Assurances françaises, changements climatiques garantis ?

A l’occasion de la conférence des Nations Unies sur le climat à Poznan, les Amis de la Terre France publient aujourd’hui le rapport « Assurances françaises : changements climatiques garantis ? », première étude sur les 15 plus importants assureurs français qui révèle qu’aucun ne dispose d’une politique climatique complète. Ce sont surtout les politiques de gestion d’actifs qui surprennent par leur laxisme en matière climatique et énergétique. La gestion d’actifs des assureurs français génère pourtant des émissions induites de 490 millions de tonnes de CO2, ce qui équivaut à 90 % des émissions totales de la France. Les pouvoirs publics se distinguent également par leur inaction : aucune réglementation ne fait le lien entre climat, énergie et gestion d’actifs. Les investissements climaticides ont-ils encore de beaux jours devant eux ?

Sur la base de leur étude, les Amis de la Terre dressent le constat suivant de l’analyse réalisée sur les 15 compagnies d’assurance suivante : AXA, Generali, Aviva, CNP Assurances, Crédit Agricole-LCL, BNP Paribas, Société Générale, AGF, Groupama-GAN, Crédit Mutuel-CIC, Natixis, La Mondiale, MMA, MACIF, MAIF.

* En tant que secteur économique au poids colossal, impactant à plusieurs titres tous les autres acteurs, les assurances se doivent de relever à leur niveau le défi imposé par l’urgence climatique, un défi qu’elles ignorent largement à ce jour ;

* Aucune des 15 assurances étudiées ne dispose aujourd’hui selon les dix critères analysés d’une politique climatique complète et à la hauteur de l’enjeu. Le plus gros des efforts est encore clairement à fournir ;

* Pris globalement, le secteur de l’assurance témoigne cependant d’une ouverture à l’enjeu climatique nettement supérieure à celle du secteur bancaire. Les Amis de la Terre estiment que des améliorations rapides et significatives sont possibles ;

* Des bonnes pratiques existent pour la majorité des critères, qu’il est donc possible de développer et généraliser. La grande hétérogénéité des résultats des assurances met en évidence que les bonnes pratiques dépendent avant tout de la volonté politique de l’entreprise, qui fait défaut dans de nombreux cas particuliers ;

* Sur les deux secteurs de l’assurance automobile et habitation, de nombreux produits existent déjà mais demeurent trop timides : les assurances doivent proposer des produits beaucoup plus ambitieux. Les bancassureurs (hors Crédit Agricole-LCL) sont nettement à la traîne sur ces secteurs. Qu’il s’agisse de l’habitation ou plus encore de l’automobile, l’influence des produits d’assurance sur les comportements des consommateurs est avérée. L’intégration accrue de l’enjeu climatique dans ces produits permet en outre à l’assureur de diminuer ses risques dans la grande majorité des cas ;

* Compte tenu des placements colossaux gérés par les assurances, la gestion d’actifs constitue probablement le levier majeur dans la réduction des impacts climatiques des assureurs. Transformer la gestion d’actif est donc pour les Amis de la Terre la priorité absolue, et le chantier le plus pressant à lancer pour les assurances. C’est pourtant l’axe sur lequel les assurances françaises ont les plus mauvais résultats : la grosse majorité des assurances (10 sur 15) ne font que des efforts minimes en la matière, notamment les mutuelles et les bancassureurs. La seule pratique réellement innovante est la méthodologie de calcul des émissions de GES induites par les placements, développée par Caisse d’Epargne - Centre Info – Utopies et dont bénéficie partiellement CNP Assurances.

* Certains critères de la présente étude nécessiteraient une analyse plus approfondie, notamment ceux relatifs aux produits d’assurance habitation et automobile. Il semble pertinent de lancer un groupe de travail pluridisciplinaire permettant de lister et analyser en détail l’ensemble de ces produits d’assurance sur le marché, par exemple en se basant sur l’exemple du site Ecoprêts mis en place par l’ADEME avec plusieurs parties prenantes pour évaluer les prêts écologiques pour l’habitat (et l’automobile) développés par le secteur bancaire. Ce travail permettrait d’informer le consommateur sur les critères écologiques des produits sur le marché, pour qu’il les prenne plus facilement en compte.

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