Dans ce cadre, les lois SRU (Solidarités et Renouvellement Urbains) obligent les communes à se structurer, notamment par la mise en place des SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale) et des PLU (Plan Locaux d’Urbanisme). Selon les lieux, ces regroupements de communes se désignent comme communauté d’agglomération, communauté de communes ou pays. Ainsi, on assiste en Midi-Pyrénées à la formation de 32 pays, 6 communautés d’agglomération, 6 Parcs naturels régionaux, 11 pôles touristiques. Ces regroupements peuvent dépasser les limites administratives départementales ou régionales. Les personnes représentées dans ces structures sont désignées au niveau des trois secteurs définis au premier paragraphe.
En Midi-Pyrénées, les Amis de la Terre participent au Conseil de Développement du Grand Toulouse. Celui-ci se compose de 65 membres (je tiens à disposition de ceux que cela intéresse les secteurs représentés et les noms des représentants). Pour fonctionner il s’est doté d’un bureau et d’un Président : M. Guy Hersant. Il s’est organisé en 4 groupes de travail :
GT1 « Intégration des populations et droit à la ville pour tous ». Pdt D. Lelerc (Groupe départemental HLM).
GT2 « Sécurité des populations et santé publique ». Pdt G. Benayoun (UNAPL Union Nationale des Associations des Professions Libérales).
GT3 « Développement durable et valorisation des ressources ». Pdte A. François-Cuxac.
GT4 « Fonctions métropolitaines, complémentarités et réseaux urbains ». Pdt R. Garrigou (MEDEF).
Pour représenter les ATMP dans tous ces groupes de travail, 2 personnes : moi-même et A. Ciekanski. Vu le nombre élevé de réunions (une à deux par mois), j’ai essayé au maximum de suivre les travaux du GT3 et du GT4.
Pour réaliser cela le Conseil de Développement ne part pas de rien. Il se base sur les projets contenus dans le SDAU (Schéma Directeur d’Aménagement Urbain), lui-même ayant évolué en SCOT pour l’agglomération toulousaine.
Quels objectifs affichés ? Pour des « territoires durables », concilier 3 dimensions fondamentales : la croissance économique, la protection environnementale, l’équité sociale.
Le développement durable ?
Une certitude, l’évolution du vocabulaire. Le mot « développement durable » a perdu tout son sens initial. Le « developpement soutenable » (sustainable developpement en englais) est passé à la trappe. Il s’agit simplement pour le Conseil de Développement de reprendre par le biais de ses groupes de travail les différents travaux déjà réalisé par les services de l’AUAT (Agence d’Urbanisme de l’Agglomération Toulousaine) et/ou le SMEAT (Syndicat Mixte d’Etudes pour Entreprendre et Mettre en Œuvre la Révision du Schéma de Cohérence Territoriale de l’Agglomération Toulousaine). Il s’agit pour ces décideurs d’apporter des « conseils » pour que ce développement se réalise dans de bonnes conditions.
On peut considérer l’exemple du développement de l’industrie aéronautique dans l’agglomération toulousaine. Les décideurs savent pertinemment que celle-ci fonctionne de façon cyclique et se trouve régulièrement en crise. Nous pouvons citer les exemples historiques d’un point de vue économique du Concorde, des chocs pétroliers et de leurs impacts sur le trafic aérien et plus récemment de la crise (économique et pétrolière) qui touche le milieu aérien. Mais tous les décideurs, du national au local et du secteur public au secteur privé, ont décidé que le « Grand Toulouse » serait la capitale européenne de l’aéronautique. Et tous les moyens sont bons pour arriver à ces fins. Nous l’avons vécu de façon violente avec la venue de l’usine de l’A380 et de l’itinéraire à grand gabarit. Nous allons continuer de le vivre avec l’augmentation du trafic aérien toulousain, des vols d’essais des Airbus auxquels vont bientôt s’ajouter ceux de l’A400M (avion militaire européen).
On voit là comment le mot « durable » est compris par ces décideurs ! Si on revenait au contraire à la notion initiale de « soutenable », nous pourrions nous demander :
est-il soutenable économiquement de baser l’économie d’une région sur une mono-industrie ?
est-il socialement réaliste d’organiser une société autour de cette mono-industrie et cela ne risque t’il pas de déboucher à terme sur une crise du même type qu’ont connu les régions du Nord de la France (fermeture des aciéries, etc.) ?
est-il viable pour l’environnement de continuer à développer une industrie aéronautique autour du pôle urbain toulousain augmentant sans cesse les nuisances sonores et détériorant la qualité de l’air ?
Face à ce choix, j’ai osé émettre l’idée que nous pourrions utiliser les compétences régionales pour développer des industries proches du secteur aéronautique, comme la construction d’éoliennes. Mais là, j’ai bien senti que les enjeux et les intérêts économiques n’étaient pas les mêmes !
La complémentarité des réseaux urbains ?
Rien de neuf dans ce domaine, les anciens concepts sont repris. Il s’agit de « désenclaver » Toulouse (vieux refrain !) par des autoroutes de contournement. Le « durable », ce n’est pas d’imaginer une alternative à tous les camions qui vont finir par converger sur l’agglomération, mais se savoir comment nous pourrons « gérer » durablement ce trafic. Pour cela, outre le plan déjà prévu, il faut relancer un grand programme routier au niveau de l’agglomération toulousaine. Pour les autres modes de transport, le Conseil de Développement prend acte du PDU et de sa révision, mais ne va pas plus loin dans la réflexion sur les échanges au niveau de l’agglomération.
En conclusion, le Conseil de Développement est un vaste machin qui ne sert qu’à justifier les politiques menées jusqu’ici au niveau de l’agglomération. Dernière illustration de cela, le projet de « Cancéropôle » sur l’agglomération. Le Conseil de Développement voit là une opportunité pour faire émerger de nouvelles biotechnologies : « développement durable » de médicaments ou de vaccins à venir, plus des brevets, etc. bref une affaire qui tourne ! De notre côté, nous luttons pour essayer de promouvoir une société qui génère de moins en moins de cancer : des villes moins polluées, une agriculture soucieuse de l’environnement, une civilisation qui maîtrise ses déchets, etc. Bref, un développement soutenable pour la planète et pour l’homme ! Nous sommes donc partis pour nous opposer durablement !
Joël Crémoux, novembre 2004