Protéger le climat ou soutenir les centrales à charbon d’Alstom : que choisira M. Hollande ?

Montreuil, le 4 février 2014 - François Hollande se rendra le 11 février prochain aux États Unis pour une visite d’État. Après avoir annoncé la fin des financements publics états-uniens aux centrales à charbon à l’international (1), Barack Obama encourage désormais les autres pays développés à adopter une position similaire. La France annoncera-t-elle une politique sur le charbon à la hauteur de ses ambitions en matière climatique en préparation de la Conférence Climat de 2015 ?

Le 1er mars 2013, François Hollande annonçait publiquement l’arrêt des financements aux centrales à charbon par l’Agence française de développement [1]. Par la suite, plusieurs pays [2] se sont engagés à leur tour à réduire leur soutien à un secteur incompatible avec la lutte contre le changement climatique. Mais les États-Unis ont été les plus ambitieux en adoptant une politique valable pour l’ensemble des institutions financières publiques états-uniennes ou dont ils sont membres (aide au développement, Banques de développement multilatérales et crédit exports).

La France, qui accueillera la COP en 2015, annoncera-t-elle le 11 février la fin des soutiens publics au charbon via la Coface (son agence de crédit aux exportations) et pour sa position dans l’ensemble des Banques de développement multilatérales [3] dont elle est membre afin d’affirmer son exemplarité et peser lors des négociations climatiques ? Rien n’est moins sûr.

Contrairement aux Etats-Unis qui ont déjà mis en pratique leur politique anti-charbon, notamment en rejetant un projet de centrale de 1,200 MW au Vietnam puis en renonçant à un autre de 800 MW en Ukraine en juillet dernier [4], le gouvernement français peine à transformer l’essai de mars dernier. En décembre, la France s’est illustrée en votant en faveur d’un prêt pour l’extension de la centrale à charbon de Jamshoro au Pakistan [5], à l’inverse des Etats-Unis, de l’Allemagne, de l’Angleterre, des pays scandinaves ou même de la Turquie. « Alors que la France prône l’exemplarité en matière climatique, c’est tout le contraire qui semble ce produire en ce qui concerne les financements publics au charbon ! » commente Lucie Pinson, chargée de campagne Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre

La France et son industrie sont peu présentes dans le secteur du charbon et la Coface, n’a, dans les 10 dernières années, garanti que trois projets à hauteur de 711 millions d’euros [6] dans ce secteur, une paille par rapport aux $7,24 milliards de US ExIm [7]. A moins de vouloir sauvegarder les intérêts privés d’Alstom, unique bénéficiaire de ces garanties Coface, Mr Hollande aurait donc peu de raison d’hésiter à faire une annonce conjointe avec Mr Obama sur l’arrêt des soutiens publics au charbon.

« Les Amis de la Terre demandent à Monsieur Hollande de faire le bon choix entre la lutte contre le changement climatique et la défense des intérêts d’Alstom. La France doit arrêter cette schizophrénie et mettre en pratique sa promesse d’exemplarité. Sa crédibilité en tant qu’organisateur de la COP 2015 est en jeu. Les associations écologistes dans le monde auront les yeux rivés sur Monsieur Hollande le 11 février prochain pour juger de son choix » conclut Lucie Pinson.

Contact presse  : Caroline Prak - 06 86 41 53 43

(1) Avec certaines exceptions

Notes

[1Sauf celles équipées de technologie opérationnelle de captage et stockage du carbone

[2États-Unis, Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède, Royaume-Uni, et les pays qui ont voté en faveur de politiques similaires au sein de la Banque Mondiale, la Banque européenne d’investissement, Banque européenne de reconstruction et de développement.

[3La France pourrait soutenir le secteur du charbon à travers la Banque Asiatique de Développement, la Banque Africaine de Développement et la Banque Inter-Américaine de Développement dont elle est membre.

[4Respectivement par ExIm, l’agence de crédit aux exportations états-unienne et USTDA, l’Agence américaine commerciale et de développement.

[6http://www.coface.fr/Garanties-publiques/Evaluation-environnementale-et-sociale ; garantie de 64 millions d’euros – 2013 – centrale à charbon de Kusile, Afrique du Sud ; garantie de 537 millions d’euros – 2011 - centrale à charbon de Medupi, Afrique du Sud ; garantie de 110 millions d’euros – 2006 – centrale au lignite en Bulgarie

[7Source : Natural Ressource Defense Council, l’agence de crédit aux exportations états-unienne.

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