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Projet BTC : Le financement accordé par la Banque mondiale est fortement contesté

5 novembre 2003,
Dans Le Monde du 5 novembre 2003

Oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan

Mardi, la Banque mondiale a débloqué des financements pour la construction de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) menée par un consortium conduit par British Petroleum.

La mobilisation des organisations non gouvernementales de défense de l’environnement et des droits de l’homme d’une trentaine de pays en faveur d’un moratoire sur la construction de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), n’y a rien fait.


Mardi 4 novembre, la Banque mondiale a approuvé le financement par son bras financier privé, la Société financière internationale (SFI), de l’exploitation du champ pétrolier offshore Azeri-Chirag, dans la mer Caspienne, et la construction de l’oléoduc qui devrait permettre, d’ici mi-2005, d’acheminer l’or noir azéri de Bakou au port turc de Ceyhan en passant par la Géorgie.

L’intervention de la SFI est un mélange de prêts et d’investissements directs pour un montant total de 310 millions de dollars sur 12 ans dont va bénéficier le consortium privé mené par la société pétrolière britannique British Petroleum. La Banque signe là son plus gros engagement dans le domaine du pétrole et du gaz, dépassant de 200 millions celui consenti pour l’oléoduc Tchad-Cameroun, qui vient juste d’être inauguré.

Prévu il y a une semaine, le conseil avait été reporté pour permettre un nouveau tour de table des administrateurs avant d’en arriver au vote. Une réunion avait déjà eu lieu la semaine dernière mais trois heures de discussions ont encore été nécessaires pour parvenir à une décision. "Les risques politiques - terrorisme, interférence de l’Etat - et commerciaux tels que la chute des prix du pétrole ont fait que la participation de la Banque mondiale était essentielle", a déclaré le responsable du secteur pétrole et gaz de la SFI, Rashad Kaldany.

C’est justement la question que se sont posé un certain nombre d’administrateurs. Car aux risques politiques et commerciaux s’ajoute l’incertitude sur l’utilisation des ressources pétrolières. Et même s’il existe "quatre tonnes de conditions" pour que la SFI maintienne son partenariat, le suivi de l’affectation des recettes "est un peu plus lâche" que dans le projet Tchad-Cameroun, où le gouvernement est quasiment "mis sous tutelle" des institutions multilatérales, confie un responsable de la banque.

JURISPRUDENCE POUR L’AVENIR

La corruption qui fait de l’Azerbaïdjan un des premiers pays dans le palmarès de Transparency International a été un des arguments de certains membres du conseil, pas très chauds pour suivre les Américains, premiers actionnaires de la Banque, qui ont fait de la Caspienne un élément de leur politique de sécurité énergétique, et les Britanniques concernés par la réussite de BP, dans cette aventure. Ils se consolent en estimant que les mises en garde exprimées sur ce projet serviront en quelque sorte de jurisprudence pour l’avenir.

Pour l’heure, à Washington, on minimise le rôle de l’institution, compte tenu du montant relativement modeste de sa participation, puisque le coût total du projet atteint 3,6 milliards de dollars. "Rien ne dit que sans nous, le projet n’aurait pas eu lieu", dit-on dans l’entourage du président Jim Wolfensohn où l’on estime que la présence des institutions multilatérales est la garantie d’une surveillance internationale sur les compensations accordées aux populations touchées par le tracé de l’oléoduc ou le respect des contrats internationaux. Et puis, "la Banque ne peut pas financer que des écoles et des hôpitaux", plaide-t-on.

Mardi 11 novembre, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) réunira à son tour son conseil pour décider de son appui financier. Le suspense n’est pas très grand : ce sont les mêmes gouvernements qui siègent dans les deux institutions.

Babette Stern

Voir l’article en ligne : www.lemonde.fr



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