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Quand les institutions financières internationales vont au charbon

L’exploitation du charbon a des conséquences sociales et environnementales destructrices. Et pourtant, ce ne sont pas que les entreprises, au nom du capitalisme et de la rentabilité économique, qui sont seules responsables. Des organismes financiers contribuent au bourgeonnement des centrales, en Europe et ailleurs. La Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), supposément chargées de « mettre en œuvre la politique de l’Union européenne » pour la première et de « promouvoir un développement durable et respectueux de l’environnement » pour la seconde, en font partie.

Les financements des banques multilatérales au charbon

Puisqu’elles disent s’employer à la mise en œuvre de la politique de l’Union européenne et à la sauvegarde de l’environnement, alors en toute logique les banques multilatérales s’évertuent à cantonner l’augmentation de la température du globe au maximum de 2 °C par rapport à l’ère industrielle en supportant solidement la Commission et son objectif d’une quasi-décarbonisation de l’Europe… Mais la logique est contredite dans les faits : malgré leurs objectifs annoncés, les grandes banques multilatérales continuent à supporter solidement l’industrie du charbon.

BEI [1] BERD [2] Banque mondiale [3]
Energies fossiles 1/3 de ses prêts au secteur de l’énergie (soient 19 milliards d’euros) entre 2007 et 2011 48% de ses investissements dans l’énergie entre 2006 et 2011 6,6 milliards de dollars en 2010
Dont le charbon 2 milliards d’euros (2007-2011) Augmentation de 60 à 262 millions d’euros par an entre 2006 et 2011 4,4 milliards de dollars en 2010. En 2012, elle finançait 29 projets en cours à hauteur de 5,3 milliards de dollars

En Europe, depuis 2007, la BEI a financé 9 centrales à charbon (Allemagne, Grèce, Italie, Slovénie, Pologne et Roumanie), compromettant les efforts de l’UE en matière de lutte contre les changements climatiques. Pour exemple, la centrale de Sostanj, en Slovénie, financée à 100 % conjointement par la BERD et la BEI, ruine à elle seule toute possibilité pour le pays d’atteindre ses objectifs de réduction des émissions.

Financer le charbon, est-ce bien nécessaire ?

Lorsque les banques multilatérales soutiennent l’économie du charbon, c’est autant de fonds publics qui ne sont pas affectés à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables. Pourtant, ces dernières ont besoin de tout le support public puisque, les coûts d’investissements initiaux étant élevés. Soutenir le charbon parce que son prix est encore relativement bas (mais tendra à remonter avec l’épuisement des ressources) est un mauvais calcul pour l’environnement et pour l’économie. Le charbon n’a pas besoin du même « coup de pouce » que l’économie plus jeune des énergies renouvelables. Pis encore, ces banques multilatérales ne sont-elles pas censées n’opérer qu’au nom du « principe d’additionnalité », à savoir pour des projets justifiables en termes de contribution au développement mais qui n’auraient pas pu exister sans leur support ? En finançant de tels projets, les institutions publiques contribuent à engluer les pays dans des trajectoires de forte dépendance aux énergies fossiles. Une centrale de construite, et c’est le verrouillage de la production énergétique pour les 40 à 60 années de sa durée de vie, excluant l’émergence d’énergies renouvelables.

Réorienter les fonds

Le financement du charbon par les institutions financières internationales ne fait plus l’unanimité parmi les décideurs politiques. Des institutions telles que l’OCDE, le PNUD, l’OIT , l’ONU appellent à la fin des subventions. En 2011, le Parlement européen a directement appelé la BEI à supprimer tout financement aux centrales à charbon [4]. La Commissaire européenne pour l’action climatique, Connie Hedegaard a récemment renchérit en demandant la fin des subventions fossiles de la part de la BEI et de la BERD , tandis que la Chef climat des Nations Unies a déclaré que le financement du charbon par la Banque mondiale ne se justifiait plus .

L’arrêt de ces financements inutiles et climaticides est d’autant plus crucial que les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique ont drastiquement diminué : entre 2012 et 2013, la diminution est de l’ordre de 22 %. Alors que la BEI et la BERD s’apprêtent à réviser leurs politiques énergétiques, l’abandon des financements fossiles et la réorientation des fonds en faveur de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables s’impose. La France n’est pas exempte de responsabilité dans cette prise de décision. Elle dispose d’un siège d’administrateur permanent au sein des trois institutions. Elle fait partie des 4 actionnaires majoritaires de la BEI et des plus gros actionnaires de la BERD : son poids politique est donc considérable. Cependant, alors que l’AFD vient de décider d’arrêter tout financement au charbon, après les déclarations abondant en ce sens de François Hollande et du ministre du Développement Pascal Canfin, rien ne laisse à présager que le ministère de l’Economie et des Finances aille dans la même direction avec ses administrateurs des banques publiques. Pourtant, par souci de cohérence, il serait primordial que les administrateurs français s’alignent sur l’infléchissement de l’AFD et que le gouvernement s’engage à mettre en cohérence sa politique lors de la loi sur la transition énergétique.

Notes

[3Source : World Resources Institute, Working Paper November 2012, disponible sur : http://pdf.wri.org/global_coal_risk_assessment.pdf et le rapport Bankrolling Climate Change (Financer le changement climatique), Décembre 2011, disponible sur : http://www.banktrack.org/download/bankrolling_climate_change/climatekillerbanks_final_0.pdf

[4Résolution du Parlement européen du 7 avril 2011 sur le Rapport annuel de la Banque Européenne d’Investissement, : « Le Parlement européen […] demande à la BEI de mettre ses opérations en conformité totale avec l’objectif de l’Union d’une rapide transition vers une économie à faible intensité de carbone et d’adopter un plan pour éliminer progressivement les prêts associés aux combustibles fossiles, y compris ses prêts en faveur des centrales électriques au charbon, et redoubler d’efforts afin d’intensifier le transfert de technologies relatives aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique »

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