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Rapport : Bruxelles et Paris sous l’emprise des lobbies fossiles

Bruxelles et Paris, le 24 octobre 2019 – Un nouveau rapport [1] révèle que les cinq plus grandes compagnies pétrolières et gazières mondiales et leurs lobbyistes ont dépensé au moins 251 millions d’euros en lobbying auprès de l’UE depuis 2010. Près de 200 organisations de la société civile européenne lancent la campagne « Fossil Free Politics », réclamant des politiques libérées de l’influence des industries fossiles [2]. L’enquête, publiée par les Amis de la Terre France, les Amis de la Terre Europe, Corporate Europe Observatory, Food & Water Europe, Greenpeace UE et l’Observatoire des multinationales montre que BP, Chevron, ExxonMobil, Shell et Total - les cinq leaders mondiaux de l’industrie fossile -, et leurs groupes de pression, emploient 200 lobbyistes à Bruxelles. Ils ont tenu 327 réunions de haut niveau avec des fonctionnaires de la Commission européenne depuis le début de la présidence de Jean-Claude Juncker en 2014. C’est l’équivalent de plus d’une réunion par semaine pour influencer les politiques de l’UE en matière de climat et d’énergie.

Les données du rapport ont été obtenues à partir des déclarations faites par les entreprises elles-mêmes dans le registre de transparence des lobbyistes de l’UE – et pourraient donc être sous-estimées [3] -, et à partir des calendriers de réunions publiés par les commissaires européens. Alors que l’industrie fossile est de plus en plus au cœur des préoccupations citoyennes, les associations demandent au nouveau président de la Commission européenne et ses commissaires, aux députés européens et aux gouvernements européens de protéger les processus de décisions politiques de l’influence de l’industrie fossile, avec des restrictions semblables à celles imposées aux lobbyistes de l’industrie du tabac [4].

Le rapport montre, au travers de différents, comment les lobbyistes de l’industrie fossile à Bruxelles et dans les capitales européennes ont réussi à retarder, affaiblir et saboter l’action de l’UE et ses pays membres face à l’urgence climatique, notamment en édulcorant les objectifs en matière d’énergie renouvelable, d’efficacité énergétique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Dans le même temps, ces mêmes industries ont obtenu d’importantes subventions publiques, et les cinq principales sociétés pétrolières et gazières ont engrangé 82 milliards de dollars US de profits l’an dernier. Ces mêmes sociétés sont responsables de 7,4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre entre 1988 et 2015.

Les Amis de la Terre France et l’Observatoire des multinationales ont complété ces recherches avec des données sur l’influence des lobbies fossiles en France, où le registre de transparence du lobbying est plus récent.

Pour Juliette Renaud, responsable de campagne aux Amis de la Terre France :
 « Le poids des lobbies fossiles sur les décisions politiques en France est énorme et a été renforcé depuis l’arrivée du président Macron, que ce soit en 2017, lorsque les lobbies ont vidé de sa substance la « loi Hulot » sur la fin des hydrocarbures en France, ou cet été lorsque le gouvernement a reculé sur l’interdiction des aides publiques sous forme de garanties export aux projets gaziers et pétroliers. Au travers du pantouflage, les entreprises comme Total et General Electric ont débauché des hauts responsables politiques pour mieux servir leurs intérêts ».

Pascoe Sabido, chercheur et militant au Corporate Europe Observatory ajoute :
« Les grands pollueurs comme Shell, BP et leurs groupes de pression ont retardé, affaibli et saboté l’action de l’UE face à l’urgence climatique grâce à leur importantes dépenses de lobbying. Un quart de milliards d’euros leur a permis d’acheter beaucoup d’accès et d’influence à Bruxelles ».

Selon Frida Kieninger, responsable de campagne pour Food & Water Europe :
«  Il est impensable aujourd’hui que des lobbyistes du tabac négocient nos lois sur la santé publique - et ils ont donc été écarté des processus de décision publique. Nous devons faire de même avec les lobbyistes de l’industrie fossile. Mettre fin aux réunions privées, aux événements intimes et au pantouflage nous permettrait d’écarter les intérêts privés des entreprises fossiles de l’élaboration des politiques sur la crise climatique ».

Pour Myriam Douo, responsable de campagne aux Amis de la Terre Europe :
« Les multinationales du gaz, du pétrole et du charbon dépensent des millions pour maintenir leur emprise sur nos politiques et notre énergie. Mais vu l’urgence climatique, nous ne pouvons plus nous permettre de subir leurs tactiques dilatoires. Nous devons écouter les millions de jeunes manifestants contre le changement climatique et chasser d’urgence les industries fossiles de nos processus de décisions politiques ».

Sebastian Mang, conseiller en politique climatique pour Greenpeace UE conclut :
« Le pétrole et le gaz causent la mort et la destruction en échange de profits exorbitants. Mais des millions de personnes les interpellent en raison de leur responsabilité dans la crise climatique et dans des violations des droits humains. Il est temps que nos gouvernements les obligent à rendre des comptes ».

Notes :
[1] Le rapport en français est téléchargeable ici. Ses infographies et la version anglaise du rapport sont disponibles ici : https://cloud.foeeurope.org/index.php/s/WntkmRgCMPSdeFF

[2] 189 organisations de la société civile soutiennent une déclaration commune : « Nous avons besoin d’un pare-feu qui protège nos institutions démocratiques et nos processus décisionnels contre l’influence de l’industrie fossile : fini les réunions de lobbying privées, les partenariats ou collaborations »
Voir également le site web de la campagne « Fossil Free Politics » : http://www.fossilfreepolitics.org

[3] Les déclarations de dépenses des entreprises en matière de lobbying à Bruxelles sont volontaires et susceptibles de sous-estimer les dépenses réelles.

[4] La convention cadre de l’OMS pour la lutte anti-tabac inclut des mesures pour restreindre le lobbying de l’industrie du tabac.

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