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Qui sème les voitures, récolte la tempête !

Par Groupe local des Landes

BORDEAUX - PAU
Contribution au débat (1998)
Le tunnel du Somport vient d’être ouvert après des années de luttes. Il est temps, de se poser des questions sur l’utilité d’une voie rapide Bordeaux-Pau, avant que la vallée d’Aspe ne soit submergée de camions... Cet argumentaire se base sur la réalité locale mais de nombreuses remarques sont d’ordre général.

L’autoroute : qui en profite ? Qui la subit ?

L’autoroute est exclusivement faite pour le transit longue distance et pour desservir les pôles économiques. Entre deux grandes villes, il y a très peu d’échangeurs. C’est un handicap majeur pour les régions traversées, qui ne profitent pas de l’autoroute mais par contre, en subissent tous les inconvénients. Car l’autoroute est une structure très traumatisante pour les milieux naturel et social traversés. Ce n’est pas un dédoublement de la voie existante comme entre Dax et Mont-de-Marsan. C’est un axe nouveau, construit à travers champs, forêts... C’est une barrière infranchissable qui coupe en deux les communes, les bassins de vie, les liens sociaux... En fait, si l’autoroute rapproche les gens éloignés, elle éloigne les gens proches. Faire passer une autoroute, dans une région à l’habitat dispersé et aux liens sociaux fragiles, comme la Lande, c’est lâcher un éléphant dans un magasin de porcelaine ! Bonjour les dégâts !

L’autoroute renforce les forts et affaiblit les faibles !

Contrairement aux promesses du "désenclavement", une autoroute ne fait que renforcer les tendances économiques. Les régions fortes se renforcent au détriment des régions faibles, qui voient leurs activités aspirées vers les métropoles... Les partisans de cette autoroute, sont pour une fois honnêtes, lorsqu’ils nomment cet axe. Il s’agit bien de l’autoroute Bordeaux-Pau et c’est effectivement dans le seul intérêt de ces deux villes, qu’elle est construite ! Un exemple : que deviendra Aire sur Adour, lorsque l’autoroute la mettra à 20 minutes de Pau ? Les Aturins n’iront-ils pas faire plus souvent leurs achats à Pau, en délaissant les commerçants locaux ? Les ingénieurs du CNES feront-ils encore construire à Aire ou n’iront-ils pas plutôt habiter à Pau, ville universitaire et culturelle ? Où sont les études qui annoncent monts et merveilles grâce à l’autoroute ? Les Amis de la Terre ont posé ces questions et attendent toujours les réponses...

Bordeaux-Pau : folie des grandeurs ?

Les techniciens établissent le seuil de rentabilité d’une autoroute à 17 000 véhicules/jour. Pour comparaison, on parle de 20 000 pour la N 10, de 13 000 pour Dax-Mont de Marsan et de plus de 10 000 entre Mont de Marsan et Orthez. Entre Aire et Langon, on en est très loin. Le chiffre officiel est d’à peine 5000 véhicules/jour ! Lorsqu’il y aura une autoroute payante, parrallèle à l’axe existant, combien de véhicules prendront réellement l’autoroute ? Beaucoup moins ! Toute personne qui a utilisé la N 10 au nord de Bordeaux, a vu les colonnes de camions qui y circulent, pour éviter de payer le péage... Beaucoup de conducteurs préfèreront se déplacer sur la route actuelle sans payer... Alors, on va faire une autoroute pour 2000 ou 3000 véhicules/jour ?

Quel responsable sérieux, peut-il justifier ce gaspillage d’argent public et infliger inutilement de telles nuisances aux populations locales ?

Attention aux fausses "bonnes solutions" de rechange !

