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Rapport Duron : un choix comptable et contestable

La commission mobilité 21 sur les infrastructures de transports, présidée par le député Philippe Duron, vient de publier ses conclusions. Ce rapport affiche une contradiction évidente entre les déclarations générales et la hiérarchisation du programme proposée au gouvernement. Les Amis de la Terre dénoncent les ambiguïtés de ce rapport et son incapacité à trancher en faveur d’une mobilité au service d’une transition écologique visant à construire une société soutenable.

Tout d’abord, le document de synthèse [1] souligne et confirme les demandes formulées par de nombreuses structures auditionnées et leur donne suite en accordant la priorité à l’entretien et à l’amélioration des réseaux existants. Il souligne aussi la nécessité de « mettre la route à sa juste place » en énonçant la priorité à accorder aux modes de déplacement et de transport alternatifs à la route.
Mais ces déclarations ne se traduisent pas concrètement dans les scénarios proposés puisqu’ils incluent de nombreux projets autoroutiers et LGV. Ceux-ci sont maintenant étalés dans le temps : cet étalement s’apparente-t-il à un report ou peut-il être considéré comme un abandon ? Différer la décision n’est pas la remettre en cause. Le critère de report invoqué est l’incertitude sur la saturation du réseau concerné, c’est évidemment la première question. Ce n’est pas la seule : pour les Amis de la Terre, la réponse future n’est pas le « tout LGV ». Pour nous, la question incontournable est celle d’un choix alternatif nié entre multiplication des infrastructures dédiées et infrastructures multi-services.

De plus, il est inacceptable que la longue phase de débat sur ce schéma directeur n’ait pas été accompagnée d’un moratoire sur les infrastructures controversées.
Cette situation conduit aujourd’hui la commission à déclarer ces projets engagés, contre toute attente ils s’imposeraient donc de fait. Il s’agit en particulier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, du tunnel Lyon-Turin, de la liaison CDG Express et du Grand Paris, sortis du périmètre de ce schéma national.

D’autre part, le fret ferroviaire de plus en plus marginalisé fait toujours l’objet des mêmes déclarations d’intention et d’une reconduction des mêmes options (massification des flux, autoroute fret et ouverture aux opérateurs de proximité) qui peinent à voir le jour et à assurer une redynamisation de ce service. Après le retrait décrié de l’engagement de l’opérateur public sur la desserte territoriale, et pour y pallier, la commission fait une suggestion tout autant contestable d’attribuer des aides aux opérateurs de proximité pour assurer ce service, là où il fait défaut.

En conclusion, les budgets consacrés à l’entretien et à l’amélioration des réseaux auraient mérité d’être actualisés pour valider le besoin financier. Les moyens consacrés aux transports de proximité bien que prioritaires, restent très limités. Les propositions de la commission s’appuient essentiellement sur les contraintes financières et budgétaires mais n’expriment pas vraiment la volonté et la nécessité d’une transition écologique et climatique.

Contact presse : Caroline Prak – 06 86 41 53 43 – 01 48 51 18 96

[1] Rapport de la commission Mobilité 21 pour un schéma national de mobilité durable : http://www.developpement-durable.gouv.fr/Mobilite-21-pour-un-schema.html


photo : Jean-Louis Zimmermman

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