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Qui se cache derrière REDD ?

Hannah Mowat, chargée de campagne Compensation carbone et biodiversité pour FERN, a répondu à nos questions sur les acteurs-clés du mécanisme REDD.

Peux-tu nous expliquer pourquoi il n’est pas possible scientifiquement de planter des arbres ou de protéger des forêts pour compenser nos émissions de carbone ?

Pour croître, un arbre absorbe du dioxyde de carbone (CO2) et le transforme en molécules organiques – c’est la photosynthèse.
La compensation carbone forestière détourne ce principe en prétendant qu’il est possible de compenser l’émission de CO2 fossile dans l’atmosphère par ce phénomène. Un mensonge pour plusieurs raisons…
D’abord, il n’y a pas assez d’arbres sur terre, ni de place pour en planter, pour absorber tout le carbone fossile encore sous terre1. Ensuite, les promoteurs de cette compensation expliquent qu’il faut 100 ans pour absorber une unité de CO2. Or, la science a montré qu’après 100 ans, une grande partie de ce CO2 ne pouvait pas être absorbé par la végétation car ce phénomène est en équilibre dynamique avec la dissolution du carbone des sédiments des océans... qui prend entre 5000 et 10 000 ans. Enfin, et c’est sans doute l’argument le plus important, le stockage de carbone dans un arbre n’est que temporaire : lors des sécheresses, ou pire d’incendies, les arbres libèrent ce carbone dans l’atmosphère. Or, si nous ne ralentissons pas les changements climatiques (en arrêtant de brûler du pétrole ou du charbon, la fréquence de ces incendies ne fera qu’augmenter). Ces arguments sont développés dans notre nouveau rapport (2).

Qui fait la promotion de ce type de compensation et pourquoi ?

La compensation carbone est un élément central de l’ « économie verte ». Il est facile de comprendre pourquoi les entreprises aiment la compensation : le mécanisme est bien pratique pour elles ! Il leur permet de continuer à polluer sans ruiner leur image. Alors que les opinions publiques sont de plus en plus sensibilisées aux changements climatiques, il est mal vu de polluer « sans modération ». Avec la compensation, on crée une sorte de « droit de polluer » : il est possible de continuer à polluer tant que l’on plante des arbres. C’est pour cela que la compensation carbone est aussi dangereuse : il faut bien sûr protéger les forêts mais aussi arrêter de brûler des énergies fossiles, et non pas choisir entre l’un ou l’autre.
Certains gouvernements (surtout l’Union européenne, la Norvège, la Suisse et les Etats Unis) sont favorables à la compensation parce que c’est une politique climatique pragmatique, bon marché, soutenue par les entreprises et donc plus facile à faire accepter. La compensation ne remet pas en cause le système, ni le mode de vie de leurs électeurs, contrairement à ce qu’il conviendrait de mettre en place : un changement radical.

Qu’en est-il des associations ?

Les grandes associations de conservation comme Conservation International ou le WWF International soutiennent la compensation carbone forestière car c’est une source de revenu pour financer leurs actions. Mais, c’est une stratégie de court terme car avec les changements climatiques, les grandes forêts tropicales, telles que nous les connaissons, disparaîtront. Pour sauver les forêts, il faut réduire la consommation de carbone fossile, et non pas faire la promotion de solutions qui permettent de la poursuivre.

Enfin, certaines associations de solidarité internationale considèrent que la compensation carbone peut-être une source potentielle de revenus pour les communautés des pays en voie de développement. L’argent créé par des projets de compensation serait censé apporter des améliorations durables de la qualité de vie. Mais très peu d’argent arrive en réalité aux communautés – comme le montre notre étude de cas au Mozambique (3) – et surtout ces financements impliquent des restrictions de droits comme l’interdiction de cultiver les terres ou de récolter du bois énergie. Quel est la position de l’Union européenne, où en est le sujet dans le cadre des négociations sur le climat ? Quel est l’enjeu pour la COP 2015 ?

L’Union européenne est l’un des premiers promoteurs des mécanismes de marché et de compensation. A Varsovie, l’Europe a soutenu, heureusement sans succès, le Framework for Various Approches dont l’objectif est de créer des passerelles entre les initiatives de compensation volontaires et les obligations réglementaires des entreprises. C’est un enjeu-clé pour la conférence de Paris en 2015.

> PROPOS RECUEILLIS PAR SYLVAIN ANGERAND


Cet article est issu de La Baleine 175 - Carbone contre nourriture

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