Avant toute chose, les Amis de la Terre tiennent à préciser qu’ils ne sont pas opposés par principe au dédoublement d’une route. Entre Mont-de-Marsan et Dax, il fallait prendre des mesures. Avec l’augmentation du trafic, en particulier des camions, les conditions de sécurité n’étaient plus garanties pour les usagers et la qualité de vie des habitants dans les communes traversées était fortement dégradée. Avec la 4 voies actuelle, la sécurité des usagers est satisfaisante. Les communes peuvent à nouveau respirer. Personne ne s’est d’ailleurs opposé à ce projet.

Aire-Langon en 4 voies. Est-ce nécessaire ?

Dans le cas de ce tronçon qui est la partie qui nous concerne le plus directement, il en va tout autrement. Le trafic atteint à peine les 5000 véhicules/jour ! Si on estime qu’une route qui voit passer 5000 véhicules/jour, doit être dédoublée, combien de routes faudra-t-il dédoubler pour la seule Aquitaine ? Combien de milliers de kilomètres de 4 voies faudra-t-il construire ? Ce n’est pas sérieux !

Une 4 voies mais aux normes... autoroutières !

Les 4 voies sont construites par dédoublement de la voie existante. C’est une différence majeure avec une autoroute ! Mais attention, une 4 voies n’est pas, non plus, une infrastructure légère. Là aussi, les conséquences pour l’environnement et le tissu social traversés, ne sont pas anodines. Surtout que lorsqu’on parle de 4 voies, il faut être clair. On ne va pas reproduire les erreurs de la Nationale 10. Il y a eu tellement d’accidents qu’aujourd’hui on la transforme en autoroute. Une 4 voies entre Langon et Pau, sera une 4 voies aux normes autoroutières ! A part le fait d’être construite sur l’axe existant et d’être gratuite, ça ressemblera quand même sacrément à une autoroute !

4 voies, c’est trop !

La Lande est une région d’habitat peu dense, avec de petits centres bourgs, des "quartiers" dispersés et des fermes isolées. Les relations sociales sont fragiles Une 4 voies aux normes autoroutières sera une barrière infranchissable qui coupera, comme une autoroute, communes, domaines forestiers, territoires de chasse. Et contrairement à l’axe Dax-Mont de Marsan qui a une population relativement dense, il ne faut pas croire qu’il y aura, entre Aire et Langon, des échangeurs tous les 5 km ! Il faudra tout le long du trajet et de chaque côté, faire deux voies parallèles entre deux échangeurs. Aujourd’hui, deux voisins qui sont à 500 m, de part et d’autre de la route, devront, lorsqu’il y aura une 4 voies, parcourir 10, 15 ou 20 km pour se rencontrer ! Les mobilettes et les tracteurs seront interdits. Un paysan devra faire des kilomètres pour atteindre son champ ! De plus, avec une 4 voies gratuite, on risque même de voir encore plus de camions qu’avec une 4 voies concédée et payante... Non décidément, les inconvénients sont trop importants dans les deux cas (autoroute ou 2 x 2 voies) vu la faiblesse du trafic ! Alors pourquoi vouloir imposer à la population un tel projet, quand le trafic très moyen ne l’impose pas ? Ne serait-il pas préférable de choisir une solution intermédiaire, respectueuse des habitants des zones traversées et améliorant sensiblement les conditions d’utilisation de cet axe ?

2 voies+1 : une solution adaptée !

En traversant la France en diagonale, on emprunte des nationales qui contournent les agglomérations ; les accès sont aménagés avec une voie d’accélération ; il y a de nombreux échangeurs. Pour faciliter les dépassements, ces routes sont en 2 voies+1( rien à voir avec les dangereuses 3 voies d’autre-fois ! Il s’agit ici de deux voies séparées de la troisième par une ligne continue). Les conditions de sécurité sont tout à fait satisfaisantes et on se déplace à une vitesse correcte. Ce type d’infrastructure est tout indiqué pour le tronçon Langon-Aire. Les conséquences pour l’environnement naturel et social sont beaucoup moins traumatisantes que celles d’une 4 voies. De plus c’est une solution très respectueuse... du contribuable.

ALORS, OUI A UNE 2 VOIES + 1. ET LES MARCHANDISES SUR LE RAIL !

