Projet Mopani (Zambie) : l’Europe au cœur d’un scandale minier

Les Amis de la Terre, en partenariat avec CTPD et Counter Balance (1), publient aujourd’hui le rapport Projet Mopani (Zambie) : l’Europe au cœur d’un scandale minier. Cette étude se penche sur la mine de Mopani, qui a bénéficié de fonds européens pour le développement via la Banque européenne d’investissement (BEI). Entre les soupçons d’évasion fiscale, les pollutions massives et les violations des droits humains, le rapport des Amis de la Terre révèle que le projet profite essentiellement à ses actionnaires – dont la multinationale suisse très controversée Glencore – au détriment de la Zambie. Une conclusion accablante pour la BEI et ses Etats membres, dont la France. Les Amis de la Terre demandent à la Banque d’adopter immédiatement un moratoire sur ses investissements dans le secteur minier tant qu’elle n’est pas capable d’en contrôler les impacts.

En février 2005, la BEI, qui a un objectif de réduction de la pauvreté en Afrique, investit 48 millions d’euros dans la mine de cuivre de Mopani en Zambie. La mine est gérée par le consortium Mopani Copper Mine (MCM) dont l’actionnaire principal est l’entreprise suisse Glencore.

Sur la base de deux enquêtes de terrain, le rapport des Amis de la Terre dénonce les impacts désastreux du projet sur la population locale : précarisation du travail, expulsions forcées d’agriculteurs, contamination des eaux à l’acide sulfurique, ou encore pollution de l’air au dioxyde de soufre ayant des conséquences sanitaires lourdes sur la santé des riverains

En outre, entre un contrat inéquitable et des soupçons d’évasion fiscale, MCM ne contribue quasiment pas au budget de la Zambie.

Savior Mwambwa, directeur de l’ONG zambienne CTPD, explique : « Ils [MCM] prétendent ne pas faire de profits pour ne pas payer d’impôts. Mais il y a une très grande opacité autour de leurs opérations minières, ce qu’ils produisent, en quelles quantités. Ils profitent du fait que le gouvernement n’a pas la capacité de contrôler leurs activités et soit complètement dépendant des informations données par la compagnie. »

Anne-Sophie Simpere, chargée de campagne Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre et auteur du rapport, conclut : « La BEI a utilisé des fonds européens pour le développement afin de soutenir des multinationales richissimes dont l’objectif prioritaire est la maximisation du profit, sans considération pour les impacts sur les populations locales, l’environnement ou l’emploi. C’est tout à fait incompatible avec les objectifs de développement durable et de réduction de la pauvreté de la BEI. En l’occurrence, ces impacts sont dramatiques. Le cas de Mopani démontre que la BEI ne doit plus être autorisée à investir dans le secteur minier tant qu’elle n’en a pas saisi tous les impacts et qu’elle n’est pas capable de les contrôler. »

Depuis 2000, la BEI a signé pour 650 millions d’euros de prêts à des mines en Afrique. Les Amis de la Terre demandent aux Etats européens, actionnaires de la BEI, et en particulier à la France, d’adopter un moratoire sur les financements de la Banque dans le secteur minier.

Contact presse : Caroline Prak - 01 48 51 18 96 / 06 86 41 53 43

Note  :
(1) Centre for Trade and Policy Developmentest un réseau de 12 ONG zambiennes travaillant sur le commerce et le développement. La coalition Counter Balance : Réformer la BEI rassemble les ONG : CEE Bankwatch Network (Europe centrale et orientale), les Amis de la Terre (France), urgewald and WEED (Allemagne), Campagna per la Riforma della Banca Mondiale (Italie), BothEnds (Pays-Bas), Bretton Woods Project (Grande-Bretagne).

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