Quand le gouvernement prône la réparabilité, Amazon détruit ses produits

Montreuil le 2 juillet 2018 - Alors que demain la Secrétaire d’Etat Brune Poirson fera la promotion d’un indice de réparabilité sur les produits à l’occasion d’une visite chez le groupe Fnac Darty, un nouveau scandale révèle que le géant de la vente en ligne Amazon pratique la destruction massive des biens qui lui sont retournés. Les Amis de la Terre dénoncent des pratiques du e-commerce incompatibles avec les engagements environnementaux du Gouvernement.

Des journaux allemands ont révélé la destruction par Amazon de quantités industrielles de biens retournés par les clients, la plupart en parfait état de marche ou avec de légers défauts[1]. Cette solution serait plus économique pour la multinationale, et lui permettrait de réduire encore son imposition[2].

Symptomatique de l’absence de réelle volonté politique pour affronter ces enjeux, cette pratique n’est toujours pas illégale dans l’Union européenne. La vente en ligne bénéficie en outre d’un régime européen plus laxiste, qui pourrait lui éviter d’avoir à afficher l’indice de réparabilité annoncé dans la Feuille de route économie circulaire.

Au delà de cet indice, le Gouvernement français a renvoyé la responsabilité d’un encadrement contraignant des pratiques des fabricants et des distributeurs à Bruxelles [3]. Or l’Union européenne continue de faire primer le commerce sur l’épuisement des ressources avec un projet de Directive sur les ventes particulièrement régressif : il prévoit ainsi un plafonnement de la garantie à deux ans dans toute l’Europe, aucune obligation de privilégier la réparation sous garantie, pas de durée minimale de disponibilité des pièces[4]. La France a pourtant encore le pouvoir d’avancer seule sur ces questions.

Alors qu’il ne reste que 10 à 60 ans de réserves pour de nombreux métaux stratégiques, le développement rapide du e-commerce menace de détruire le peu qui a été accompli ces dernières années pour allonger la durée de vie des produits et préserver les ressources. Amazon est désormais le premier distributeur en Allemagne et le second distributeur de produits électroniques en France[5]. Le non respect de la législation lui permet de casser les prix du neuf, une équation économique très défavorable à la réparation. Contrairement à un distributeur comme Darty, Amazon ou CDiscount ne fournissent pas de service de réparation en France et ne respectent pas la garantie légale.

Les Amis de la Terre s’apprêtent à saisir la Direction Générale de la Concurrence de la Consommation et de la Répression des Fraudes pour des infractions commises par les distributeurs en ligne et demandent au Gouvernement d’imposer la réparation et la non destruction des biens par la vente en ligne lors de la transcription législative de la Feuille de route en 2019.

[1] ZDF - Frontal 21, 12 juin 2018, Amazon destroys massive quantities of returned and as-new goods

[2] La tribune, 5 février 2018, Redressement fiscal : Amazon a conclu un accord (secret) avec le fisc français

[3] Ministère de la transition écologique et solidaire, 2 mai 2018, Feuille de route économie circulaire (FREC)

[4] Les Amis de la Terre - France, La proposition de Directive « Ventes en ligne » : ou comment l’achèvement du marché unique en Europe prime toujours sur l’épuisement des ressources naturelles

[5] LSA, 2 mars 2017,Combien gagne vraiment Amazon en France ?

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Contact Presse : Alma Dufour, chargée de campagne Extraction et surconsommation, alma.dufour@amisdelaterre.org ; 09 72 43 92 57

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