Les automobilistes se plaignent des camions toujours plus nombreux qui encombrent les routes. Le réseau routier français est largement suffisant et performant pour absorber le trafic voitures, en toute sécurité. Le sentiment d’insécurité, les encombrements sont dus au nombre excessif de camions. Si le camion est irremplaçable pour la desserte locale, il est aberrant de les voir, en colonnes, parcourir l’Europe dans tous les sens. Il faut mettre sur le rail une bonne partie du fret. Au lieu de construire toujours plus de couloirs à camions, les moyens financiers doivent prioritairement aller vers le rail. Tout le monde est d’accord, mais en attendant, l’argent nécessaire est englouti dans le bitume...

Le rail, c’est vraiment trop cher ?

Tout dépend comment on fait les comptes ! Donnons aux routiers un statut comparable à celui des agents SNCF et arrêtons le dumping social ! Un chauffeur routier a aussi de lourdes responsabilités. S’ils sont bien payés, ils n’auront plus besoin de faire des heures supplémentaires ou bien de foncer après le rendement horaire. La présence croissante des camions est la cause de l’inflation de travaux routiers, qui engloutissent une bonne partie des budgets départementaux, régionaux et nationaux... La dégradation des conditions de vie de centaines de milliers de personnes, les problèmes de santé et les centaines de morts liés à la pollution, les accidents, le saccage de régions entières, la dévaluation du patrimoine foncier ou immobilier de dizaines de milliers de Français, rien de tout cela n’est pris en compte dans le prix du transport routier ! C’est le contribuable qui paye une facture réelle qui dépasse largement les impôts sur les carburants, qui sont toujours mis en avant par le lobby routier !

Pau-Canfranc : autoroute ou rail ?

Dans la région, on entend toujours parler de la réouverture de la ligne Pau-Canfranc. Pour l’instant les seuls travaux effectués dans la vallée d’Aspe sont destinés à élargir... la route. D’ailleurs certains empiètent même sur l’emprise de la voie ferrée... Il sera dur de faire passer des trains sur la route ou des voitures sur les rails... Si on amène les camions par autoroute (ou 4 voies gratuite) jusqu’à Pau, il faudra bien qu’ils passent quelque part, pour continuer vers l’Espagne. Bientôt, on nous expliquera que la route entre Pau et Oloron est saturée et que c’est pire entre Oloron et le Somport...

L’autouroute (ou la 4 voies) Bordeaux-Pau, c’est le premier pas vers la "voie rapide" Bordeaux-Saragosse ! D’un côté, on nous rassure, en nous faisant miroiter une liaison ferrée Pau-Canfranc, de l’autre on fait exactement l’inverse... Nos élus seraient-ils capables de double langage ?

Le tourisme des haricots verts

A propos d’élus, un parlementaire landais expliquait très sérieusement, il y a quelques années, pourquoi il était favorable au tunnel du Somport. "Les Anglais ont construit des conserveries en Catalogne pour mettre en boite des légumes achetés sur place. Comme les contrats ont été rompus, ils viennent acheter leurs haricots verts, dans le nord des Landes. Par contre, ils les mettent toujours en conserve en Catalogne. Une fois mis en boite, les haricots repartent vers l’Angleterre. Une voie rapide par la vallée d’Aspe, pour aller et venir à travers les Pyrénées, est une nécessité économique."

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Vallée d’Aspe
Cabane de berger, au milieu du territoire des ours...

Gaspillage énergétique (avec la même quantité d’énergie, le rail transporte 100 t, la route 30 t !), saccage de la vallée d’Aspe et de l’environnement, détérioration du cadre et de la qualité de la vie de milliers de personnes, tout était froidement justifié par la "logique" économique. D’un côté, il y a la seule chose qui compte : l’argent. De l’autre, il n’y a que des choses sans valeur : la santé des habitants, la beauté d’une région, la qualité de l’air et de l’eau, le calme et le confort, le patrimoine naturel, le futur de nos gosses...

