RWE : quand BNP Paribas bloque la sortie européenne du charbon

L’Union européenne doit sortir du charbon d’ici 2030, mais RWE fait de la résistance. L’entreprise allemande poursuit l’agrandissement de sa mine de lignite de Garzweiler, qui menace de destruction 6 villages dont celui de Keyenberg. Déjà 20 villages et 30 000 vies ont été brisés pour du charbon qui alimente deux des centrales les plus polluantes d’Europe. En soutien à Norbert Winzen et aux 1000 autres habitants du village de Keyenberg, les Amis de la Terre demandent à BNP Paribas de mettre un terme à ses soutiens à RWE, entreprise déjà exclue des investissements d’AXA et de SCOR.

Parmi les entreprises qui bloquent une sortie européenne du charbon d’ici 2030, en accord avec l’Accord de Paris, se trouve RWE, une entreprise que BNP Paribas a financé à hauteur de 536 millions d’euros et dans laquelle elle a investi 213 millions depuis 2016.

RWE a été exclue des soutiens d’AXA, SCOR et d’autres acteurs financiers à plusieurs titres : avec 20 GW de capacité installée et plus de 90 millions de tonnes de charbon produites par an, RWE est le plus gros producteur et opérateur de lignite de l’Union européenne, ce qui fait de lui le plus gros pollueur du continent. L’entreprise figure aussi parmi les 120 entreprises les plus agressives au monde en termes de développement de nouvelles centrales à charbon [1].

En effet, quand Enel et Engie prennent des engagements de sortie du charbon, RWE déclare que “la fin du charbon n’est pas arrivée”[2] et que “s’il y a un désir de sortir rapidement du charbon, nous devons être indemnisés”[3].

Alors certes, comme le rappelait BNP Paribas en Assemblée générale, RWE se positionne en leader européen des énergies renouvelables [4], mais la diminution corollaire de la part du charbon dans son mix électrique n’implique par une diminution de son activité absolue dans le charbon. Au contraire, malgré la pression des ONG, RWE refuse d’abandonner son projet de centrale de lignite BoAPlus et pourrait même acquérir certaines des unités charbon de EnBW, Uniper et Engie.

BNP Paribas répondait aussi que la stratégie de transition énergétique de RWE repose sur la fermeture de centrales à charbon, la conversion de certaines en biomasse et la fermeture de mines de lignite. Quand est-il exactement ? Faisons les comptes [5].

  • RWE prévoit pour l’instant la fermeture de 8 unités de lignite, pour une capacité totale de 2,7 GW.

Concernant les 5 premières, il s’agit de deux unités (P et Q) de la centrale de Frimmersdorf, de deux unités (E et F) de Niederaussem et de l’unité C de Neurath. Toutes ont été construites il y a plus de 45 ans, donc sont déjà en fin de vie. De plus, les centrales alimentées par la mine de Garweiler, Neurath et Niederaussem sont les 2ème et 3ème centrales les plus émettrices de l’Union européenne et causent déjà la mort prématurée de 800 personnes. Si l’Allemagne devait décider d’une date de sortie du charbon, ces unités seraient donc logiquement les premières à fermer.

À noter aussi que ces unités ne seront fermées qu’après 4 ans de mise sous cocon, celle-ci étant prévue entre 2016 et 2019. RWE a réussi à obtenir du gouvernement d’être indemnisée pour ne pas faire tourner ces centrales pendant leur mise en réserve. Autrement dit, RWE va être payée pour ne pas opérer des unités ultra polluantes et inutiles dans un contexte où l’Allemagne exporte déjà 8% de son électricité.

Notons enfin que c’est à l’endroit de la centrale de Niederaussem que RWE prévoit de construire la nouvelle centrale de 1100 MW BoAPlus qui devrait aussi être alimentée au lignite.

Concernant les 3 autres unités, il s’agit de celles de la centrale de Weisweiler que RWE prévoit bien de fermer mais pas avant 2030, et ce uniquement en raison de la fermeture de la mine adjacente d’Inden dont les réserves en charbon seront d’ici là épuisées.

  • Concernant la reconversion en biomasse, il s’agit de la capacité charbon de RWE aux Pays-Bas, une reconversion “forcée” en raison de la volonté du gouvernement néerlandais de sortir du charbon d’ici 2030 – une décision pour laquelle RWE entend d’ailleurs se faire indemniser par le gouvernement.
  • Concernant la fermeture de mines de lignite, RWE n’en ferme que lorsque celles-ci n’ont plus de charbon. Et si RWE prévoit bien de sortir du lignite d’ici 2050, c’est également car les réserves des mines de Garzweiler et de Hambach seront épuisées et non car cela permettra à l’Allemagne d’atteindre ses objectifs de réduction d’émissions.

En réalité, respecter les objectifs de l’Accord de Paris nécessite que l’Allemagne et ses entreprises comme RWE sortent du charbon d’ici 2030, avec la fermeture des centrales les plus sales d’ici 2020. Et si l’Allemagne risque de rater ses objectifs de diminution de ses émissions de 40% d’ici 2020 par rapport à 1990, c’est avant tout car les centrales à charbon continuent de tourner et que les entreprises telles que RWE refusent de les fermer.

En attendant que BNP Paribas fasse elle-même les comptes sur l’impact climat réel de RWE et décide d’exclure les développeurs de charbon de ses soutiens, la mine de Garzweiler se rapproche de plus en plus du village de Keyenberg et de la maison de Norbert dont la vie pourrait connaître le même sort que celui de déjà 30 000 personnes : être brisée pour du charbon pas même nécessaire [6].

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