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Rapport d’experts sur Ilisu : un barrage très loin des normes internationales

1er juillet 2008,
Par Yann Louvel

Le Comité d’Experts mis en place par les agences de crédit à l’exportation impliquées dans le projet de barrage Ilisu en Turquie ont rendu public leurs rapports en mars 2008. Ceux-ci sont absolument accablant.


Le projet du barrage hydroélectrique d’Ilisu se situe sur le Tigre, au Sud-Est de la Turquie. Il implique le déplacement forcé de dizaines de milliers de Kurdes habitant dans le village d’Ilisu, dans la ville historique d’Hasankeyf et dans des dizaines de villages environnants.

Ce projet vieux de vingt ans fait l’objet d’un contrat de financement export contracté par l’Etat turc à la Société Générale et plusieurs autres banques. Les agences de crédit à l’exportation suisse, allemande et autrichienne sont également parties prenantes dans ce projet.

Le Comité d’Experts (Committee of Experts – CoE) nommé par les agences de crédit à l’exportation impliquées dans le projet s’est rendu en novembre et décembre 2007 sur place afin de s’assurer du respect des engagements pris par la Turquie au moment de la signature des contrats en mars 2007. Le présent document est une synthèse des rapports d’experts rendus publics en mars 2008.

Les enseignements principaux de ces rapports sont les suivants :

Plan de réinstallation de population

  •  26 des 35 mesures de cette problématique humaine cruciale sont donc toujours non pas inachevées : elles n’ont pas même encore été abordées par les autorités turques ;
  •  Les consultations auprès des personnes déplacées n’ont pas été réalisées selon les engagements contractés par la Turquie ;
  •  Aucun site de relocalisation des populations affectées n’a été identifié pour le moment ;
  •  Aucun mécanisme de plainte n’a été mis en place par les autorités turques ni institutionnalisé ;
  •  Quant au programme de compensation des revenus des populations affectées par le projet et qui devait être le pilier du plan de réinstallation de population, il n’existe toujours pas, même à l’état d’ébauche.

    Les expropriations continuent donc toujours à l’heure actuelle autour du site d’Ilisu sans qu’aucune des mesures d’atténuation et de compensation prévues ne soient réalisées selon les règles déterminées par les ToR. La Turquie viole ainsi totalement et ouvertement les conditions fixées par les agences de crédit à l’exportation allemande, suisse et autrichienne, et auxquelles elle s’était engagée, au mépris des populations kurdes locales.

    Plan de déplacement du patrimoine archéologique

  •  Aucune étude archéologique et historique de la région n’a pour le moment été conduite ;
  •  Aucune étude ethnographique n’a été réalisée dans les premiers villages à être entièrement déplacés.

    Installation de stations d’épuration

  •  La station de traitement des eaux de la ville de Diyarbakir se révèle être en fait elle-même une source de pollution du Tigre ;
  •  Celle envisagée de Batman doit être modifiée si elle ne veut pas subir le même sort.

    Plan de sauvegarde de la faune et de la flore

  •  Aucune étude de simple recensement de la biodiversité terrestre et aquatique des zones directement affectées par la construction du barrage n’a été conduite dans la région ;
  •  Aucun plan de management environnemental des sites de construction n’a été entrepris.

    Consultation avec les Etats limitrophes

  •  L’étude de l’impact du barrage Ilisu sur la gestion et la répartition des flux d’eau entre les trois pays n’est toujours pas à l’ordre du jour.

    En conséquence, les Amis de la Terre demandent le retrait immédiat de toutes les organisations impliquées dans le projet Ilisu, au premier rang desquelles la Société Générale, chef de file du financement export de ce projet.



    Synthèse Ilisu - Rapports Experts Juillet 2008