Transports et délocalisation

Tant que le coût humain, social et écologique ne sera pas pris en compte, le transport se développera toujours et encore plus ! On verra de plus en plus de camions faire faire du tourisme aux haricots verts, aux voitures neuves, aux pièces détachées, aux usines... Car c’est grâce au dumping social et écologique dans les transports, que les délocalisations d’entreprises sont possibles, entrainant licenciments, chômage, etc... Les citoyens, contribuables, salariés que nous sommes, doivent inverser les priorités !

Qui sème les voitures, récolte la tempête !

Catastrophes climatiques à répétition

Tout d’un coup, la tempête et les quelques sages remarques sur l’effet de serre sont oubliées ! Le futile reprend ses droits sur l’utile... Et pourtant... Après les inondations de l’Aude et deux tempêtes "exceptionnelles", la France est meurtrie. Mais on peut s’estimer heureux face aux cataclysmes qui ont rayé de la carte une partie de l’Inde, du Vénézuela, ou du Mozambique ! Pas un mois ne se passe sans une catastrophe climatique. Les climats changent... plus vite que nos fausses certitudes ! Pour se protéger contre les prochaines tempêtes et ne pas aggraver la situation climatique, c’est toute l’organisation de nos sociétés qui est à revoir. Nos responsables en ont-ils conscience et la volonté.. ?

Effet de Serre

La Terre est enveloppée d’une couche de gaz qui joue le rôle de la bâche plastique ou de la verrière d’une serre. Les activités humaines produisent des quantités de gaz énormes que les cycles naturels de la planète ne peuvent plus absorber. Le surplus s’accumule dans l’atmosphère et rend notre serre naturelle de plus en plus efficace ! Les températures augmentent, les climats changent. Parmis les activités humaines qui produisent des gaz à effet de serre, les tranports représentent une part de plus en plus importante.

Vive la croissance... des risques !

Aujourd’hui, tout le monde se félicite de la croissance retrouvée. Seuls les écologistes, osent s’attaquer à ce tabou qui signifie avant tout augmentation des gaspillages et des destructions : matières premières, eau, air, forêts, sols, mers, plantes, animaux, humains... Notre systême économique est basé sur l’exploitation illimitée des humains et de la nature. Si, apparemment, les humains peuvent endurer des conditions extrêmes, la nature, elle, semble avoir atteint ses limites. Nous avons trop longtemps vécu à crédit et la tempête n’est peut-être qu’un premier remboursement des intérêts...

Vive la croissance... des inégalités !

Les Amis de la Terre prônent depuis des années la croissance zéro et le "mieux" plutôt que le "toujours plus". Mais s’opposer à la croissance, c’est se priver de rentrées fiscales supplémentaires qui permettent d’atténuer un peu le sort des plus démunis, sans remettre en cause l’ordre établi... Sans croissance, les injustices deviendraient encore plus criantes. Il faudrait alors, en France et dans le monde, répartir équitablement les richesses et remettre en cause le systême économique actuel... Vaste chantier !

Après nous le déluge !

Combien de tempêtes, la France pourra supporter sans voir son activité économique et sa croissance durablement affectées ? Combien de sécheresses, d’inondations, d’ouragans "exceptionnels", l’économie mondiale peut-elle encaisser ? Combien de temps encore, ces responsables hautains croient-ils pouvoir nous expliquer, qu’il faut construire des autoroutes pour les haricots verts ? Les vrais chantiers prioritaires du XXIème siècle ne sont pas ceux qu’ils croient... Ce systême économique détruit les humains et la nature. Il s’avèrera vite être une illusion fragile, face à certaines réalités écologiques et sociales. (voir l’article "Somport : Tout va très bien Madame la banquise !" ]

Les Amis de la Terre oeuvrent pour que nos enfants aient une Terre vivable. Le chemin à suivre ne passe vraiment pas par l’autoroute Bordeaux-Pau !