L’élevage est une activité humaine contraignante. Depuis le début de l’agriculture (il y a environ 10000 ans), l’élevage a fortement contribué à la réduction des forêts comme à l’érosion des terres arables.
Partout où les paysages apparaissent comme une suite ininterrompue de champs de maïs, de soja et de colza, on peut aujourd’hui reconnaître l’empreinte d’une activité autour de laquelle s’orientent toutes les activités agricoles. Ainsi, quand on observe l’évolution de l’agriculture depuis les années 1960, on comprend aussi pourquoi les monocultures remplacent les systèmes de cultures diversifiés : il fallait assurer à l’élevage les apports énergétiques nécessaires, pour ensuite assurer à une partie de la population humaine la satisfaction de ses besoins en protéines.
Cette évolution se décline aussi qualitativement : la sélection de quelques races conjuguée au perfectionnement des techniques de reproduction se fait au détriment de la diversité. Si de nombreuses races locales ont disparu, la base génétique des troupeaux s’est considérablement réduite. Jusqu’à poser des problèmes de consanguinité et de contagion épidémique. On peut illustrer cette tendance avec les bovins : partout dans le monde, la race des Holstein s’est imposée (on parle même d’Holsteinisation des troupeaux).
De l’aveux même du politique français, il est difficile de faire évoluer les pratiques en matière d’élevage. Les crises sanitaires ont rendu les éleveurs particulièrement susceptibles.
Pourtant, de nombreuses initiatives émaillent le territoire. Si une structure de conservation des races locales a vu le jour, de nombreuses actions servent de base à des politiques de développement rural. Dans l’Aubrac, les troupeaux de bovins du même nom, élevés extensivement (les troupeaux paissent une partie de l’année sur les pâturages) sont au centre des stratégies locales : la viande labellisée est vendue jusqu’en Italie, alors que la fromage fabriqué à Laguiole (Aveyron) est de ceux qui prétendent à l’indication géographique A.O.C. (Appellation d’Origine Contrôlée). Dans les Pyrénées (Pyrénées-Orientales et Béarn), des mesures de type agri-environnementales ont été prises par des éleveurs de caprins. Des groupements pastoraux ont été aidés pour sécuriser les pâturages dans les estives (chiens Patous, clôtures électrifiées, héliportage, télécommunications mobiles) dans l’objectif de favoriser la réintroduction des ours dans des montagnes où on n’identifiait en 1991 que deux foyers.
La Politique Agricole Commune est l’outil qui peut orienter l’élevage en direction d’un gestion équilibrée des ressources environnementales. Le rapport présenté en juillet 2002 par le Commissaire Européen à l’agriculture ouvre le débat entre les partisans d’une PAC soutenant la productivité et les partisans d’une démarche plus libérale (moins de soutiens). Entre les deux, personne ne s’est encore positionné pour un instrument agricole privilégiant des mesures de développement rural prenant en compte la multifonctionnalité (les fonctions sont culturelles, sociales, environnementales et productives) de l’agriculture. En effet, réduire l’agriculture a sa seule fonction de production est aussi privilégier les secteurs subventionnés alors qu’ils concurrencent les pays du sud jusque dans leurs marchés intérieurs. Et obèrent, la sécurité alimentaire des plus démunis.
Dans le domaine agricole, la France a mis au point une démarche intéressante : Les Contrats Territoriaux d’Exploitations. Négociés entre l’agriculteur et la chambre d’agriculture, ils valorisent les fonctions environnementales (entretien des paysages, biodiversité) et sociales (maintient de la population) de l’agriculture en milieu rural. Et sont en outre adaptées à l’élevage extensif.




