale. C’est le moteur, l’oxygène du système économique actuel. Sans pétrole tout s’effondre. Il est urgent de rendre nos économies moins dépendantes de cette matière première limitée, en mettant en place des politiques radicales d’économies d’énergie, d’énergie renouvelables, revoir les politiques des transports, les procédés de production, etc... Sinon, les lendemains risquent d’être très difficiles et guerriers !
On ne parle que des marées noires qui nous touchent. Pourtant, chaque année, de par le monde, de nombreuses marées noires, souvent plus importantes ont lieu. Et encore on estime que les marées noires ne représentent que 5% du pétrole déversé sur mer et sur terre. Au Nigéria, il y a un peu plus d’un an, la rupture d’un oléoduc a fait que 100 000 personnes se sont retrouvées sans... eau potable et menacées dans leur survie. Un exemple parmi tant d’autres !
On dit que les océans sont des zones de non-droit. C’est vrai mais les 4/5 des terres aussi. Aujourd’hui les entreprises internationales agissent sur toute la planète mais les législations, elles, restent locales. Des millions d’humains vivent sous des régimes autoritaires, dictatoriaux ou corrompus. Que peuvent-ils faire, lorsqu’une grande firme commet des exactions contre l’environnement, le droit du travail ou les Droits Humains ? Au Nigéria, 9 citoyens qui s’opposaient aux activités de Shell ont été pendus en 1998...
Dans beaucoup de pays, la justice dépend directement du pouvoir en place et les multinationales savent s’attirer les bonnes grâces des dirigeants en leur versant quelques cadeaux sur des comptes secrets, dans des paradis fiscaux.
Les Amis de la Terre mènent campagne depuis deux ans pour que les multinationales puissent être attaquées devant les tribunaux pour des faits commis où que ce soit sur cette planète, sur terre ou sur mer. Il faut une convention internationale pour rendre responsables pénalement les grandes entreprises. Cela améliorera la vie quotidienne de dizaines de millions d’humains et arrêtera la destruction effreinée de l’environnement.
Pour finir, les Amis de la Terre voudraient rappeler qu’entre deux marées noires, on empoisonne sans bruit les océans qui continuent de mourir lentement. Nous avions, il y a dix ans, envoyé des photos cataclysmiques à Thalassa, le magazine de la mer, pour leur montrer l’état des plages landaises : dauphins crevés, oiseaux mazoutés, bancs de poissons échoués, mousses épaisses (40 cm ) à perte de vue, et des milliers d’objets en plastiques. Vision cauchemardesque : ce n’étaient plus des plages mais des décharges d’ordures !
Depuis, coïncidence ou plutôt conséquence de notre initiative, le Conseil Général des Landes nettoie les plages toute l’année. L’étendue de cette pollution quotidienne que l’on peut presque qualifier de "normale" n’est plus visible. On l’oublie, on s’y habitue. Et encore ne s’agit-il que de la partie visible de la pollution. Une bonne partie des poisons issus des activités humaines sur terre, terminent leur carrière dans les océans et s’accumulent dans la chaîne alimentaire : métaux lourds, dioxine et autres pesticides... Il y a quelques années l’IFREMER avait mesuré des taux d’hydrocarbures au large de Saint-de Luz supérieur à ceux mesurés au large de Fos sur Mer !
Cette marée noire est un nouveau signal d’alarme. Les Amis de la Terre espèrent que nous saurons tous ensemble en tirer les leçons pour enfin mettre en place les bases d’une société durable, respectueuse des humains et de l’environnement.
Vous pouvez consulter sur notre site des articles directement liés au Prestige et à ses "coulisses".
Prestige : un bel exemple de mondialisation menée par les multinationales.
Prestige : OR NOIR pour une poignée, MARÉE NOIRE pour des milliers
Prestige : les côtes atlantiques touchées.
Capbreton, la Corogne : l’océan poubelle.
Pour en savoir plus sur ce sujet complexe, consultez le dossier des Amis de la Terre International.
Ce dossier très facile de lecture et bien illustré présente des cas de conflits liés à l’énergie, principalement le pétrole (Colombie, Tchad-Caméroun, Nigéria, Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie, Brésil, Colombie, Afrique du Sud,) à la déforestation (Indonésie, Australie, Malaisie, Equateur) mais aussi à l’eau.
Voir aussi la campagne des Amis de la Terre "Pour un arrêt progressif du financement par les institutions financières internationales des projets d’exploitation minières et d’extraction de carburant fossiles."
Consultez les pages de notre site sur le rôle des Institutions financières Internationales et les Agences de Crédit à l’Exportation (COFACE pour la France) qui jouent un rôle déterminant dans l’extraction et l’exploitation des ressources naturelles dans le monde.
Bonne lecture.