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Quand le lobby des pesticides empêche la commercialisation de produits naturels

Insecticides naturels ou fertilisants bio s’échangent sans problème ailleurs en Europe. Pas en France. Se procurer de tels produits pour entretenir son potager ou protéger son champ y est puni par la loi.

« Préparations naturelles peu préoccupantes » ? Ce terme aussi connu sous le sigle « PNPP », est issu de la Loi sur l’eau et désigne des préparations utilisées pour renforcer la capacité des plantes prenant la forme d’extrait fermenté, de décoction ou de macération à base de composants naturels comme l’ortie, la fougère ou le vinaigre blanc. Le purin d’ortie en est devenu l’emblème quand, fin 2005, la loi d’orientation agricole contraint ces produits à subir les mêmes tests, contrôles et procédures que les produits « phytopharmaceutiques » en vue d’obtenir une autorisation de mise sur le marché national.
En 2006, la mobilisation des associations permet d’amender la loi. Les préparations naturelles pourront bénéficier d’une procédure simplifiée. Mais le décret du ministère de l’Agriculture publié en juin 2009 continue d’exiger l’inscription sur la liste européenne des produits « phytopharmaceutiques  » or les études exigées avant la commercialisation sont trop coûteuses pour des agriculteurs indépendants.

L’exception française

Première consommatrice de pesticides en Europe, la France continue de barrer la route aux PNPP. D’autres pays européens, soumis aux mêmes directives et règlements, reconnaissent et classent ces préparations dans une catégorie à part. En Allemagne par exemple, les substances de base acceptées par le règlement européen bio n’ont pas besoin d’être inscrites. Plus de 400 préparations sont ainsi commercialisées dans ce pays. « En Espagne, il suffit de vérifier que les préparations naturelles sont peu toxiques et efficaces et l’on peut faire l’inscription à peu de frais. Nous réclamons une réglementation qui soit également logique en France » explique Jean Sabench le porte-parole de la commission Pesticide de la Confédération Paysanne.

Désobéissance civile

Producteur de fruits bio dans la Loire, Jean-Luc Juthier assure ne pas pouvoir vivre de son travail sans ces produits-là. « En agriculture biologique, on connait certaines impasses techniques avec le puceron ou le ver de la cerise par exemple. Nous avons donc décidé de continuer à utiliser ces préparations dans la transparence avec les services de l’État et nos organismes certificateurs. C’est en quelque sorte de la désobéissance civile. » Une situation difficilement tenable sur le long terme.
« Il y a eu un contrôle chez un revendeur d’huile de neem (utilisée comme insecticide bio), commente Guy Kastler de l’Association pour la promotion des produits naturels peu préoccupants. L’administration lui a demandé de le détruire comme un déchet industriel toxique alors que depuis des siècles les populations indiennes utilisent les graines et les feuilles de cet arbre comme cosmétique ou vermifuge pour les enfants. » Le 3 avril 2010 à Saint-Chamond (Loire), des agriculteurs, jardiniers, élus et consommateurs ont décidé de poser le problème sur la place publique en épandant symboliquement de l’huile de neem sur les plantes. Les associations, syndicats et collectivités locales mobilisées demandent l’adoption en France d’un amendement à la loi « Grenelle 2 » affirmant que les préparations naturelles peu préoccupantes ne sont pas des pesticides et permettant leur commercialisation et leur utilisation effectives.

> SOPHIE CHAPELLE


Cet article est extrait du site Basta !, agence d’informations sur les mouvements sociaux et environnementaux. Retrouvez l’intégralité sur http://www.bastamag.net

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